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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2303143

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2303143

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2303143
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 15 novembre 2023 et le 5 décembre 2024, Mme C A, épouse D, représentée par Me Hay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre subsidaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi sur l'aide juridictionnelle, qui sera recouvrée par Me Hay après renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues à l'article 108 du décret du 19 décembre 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023.

II - Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 15 novembre 2023 et le 5 décembre 2024, M. B D, représenté par Me Hay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre subsidaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi sur l'aide juridictionnelle, qui sera recouvrée par Me Hay après renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues à l'article 108 du décret du 19 décembre 1991.

Il soutient que :

sa requête est recevable ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Jarrige a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. B D et Mme C D, ressortissants algériens nés respectivement le 11 août 1972 et le 15 juin 1980, déclarent être entrés sur le territoire français le 17 novembre 2022 sous couvert d'un visa court séjour. Ils ont sollicité, auprès du préfet de la Vienne, la délivrance d'un certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " le 28 mars 2023. Par deux arrêtés du 18 juillet 2023, le préfet de la Vienne a refusé de leur délivrer un titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. et Mme D demandent l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : " () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. et Mme D, qui déclarent être entrés sur le territoire français le 17 novembre 2022, peuvent se prévaloir ainsi d'au mieux un an de présence en France à la date de l'arrêté attaqué. S'il se prévalent de la présence à leurs côtés de leurs trois enfants nés en Algérie les 11 septembre 2005, 12 mars 2009 et 16 décembre 2013, ainsi que de leur scolarisation en France, leur fils cadet était âgé de 8 ans à la date de son arrivée sur le sol français, et l'ensemble de leur enfants, scolarisés sur celui-ci depuis à peine un an à la date de l'arrêté attaqué, peuvent tous les trois poursuivre une scolarité normale dans leur pays d'origine. Si les requérants excipent également de la présence en France de deux frères de M. D de nationalité française, il n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont vécu respectivement pendant 50 ans et 42 ans et où la cellule familiale peut se reconstituer. Est sans incidence la circonstance que le couple a acquis un logement à usage d'habitation le 11 septembre 2023, soit postérieurement aux arrêtés attaqués, et si les requérants se prévalent également de la possession en France d'un fonds de commerce de restauration rapide, ils l'ont donné en location gérance à un tiers et déclarent avoir en Algérie des revenus tirés d'une entreprise de transport et de biens immobiliers. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne a pu leur refuser la délivrance d'un titre de séjour sans porter une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Il n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 6 paragraphe 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, les décisions de refus de séjour qui leur ont été opposées n'étant pas illégales, M. et Mme D ne sont pas fondés à invoquer leur illégalité à l'encontre des décisions leur faisant obligation de quitter le territoire français.

6. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme D à fin d'annulation des arrêtés du 18 juillet 2023 du préfet de la Vienne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1 : Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme C D, au préfet de la Vienne et à Me Hay.

Une copie sera adressée au ministre de l'Intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Philippe Cristille, vice-président,

Mme Isabelle Le Bris, vice-présidente.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P CRISTILLE La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

N. COLLET

N°2303143 - N°2303144

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