lundi 23 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2303510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET DGR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 26 décembre 2023, le 22 février 2024, le 6 mai 2024, le 14 mai 2024 et le 16 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Roilette, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la procédure à l'issue de laquelle la décision de refus de titre de séjour a été adoptée méconnaît l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'est pas justifié que le médecin instructeur à l'origine du rapport médical transmis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas siégé au sein de ce collège ;
- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour ne mentionne pas l'existence de ce rapport médical ; le préfet ne démontre pas que cet avis du collège des médecins a été rendu de façon collégiale ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et ne procède pas à un examen particulier de sa situation dès lors que le préfet de la Vienne se borne à reprendre l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée et ne procède pas à un examen particulier de sa situation ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- le préfet s'est, à tort, cru en situation de compétence liée pour prendre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée et ne procède pas à un examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des pièces et un mémoire enregistrés le 11 janvier 2024 et le 31 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) informe le tribunal de ce que, d'une part, l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et d'autre part, que la requérante peut voyager sans risque vers son pays d'origine.
Le préfet de la Vienne a produit des pièces complémentaires enregistrées le 25 novembre 2024.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de M. Jarrige a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 5 avril 1977, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français le 3 août 2021 sous couvert d'un visa pour l'espace Schengen. Elle a sollicité le statut de réfugiée qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 11 janvier 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 2 novembre 2022. Elle s'est soustraite à une première mesure d'éloignement en date du 9 décembre 2022, confirmée par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 31 janvier 2023. Elle s'est ensuite maintenue sur le territoire sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le 21 février 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 25 octobre 2023, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. Par un arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Vienne le même jour, le préfet de la Vienne a donné délégation à M. Étienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à la situation de Mme B. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les motifs pour lesquels sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade doit être rejetée. Cet arrêté ne pouvait comporter davantage de précisions sur l'état de santé de la requérante, ni sur la possibilité pour celle-ci de suivre un traitement approprié en République démocratique du Congo (RDC), dès lors que le respect des règles du secret médical interdisait au collège de médecins de l'OFII de communiquer au préfet des informations sur la pathologie dont elle souffre et sur la nature des traitements médicaux que nécessite son état de santé. Il suit de là que la décision attaquée, qui comporte l'exposé des motifs de droit et des circonstances de fait justifiant le rejet de la demande de l'intéressée, est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet s'est bien livré à un examen particulier et approfondi de la situation personnelle de l'intéressée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis () La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège (). ".
6. D'une part, il ressort du bordereau de transmission produit que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 3 juillet 2023 a été rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, nommément mentionnés sur ledit avis, sur la base d'un rapport médical établi le 19 juin 2023 par un médecin également nommément mentionné et ne faisant pas partie de ce collège. Par ailleurs, les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux. Dès lors, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure de consultation du collège des médecins de l'OFII doivent être écartés.
7. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à la requérante sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Vienne s'est, notamment, fondé sur l'avis susmentionné du collège de médecins de l'OFII du 3 juillet 2023 dont il s'est approprié les motifs, sans toutefois s'estimer tenu par ces derniers. Selon cet avis, l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé de son pays d'origine lui permettent d'y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie. Pour contester cet avis, l'intéressée soutient qu'elle ne pourrait bénéficier en RDC des traitements et du suivi dont elle dispose actuellement en France.
9. Toutefois, si Mme B produit un certificat médical en date du 29 novembre 2023 faisant état des conséquences qu'engendrerait un arrêt des traitements sur sa santé, ce certificat ne se prononce pas sur la disponibilité des traitements nécessaires à sa pathologie, ni sur la possibilité d'un suivi dans son pays d'origine. Il en va de même pour le certificat médical établi le 16 avril 2024. De plus, si Mme B prétend que le suivi pluridisciplinaire dont elle doit faire l'objet n'est pas disponible en RDC, l'OFII indique, dans ses observations du 31 janvier 2024, que ce suivi est effectivement disponible dans son pays d'origine, notamment à la Clinique Ngaliema, Gombe, à Kinshasa, de même que le traitement antiviral anti-VHB, si celui-ci devenait nécessaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ().". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
11. Si Mme B soutient résider habituellement en France depuis le 3 août 2021, elle ne peut se prévaloir ainsi que d'au mieux deux ans et deux mois de présence en France à la date arrêté attaqué, et il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire après le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA, en dépit d'une précédente mesure d'éloignement. Elle ne conteste pas être célibataire, sans enfant, et ne fait pas état d'aucune attache familiale en France, alors qu'elle n'en est pas dépourvue dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans et dans lequel résident encore ses deux frères et sa sœur, selon ses déclarations. Sans emploi, elle ne justifie pas avoir suivi de formation ou exercé une activité professionnelle lorsqu'elle bénéficiait de la qualité de demandeur d'asile. Si elle se prévaut d'activités bénévoles au sein de différentes associations, elle ne justifie pas ainsi d'une insertion particulière. Dans ces conditions et eu égard aux considérations qui précèdent sur son état de santé, le préfet de la Vienne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au motif qu'elle ne répond pas à une considération humanitaire et n'est pas davantage justifiée au regard de motifs exceptionnels. Pour les mêmes motifs, la décision de refus de titre de séjour attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et le préfet, qui n'a pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent, ne s'est pas davantage livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement de l'article L. 611-1 3° de ce code, qui au demeurant comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, sa motivation se confondant avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Par suite, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle repose, a été prise au terme d'un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Dès lors, cette dernière n'est fondée à soutenir ni que sa demande n'aurait pas bénéficié d'un tel examen, ni que le préfet se serait, à tort, estimé en situation de compétence liée.
13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.
14. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.
15. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, la décision attaquée a été prise au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent les fondements juridiques. Elle dispose que Mme B n'établit pas être exposée à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle repose, a été prise au terme d'un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 8 de même convention : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
18. Si la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, fait valoir qu'elle a dû quitter son pays d'origine pour se soustraire à un mariage forcé, elle n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses dires, et elle n'établit pas qu'elle y serait effectivement et personnellement exposée à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Ainsi, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui assignant notamment comme pays de destination la République démocratique du Congo. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 11, cette décision ne peut pas plus être regardée comme méconnaissant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Roilette et au préfet de la Vienne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jarrige, président,
M. Cristille, vice-président,
Mme Le Bris, vice-présidente.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 décembre 2024.
Le président rapporteur,
Signé
A. JARRIGE
L'assesseur le plus ancien,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
N. COLLET
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026