vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2303409 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
| Avocat requérant | SELARL RACHID RAHMANI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2303409 le 15 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Rahmani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il a sur le territoire français, sur lequel il vit depuis 7 ans, des liens personnels et familiaux stables et intenses et que, depuis sa majorité, il s'inscrit dans une démarche d'insertion professionnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ; en outre, elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète de la Charente, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2024.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2401011 le 22 avril 2024, M. A C, représenté par Me Rahmani, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 11 avril 2024 par lesquels la préfète de la Charente lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la préfète de la Charente ne pouvait légalement lui faire interdiction de revenir sur le territoire français au motif qu'il n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire dans le délai de départ volontaire, le recours introduit contre cette obligation étant suspensif ;
- il en va de même pour l'assignation à résidence.
La requête a été communiquée à la préfète de la Charente, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. B pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les observations de Me Rahmani, qui a repris ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant algérien né le 4 août 1990, est entré en France muni d'un visa court séjour le 11 novembre 2016. Sa demande d'asile, introduite en 2019, a été définitivement rejetée. Il a ensuite sollicité, le 10 février 2022, la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 16 novembre 2023, la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer ce titre, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par sa requête n° 2303409, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Ensuite, par deux arrêtés du 11 avril 2024, la préfète de la Charente a fait interdiction à M. C de revenir sur le territoire français pendant un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête n° 2401011, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés du 11 avril 2024.
3. Ces deux requêtes concernent la situation d'un même ressortissant étranger. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'étendue du litige :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code, ainsi que des articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative. Selon l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est () assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. ".
6. M. C ayant, postérieurement à l'introduction de sa première requête, été assigné à résidence en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce dont la préfète de la Charente aurait dû informer, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, ainsi que toutes les autres décisions qui en découlent attaquées dans les deux requêtes de M. C. C'est l'objet du présent jugement.
7. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, ainsi que des conclusions de M. C tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète de la Charente de lui délivrer un titre de séjour, qui se rattachent nécessairement aux conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. C.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France il y a près de huit ans, qu'il a une relation intense et stable avec sa sœur, titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, chez laquelle il vit. Il s'occupe régulièrement des jeunes enfants de celle-ci, qui est une mère isolée et qui travaille. Il fait preuve d'une réelle insertion professionnelle, ayant travaillé à plusieurs reprises et produisant une promesse d'embauche et une demande d'autorisation de travail. Compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France, de ses relations familiales sur le territoire et de son insertion professionnelle, M. C doit être regardé comme ayant établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Si les arrêtés attaqués mentionnent que M. C est susceptible de présenter une menace pour l'ordre public, il est seulement fait mention d'une condamnation à 400 euros d'amende pour vol avec destruction ou dégradation ancienne de près de quatre ans. Si d'autres faits sont indiqués dans les arrêtés, aucune condamnation pénale n'est mentionnée et la préfète de la Charente, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'a pas apporté de précisions de nature à mettre à même le tribunal d'apprécier si ces faits, à les supposer établis, permettent de regarder le requérant comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de la Charente a pris à son encontre une décision qui, au regard des buts en vue desquels elle a été prise, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination, l'assignant à résidence et lui interdisant de revenir sur le territoire français, laquelle est en outre entachée d'une erreur de droit, la préfète de la Charente ne pouvant, pour l'application de l'article 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérer que le requérant, qui a introduit un recours suspensif contre l'obligation de quitter le territoire, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà de l'expiration du délai de départ assortissant cette obligation.
Sur les frais liés au litige :
11. M. C a été admis à l'aide juridictionnelle pour la requête n° 2303409. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rahmani renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Rahmani d'une somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Charente du 16 novembre 2023 en tant que cet arrêté lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires correspondantes, sont renvoyées à une formation collégiale de jugement.
Article 2 : L'arrêté de la préfète de la Charente du 16 novembre 2023 est annulé en tant qu'il oblige M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
Article 3 : Les arrêtés du 11 avril 2024 par lesquels la préfète de la Charente a fait interdiction à M. C de revenir sur le territoire français pendant un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sont annulés.
Article 4 : L'État versera à Me Rahmani une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rahmani renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de la Charente et à Me Rahmani.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
B. B La greffière d'audience,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Nos 2303409 et 2401011
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026