mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2302622 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
| Avocat requérant | MEHAMMEDIA-MOHAMED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2023, M. A B représenté par Me Mehammedia-Mohamed demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Vienne en date du 21 septembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'informant d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
2°) d'ordonner au préfet de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non admission au système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet ne s'est pas livré à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il vit en France depuis trois ans où il a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux ;
S'agissant de la décision supprimant le délai de départ volontaire :
- elle sera annulée du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement légal ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est signée d'une autorité qui n'a pas été compétemment désignée ;
- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte-tenu des risques de persécutions auxquels il sera expos en cas de retour au Bangladesh qui l'ont contraint à s'exiler ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour de deux ans :
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet n'a pas examiné chacun des quatre critères ;
- la durée de l'interdiction est disproportionnée ;
S'agissant de la décision de signalement aux fins de non admission au système d'information Schengen :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français étant illégale, la décision de signalement aux fins de non admission au système d'information Schengen doit être annulée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, le Préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête :
Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Cristille pour exercer les fonctions prévues par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cristille, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 24 octobre 2023 en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience, à 14 h15, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 10 février 1995 de nationalité bangladaise, est entré sur le territoire français suivant ses déclarations le 20 mars 2021. Il a déposé une demande d'asile le 26 mars 2021. Cependant, le statut de réfugié lui a été refusé par une décision du 31 mai 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 novembre 2021. Par un arrêté du 6 septembre 2022, le préfet du Loiret a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français à laquelle M. A B s'est soustrait. Interpellé par la gendarmerie de Poitiers le 21 septembre 2023 à l'occasion d'un contrôle d'identité dans un autocar en provenance du Portugal, il a fait l'objet le même jour d'un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et prononçant une interdiction de retour de deux ans pris le préfet de la Vienne. Al B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 21 septembre 2023.
Sur l'arrêté dans son ensemble :
2. Par arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, et accessible sur le site internet de la préfecture, M. Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation du préfet de la Vienne à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, en dehors d'exceptions dont ne relèvent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée, vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile dont elle fait application. Elle mentionne les conditions d'entrée en France de M. A B et les motifs pour lesquels il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il précise également les raisons pour lesquelles, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le préfet de la Vienne, qui n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle de l'étranger, n'a pas entaché la décision attaquée d'une insuffisance de motivation.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen complet de la situation personnelle de M. A B.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est célibataire, sans charge de famille et a toutes ses attaches familiales dans son pays d'origine alors qu'il ne vit en France que depuis deux ans et demi suivant ses déclarations. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la décision attaquée ne porte donc pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 précité doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision refusant à M. A B un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 6 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure doit être écarté.
9. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A B, vise les dispositions et stipulations dont elle fait application, et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à un risque, en cas de retour dans son pays d'origine, de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales () ". Aux termes des stipulations de ce dernier article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Si M. A B soutient qu'il encourt des peines ou traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Bangladesh, il n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité et l'actualité des risques allégués alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mai 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 30 novembre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour pour une durée de eux ans doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
14. Pour prendre à l'encontre de M. A B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet, qui a visé les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 612-6 et suivants, et qui n'était pas tenu de préciser expressément que la présence de l'intéressé ne représentait pas une menace pour l'ordre public s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que le requérant avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, d'autre part sur l'allégation de présence de l'intéressé en France depuis 2021, sur une nouvelle entrée irrégulière le 21 mai 2023 depuis le Portugal et, enfin, sur le fait qu'il ne justifie pas de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Bangladesh où selon ses dires l'ensemble de sa famille réside. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas entaché la décision attaquée d'une insuffisance de motivation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen complet de la situation personnelle de M. A B.
16. En quatrième lieu, eu égard à la situation de M. A B telle qu'exposée au point 6, celle-ci ne peut être regardée comme se caractérisant par des circonstances humanitaires s'opposant à une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, et à supposer même que la résidence continue de M. A B en France depuis 2021 serait établie, en prononçant à son encontre une telle interdiction d'une durée de deux ans, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu l'article L. 612- 6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation.
17. En dernier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que la décision de signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen serait illégale par voie d'exception ne peut être qu'écarté.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2023 du préfet de la Vienne doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
Le magistrat désigné
Signé
P. CRISTILLE
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef par intérim,
La greffière,
D. GERVIER
N°230262
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026