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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302542

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302542

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Hay, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 juillet 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son avocate au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Vienne a fait une inexacte application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est entrée régulièrement en France en février 2017 et qu'elle s'y maintient depuis lors ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ; en outre, cette obligation porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 % par une décision du 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Henry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante gabonaise née le 3 juillet 1987, demande l'annulation des décisions du 7 juillet 2023 par lesquelles le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée d'office à l'expiration de ce délai.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

3. Si Mme B soutient être entrée régulièrement sur le territoire français le 6 février 2017 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 16 janvier 2017 au 16 février 2017 et y demeurer depuis lors, ses déclarations ne coïncident pas avec celles qu'elle a faites lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, dans laquelle elle a indiqué être entrée en France le 18 janvier 2016, ni avec celles faites lors du dépôt de sa demande d'asile le 27 février 2019, dans laquelle elle a indiqué être entrée irrégulièrement sur le territoire français le 15 décembre 2018. En outre, Mme B se borne à produire, pour justifier de son entrée en France le 6 février 2017, une copie de son visa, la réservation pour cette date d'un billet d'avion Libreville-Marseille via Casablanca, une attestation d'assurance pour un voyage en France aux dates de validité du visa ainsi qu'une page de son passeport attestant qu'elle est passée à l'aéroport internationale Léon Mba de Libreville le 6 février 2017, mais la requérante, qui indique avoir perdu son passeport et n'avoir pas préalablement fait la copie de toutes les pages de celui-ci, n'est pas en mesure de produire un timbre des autorités françaises attestant qu'elle est effectivement entrée sur le territoire français à cette date. Par ailleurs, pour justifier s'être maintenue continuellement en France depuis le mois de février 2017, Mme B produit seulement, pour les années 2017 et 2018, un document du 1er mars 2017 relatif à la délivrance d'un passe Navigo qui lui a été adressé à une adresse à Vernouillet (Yvelines), un courrier d'une banque du 1er avril 2017 qui lui a été adressé chez un tiers à Argenteuil, un document du 20 octobre 2017 relatif à un contrat de fourniture d'énergie établi en son nom ainsi qu'au nom de la personne chez laquelle son courrier lui est adressé à Argenteuil, ainsi qu'une facture d'énergie du 12 octobre 2018 relative à ce contrat, et un courrier de l'assurance maladie du 16 octobre 2018 ne faisant pas état de soins réalisés en France qui lui a été adressé à Argenteuil. Ces correspondances épisodiques ne sont pas de nature à établir la présence de l'intéressée sur le territoire français, Mme B ne produisant, par exemple, aucun document de nature à justifier d'une utilisation effective de son compte bancaire et de son passe Navigo, ni aucun document établissant qu'elle a reçu des soins en France, ni aucune attestation de tiers quant à sa présence en France. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que Mme B ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de cet article faute de pouvoir justifier de son entrée régulière sur le territoire français.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Elle n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la décision du même jour par laquelle le préfet l'a obligée à quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Mme B soutient que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle est mariée à un ressortissant français depuis le 5 février 2022, avec lequel elle vit depuis le 18 juin 2021, que le couple est propriétaire de biens communs et règle ses charges via un compte joint, qu'elle partage du temps avec la fille mineure de son conjoint, qu'elle a un frère et une sœur en France, qui vivent à Limoges et à Toulouse, et qu'elle travaille et a créé une société en France. Toutefois, Mme B n'était, à la date de la décision attaquée, mariée à un ressortissant français que depuis dix-sept mois et elle n'apporte aucune précision circonstanciée permettant d'apprécier l'intensité de sa relation avec la fille de son conjoint. En outre, elle n'établit, ni même allègue, avoir des liens réguliers et intenses avec son frère et sa sœur, qui vivent éloignés d'elle. Par ailleurs, la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que Mme B sollicite un visa long séjour pour revenir en France auprès de son époux. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante serait dépourvue de liens dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu plus de trente ans. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

7. Il résulte de l'ensemble ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Hay et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Raveneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

B. HENRY

Le président,

signé

L. CAMPOYLa greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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