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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2303146

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2303146

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2303146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDONZEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Donzel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2023 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

Sur la décision de refus de séjour :

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des pièces enregistrées le 23 novembre 2023 ainsi qu'un mémoire enregistré le 11 décembre 2023.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jarrige,

- les observations de la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 11 septembre 1990, est entrée en France le 4 septembre 2022, sous couvert d'un visa court séjour valable du 15 juillet 2022 au 15 septembre 2022. Elle a demandé, par un courrier du 25 novembre 2022, à la préfecture des Deux-Sèvres, la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 30 août 2023, dont elle demande l'annulation, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 2 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat, M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation de la préfète des Deux-Sèvres à l'effet de signer tous arrêtés et décisions qui concernent, notamment, la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". L'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Pour rejeter, par la décision en litige, la demande de titre de séjour présentée par Mme B, la préfète des Deux-Sèvres s'est notamment fondée sur l'avis émis le 17 avril 2023 par le collège des médecins de l'OFII, qui précise que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, la requérante peut y bénéficier d'un traitement approprié. Cet avis précise par ailleurs qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressée peut lui permettre de voyager sans risque vers la Tunisie.

6. Pour contester cet avis, Mme B produit des certificats médicaux attestant qu'elle est atteinte d'un cancer du sein non métastasé, classé pT2N1M0, qui a été traité en Tunisie par chirurgie en 2018, chimiothérapie adjuvante, radiothérapie puis hormonothérapie, qu'elle suit depuis son arrivée sur le territoire français un traitement par hormonothérapie à base d'Exemestane et par injection mensuelle de Zoladex par implant sous cutanée et qu'elle bénéficie d'un suivi consistant en une consultation trimestrielle en oncologie et des mammographies annuelles. Mme B soutient que son traitement n'est pas disponible et accessible en Tunisie, notamment le Zoladex en raison de son coût très élevé, 569 dinars selon une facture réalisée dans une pharmacie de Medenine en Tunisie, alors qu'elle ne dispose pas d'une couverture maladie et que les salaires moyens en Tunisie sont de 600 dinars. Toutefois, l'OFII fait valoir, en se fondant sur les indications thérapeutiques de ces médicaments et les recommandations de la Haute Autorité de santé, que le traitement de Mme B, que ce soit l'Exemestane ou le Zoladex, est contre-indiqué chez les femmes non-ménopausées, ce qui est le cas de la requérante, et que le Zoladex n'est en aucune façon le traitement adjuvant du cancer du sein non métastasé. Par ailleurs, toujours selon les recommandations de la Haute Autorité de santé, si le traitement recommandé pour Mme B était bien celui instauré en Tunisie en 2018, à savoir le Tamoxifène pour une durée de 5 ans, il ne se justifiait plus à la date de l'arrêté attaqué. Enfin, le suivi oncologique et mammographique que requiert désormais son état de santé sont disponibles dans son pays d'origine. Ainsi, les éléments médicaux produits par la requérante ne permettent pas de contredire l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 17 avril 2023. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé. Dès lors, elle n'est pas fondée à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 août 2023 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète des Deux-Sèvres et à Me Donzel.

Une copie sera adressée au ministre d el'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Philippe Cristille, vice-président,

Mme Isabelle Le Bris, vice-présidente.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

N. COLLET

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