mardi 16 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2303436 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MARQUES-MELCHY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Marques-Melchy, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de la Charente-Maritime en date du 14 mars 2023 en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être admise dès lors que la décision contestée le place en situation irrégulière alors qu'il est entré sur le territoire français mineur, qu'il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance en 2020, à l'âge de 16 ans, avant de déposer une demande de titre de séjour dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ; la décision contestée remet en cause son projet professionnel et la poursuite de son apprentissage ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- il n'est pas établi que l'autorité signataire était compétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état civil est établi ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 4 janvier 2024 le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens de la requête n'est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
M. C a produit un nouveau mémoire le 9 janvier 2024 où il maintient ses conclusions et ses moyens.
Vu :
- la requête n° 2300835 enregistrée le 22 mars 2023, par laquelle M. C demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Cristille, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cristille, juge des référés ;
- les observations orales de Me Marques-Melchy, représentant M. C, en présence de ce dernier, qui reprend ses écritures ;
- les observations de M. C qui était assisté de M. D, éducateur.
le préfet de la Charente-Maritime n'étant ni présent ni représenté.
1. M. C, ressortissant malien, qui déclare être né le 17 janvier 2004, serait entré sur le territoire français le 25 février 2020 suivant ses dires. Se présentant comme mineur, il a été recueilli par les services de l'aide sociale à l'enfance du département du Val d'Oise et a bénéficié d'une ordonnance provisoire de protection prise par le procureur du tribunal judiciaire de Pontoise, le 22 juillet 2020. Aux termes d'un jugement d'assistance éducative de placement, le juge des enfants de A E a décidé de confier l'intéressé à l'aide sociale à l'enfance du département de la Charente-Maritime à compter du 28 septembre 2020 jusqu'à sa majorité. M. C s'est inscrit en certificat d'aptitude professionnelle " équipier polyvalent de commerce " et a conclu un contrat d'apprentissage le 23 août 2021 d'une durée de deux ans. Il a sollicité le 17 décembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a été mis en possession de récépissés, renouvelés jusqu'au 2 mai 2023. Par arrêté en date du 14 mars 2023, notifié le 20 mars 2023, le préfet de la Charente-Maritime a pris à son encontre un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. C, le préfet de la Charente-Maritime s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé n'avait pas apporté d'éléments suffisamment probants sur son identité, la cellule de fraude documentaire de la direction zonale de la police aux frontières ayant émis, le 14 novembre 2022, un avis défavorable sur son acte de naissance et ayant conclu à l'irrecevabilité de ce document qu'elle a regardé comme un faux. M. C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté en ce qu'il rejette sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Il résulte de l'instruction que M. C a été confié à l'aide sociale à l'enfance à son arrivée en France et a bénéficié, à compter du 17 janvier 2023 d'un contrat jeune majeur, jusqu'au 17 juillet 2023. Il justifie, alors qu'il séjournait régulièrement en France, avoir préparé un CAP d'équipier polyvalent de commerce en deux ans auprès du CFA Commerce de la chambre de commerce et d'industrie de Charente Maritime et avoir signé, dans le cadre de sa scolarité, un contrat d'apprentissage pour la période du 23 août 2021 au 22 août 2023. Après avoir obtenu son CAP en juillet 2023, M. C a conclu un nouveau contrat d'apprentissage à compter du 11 septembre 2023 pour une durée de deux ans dans le cadre de la préparation d'un bac professionnel " métiers du commerce et de la vente ". Il ressort, enfin, des termes d'une attestation de son employeur que son contrat d'apprentissage sera suspendu s'il ne fournit pas un récépissé et une autorisation de travail prochainement. Ainsi, la décision du préfet de la Charente-Maritime de refus de délivrer le titre de séjour sollicité fait obstacle à ce que M. C poursuive la formation dans laquelle enseignants et éducateur soulignent son implication. Cette décision préjudicie ainsi, quelles que puissent être les conditions dans lesquelles son contrat d'apprentissage a pu se poursuivre en l'absence de récépissé l'autorisant à travailler et à séjourner, de façon suffisamment grave aux intérêts de M. C pour que la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère et il incombe à l'administration, à laquelle il revient de faire échec à la fraude, de renverser cette présomption par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact, et notamment par les données à caractère personnel enregistrées dans le traitement automatisé dénommé Visabio. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. En outre, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
6. Le moyen soutenu par M. C, tel qu'énoncé dans les visas de cette ordonnance, tiré de ce que la décision contestée méconnaît les dispositions précédemment citées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il justifie de son état civil et de son âge par les actes produits dont le caractère frauduleux n'est pas établi, est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux sur sa légalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision du 14 mars 2023 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. La présente ordonnance, qui suspend les effets de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour à M. C implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Finistère de réexaminer la situation de l'intéressé et de prendre une nouvelle décision en tenant compte des motifs de la présente ordonnance, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros, à payer à Me Merques-Melchy, avocate de M. C au titre des frais exposés à raison de la présente instance et non compris dans les dépens, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision en date du 14 mars 2023 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer la situation de M. C en prenant une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de cette notification, et ce, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision contestée.
Article 3 : L'Etat versera à Me Marques-Melchy, avocat de M. C, la somme de 900 euros au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Marques-Melchy.
Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.
Fait à Poitiers, le 16 janvier 2024
Le juge des référés,
Signé
P. CRISTILLE
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026