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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302786

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302786

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantONDONGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés le 11 octobre 2023, le 6 décembre 2023 et le 29 juillet 2024 sous le n°2302786, Mme B A, représentée par Me Ondongo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Vienne a produit des pièces complémentaires qui ont été enregistrées le 22 novembre 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.

II. Par une requête et des mémoires enregistrés le 11 octobre 2023, le 6 décembre 2023 et le 29 juillet 2024 sous le n°2302787, M. C A, représenté par Me Ondongo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Vienne a produit des pièces complémentaires qui ont été enregistrées le 22 novembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jarrige,

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A et M. C A, ressortissants algériens respectivement nés le 9 avril 1987 et le 18 mai 1979, sont entrés régulièrement sur le territoire français avec leurs deux filles le 31 juillet 2022, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 24 mai 2022 au 18 novembre 2022. Ils se sont ensuite maintenus sur le territoire sans être titulaires d'un titre de séjour en cours de validité. Le 13 février 2023, ils ont sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien en raison de leurs liens privés et familiaux en France. Par des arrêtés du 1er aout 2023, le préfet de la Vienne a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils étaient susceptibles d'être éloignés à l'expiration de ce délai. M. et Mme A demandent l'annulation de ces arrêtés.

2. Les requêtes enregistrées sous les n° 2302786 et 2302787 portent sur la situation d'un couple d'étrangers et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 7 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Vienne le même jour, le préfet de la Vienne a donné délégation à Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés contestés doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5 : Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A sont entrés sur le territoire français le 31 juillet 2022 et y séjournaient ainsi depuis seulement un an à la date des arrêtés attaqués. S'ils se prévalent de la présence à leurs côtés de leurs deux filles nées le 4 janvier 2015 et de leur scolarisation en France, elles étaient âgées de 7 ans à la date de leur arrivée sur le sol français et n'y étaient scolarisées que depuis un an à la date des décisions litigieuses. S'ils se prévalent également de la présence en France de la sœur du requérant, ils n'établissent ni même n'allèguent être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu respectivement jusqu'à l'âge de 43 ans et 35 ans. S'ils font état de ce que M. A est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, ce contrat n'a été conclu que le 23 mai 2023, soit moins de trois mois avant la date des arrêtés attaqués, et l'intéressé, qui ne remplit pas en tout état de cause les conditions pour ce faire, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Rien ne fait ainsi obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les refus de titre de séjour qui ont été opposés à M. et à Mme A ne portent pas une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale normale et ne méconnaissent ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ni celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

8. Le moyen tiré de ce que les décisions attaquées méconnaitraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme A doivent être rejetées, y compris leurs conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative .

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à M. C A, au préfet de la Vienne et à Me Ondongo.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Cristille, vice-président,

Mme Le Bris, vice-présidente.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 décembre 2024.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

N. COLLET

Nos2302786, 2302787

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