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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302785

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302785

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BONNEAU CASTEL PORTIER GUILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 11 octobre 2023 et le 18 octobre 2023, M. A C B, représenté par Me Guillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale pour se prononcer sur son état de santé ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il doit être justifié que la procédure suivie est conforme aux articles R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a produit des pièces enregistrées le 24 octobre 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Jarrige a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1988, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 1er janvier 2016, selon ses déclarations. Il a sollicité le statut de réfugié qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 octobre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 16 juillet 2018. Il s'est soustrait à une première mesure d'éloignement du 2 août 2019. Il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile, qui a été définitivement refusé par une décision du 25 février 2021. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé valable jusqu'au 5 janvier 2023. Le 12 janvier 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 8 septembre 2023, le préfet de la Charente-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis () La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège (). ".

3. D'une part, il ressort du bordereau de transmission produit par l'administration que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 13 juillet 2023 a été rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, nommément mentionnés par ledit avis, sur la base d'un rapport médical établi le 20 juin 2023 par un médecin également nommément mentionné et ne faisant pas partie de ce collège. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour au requérant sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Charente-Maritime s'est, notamment, fondé sur l'avis susmentionné du collège de médecins de l'OFII du 13 juillet 2023 dont il s'est approprié les motifs, sans toutefois s'estimer tenu par ces derniers. Selon cet avis, si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé de son pays d'origine lui permettent d'y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie.

6. Pour contester cet avis, M. B soutient qu'il ne pourrait bénéficier au Pakistan des traitements et du suivi dont il dispose actuellement en France. Toutefois, s'il produit à cet effet un certificat médical du 6 juin 2023 faisant état des conséquences qu'engendrerait un arrêt de ces traitements et de ce suivi, ce certificat établi par un médecin généraliste ne se prononce pas sur leur disponibilité et la possibilité d'y accéder dans son pays d'origine. Par ailleurs, si le requérant produit également un document sur l'accès aux soins psychiatriques au Pakisan de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés, celui-ci date du 27 juin 2018 et ne fait pas état d'une absence de traitements ou de suivi pour les pathologies psychiatriques au Pakistan, et s'il fait état d'un système de protection sociale bénéficiant d'abord aux plus démunis et d'un coût élevé pour les autres patients, l'intéressé ne démontre pas qu'il serait dans l'incapacité totale de travailler en cas de retour dans son pays d'origine, comme il le fait en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ".

8. Contrairement à ce que soutient le requérant, le non-respect de l'obligation d'information prévue par les dispositions précitées, à le supposer même établi, a seulement pour effet de rendre inopposables à l'étranger les délais de procédure prévus pour solliciter un titre de séjour sur un autre fondement que l'asile. Au demeurant, M. B a, après le rejet de sa demande d'asile, présenté une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et la décision contestée lui en refuse le renouvellement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, au préfet de la Charente-Maritime et à Me Guillard.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Cristille, vice-président,

Mme Le Bris, vice-présidente.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 décembre 2024.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

N. COLLET

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