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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2303414

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2303414

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2303414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantGOMEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Gomez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que celles de l'article 7 e) de ce même accord ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

Le préfet de la Vienne a produit des pièces complémentaires enregistrées le 26 novembre 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jarrige,

- les observations de Me Gomez, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne, née le 27 janvier 1981, est entrée en France le 5 juillet 2022 munie d'un visa de court séjour valable du 16 février 2022 au 11 août 2022. Le 26 octobre 2022, elle a déposé une demande de titre de séjour au titre de la " vie privée et familiale - liens personnels et familiaux ". Par un arrêté du 27 juin 2023, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français avec délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, constituant le fondement de la demande de titre de séjour, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état des conditions d'entrée et de séjour de Mme A sur le territoire français et mentionne que l'intéressée n'a pas déclaré avoir tissé des liens personnels particulièrement intenses, anciens et stables en France, hormis son frère et sa belle-sœur chez qui elle est hébergée, qu'elle ne dispose pas d'aucune ressource propre ni de logement propre et qu'elle est célibataire et sans enfant. Dès lors que Mme A a présenté une demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, le préfet n'avait pas à exposer les motifs pour lesquels elle ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée. La décision de refus de titre de séjour est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme A n'a pas présenté de demande de certificat de résidence algérien sur le fondement du e) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le préfet de la Vienne n'a pas examiné sa demande sur ce fondement. Par suite, elle ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui régissent la délivrance d'un tel titre et que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

5. Mme A, qui n'est, selon ses déclarations, entrée que le 5 juillet 2022 sur le territoire français, ne peut ainsi se prévaloir que de moins d'un an de présence en France à la date de l'arrêté attaqué. Si elle se prévaut de la présence sur le sol français de son frère et de sa belle-sœur serait, elle n'établit ni n'allègue ne pouvoir subvenir à ses besoins et être nécessairement à leur charge et, célibataire et sans charge de famille, elle ne conteste pas avoir conservé des attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à 41 ans et où résident encore ses parents comme ses autres frères et sœurs. Enfin, si elle se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité de commerçante, elle n'établit, ni même n'allègue avoir présenté une demande de titre de séjour en qualité de salarié et ne remplit pas les conditions pour ce faire. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

6. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

8. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient, en ce cas, au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Compte-tenu des considérations qui précèdent sur les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme A, ainsi que sur sa situation personnelle et familiale, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Vienne a considéré qu'aucune circonstance particulière ne justifiait l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressée.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la requérante ne saurait s'en prévaloir pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence.

11. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles est fondée la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état du rejet de la demande de titre de séjour de la requérante et des motifs pour lesquels l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. La décision portant obligation de quitter le territoire français est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

12. En dernier lieu, contrairement à ce que soutient Mme A, la mesure d'éloignement litigieuse n'est pas motivée par la menace pour l'ordre public que représenterait sa présence en France.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, la requérante ne saurait s'en prévaloir pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence.

14. En second lieu, l'arrêté en litige vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constitue le fondement de la décision fixant le pays de destination, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne que Mme A n'établit pas être exposée à des peines ou à des traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. La décision fixant le pays de renvoi est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 juin 2023 du préfet de la Vienne présentées par Mme A doivent être rejetées, y compris par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Vienne et à Me Gomez.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Philippe Cristille, vice-président,

Mme Isabelle Le Bris, vice-présidente.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P CRISTILLE La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

N. COLLET

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