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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2303123

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2303123

lundi 11 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2303123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, Mme A D, représentée par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire et doit être annulée ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une décision du 29 novembre 2023, Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique que s'est tenue le 6 décembre 2023 en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Ago Simmala, représentant Mme D qui persiste dans ses écritures, et ajoute que la demande d'asile déposée par le couple n'a pas abouti devant l'OFPRA où elle a été traitée en procédure accélérée, la Géorgie étant regardée comme un pays d'origine sûr, ce qui ne leur a pas permis de réunir toutes les pièces qui auraient pu convaincre de la réalité des risques encourus et de l'authenticité des persécutions notamment religieuses qu'ils y ont subies, que leur recours est toujours pendant devant la CNDA, que la mesure d'éloignement décidée par le préfet a des effets sur la situation du couple en ce que la cellule familiale est désormais installée en France, que M. B D souffre d'une pathologie, qui est une maladie rare et a subi une amputation de la jambe, que la mesure d'éloignement va interrompre les explorations médicales qui sont en cours.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante géorgienne née le 3 janvier 1979 à Khulo (URSS), déclare être entrée en France le 25 février 2023, accompagné de son mari et l'enfant du couple alors âgé de 13 ans. Sa demande d'asile traitée en procédure accélérée a été rejetée par une décision du 23 août 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par un arrêté du 26 octobre 2023, le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de la Vienne et accessible sur le site internet de la préfecture, M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment toutes les décisions entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Elle mentionne, outre la date d'arrivée en France de Mme D, le rejet de sa demande d'asile par une décision de l'OFPRA du 23 août 2023 et analyse sa situation privée et familiale. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée et révèle un examen approfondi de sa situation personnelle par l'autorité préfectorale.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. La requérante fait valoir qu'elle a trouvé une stabilité et sécurité en France qu'elle ne pouvait avoir dans son pays d'origine. Elle se prévaut de la scolarisation de son fils et produit à cet égard un certificat de scolarité pour l'année 2022/2023 et pour l'année 2023/2024. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir que l'intéressée, qui est entrée récemment sur le territoire français, y aurait tissé des liens intenses et stables. Son époux est également en situation irrégulière sur le territoire français, et rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstruise en Géorgie, pays dont l'ensemble de la famille a la nationalité et où son enfant pourra poursuivre sa scolarité et s'insérer à la société géorgienne. Elle invoque l'état de santé de son époux qui souffre d'une athérosclérose qui a nécessité une amputation à mi-jambe gauche, ainsi qu'une amputation d'un orteil du pied droit et produit des justificatifs de prise en charge médicale, des ordonnances médicales et des comptes-rendus d'hospitalisation. Toutefois, ces pièces ne permettent pas d'établir que l'époux ne pourrait bénéficier d'un traitement médical dans le pays d'origine. Dans ces conditions, la décision en litige ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant cette décision.

6. La décision en litige n'implique pas, compte tenu notamment de ce qui a été dit précédemment, que l'enfant mineur du couple soit séparé de ses parents. Il n'est pas davantage établi que cet enfant actuellement en classe de 5ème à Poitiers ne pourrait poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

8. En deuxième lieu, dès lors que la décision fixant le pays de destination rappelle les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la nationalité de la requérante et mentionne l'absence de risques encourus dans le pays d'origine, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si la requérante soutient qu'un retour en Géorgie l'exposera à des risques de persécutions notamment en raison des convictions religieuses de sa famille, elle n'apporte pas d'élément de nature à établir la réalité des risques allégués. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations précitées en fixant comme pays de renvoi le pays dont la requérante possède la nationalité.

11. Il résulte de ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 11 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

P. C

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

N°2303123

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