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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400011

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400011

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL PAYET - FILLOUX - DI MARTINO - HENNEMANN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Rouché, demande au juge des référés :

1°) de la suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution décision du président du comité directeur du comité départemental de karaté de la Charente-Maritime, en date du 9 novembre 2023, portant opposition à ce qu'il soit convoqué pour arbitrer dans le département de la Charente-Maritime de la prochaine saison de championnat et qu'il ne puisse accéder aux briefings des arbitres, ni évoluer autour des tatamis ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du responsable départemental de l'arbitrage, en date du 9 novembre 2023, portant indication qu'il ne sera pas convoqué pour arbitrer dans le département de la Charente-Maritime lors des manifestations sportives prévues au titre de la saison 2023-2024 ;

3°) d'enjoindre au comité départemental de karaté de la Charente-Maritime de prononcer son admission provisoire en qualité d'arbitre au niveau départemental et de l'autoriser à accéder provisoirement aux diverses compétitions sportives départementales à venir en l'attente qu'il soit statué au fond dans cette affaire ;

4°) de mettre à la charge du comité départemental de karaté de la Charente-Maritime la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite ; en effet, les décisions en litige préjudicient de manière grave et immédiate à ses droits et à sa situation, en ce qu'elles portent opposition à ce qu'il soit convoqué pour arbitrer dans tout le département de la Charente-Maritime lors du championnat en cours 2023/2024, alors qu'il est un arbitre national et international particulièrement investi au niveau local, et en ce que ces décisions lui interdisent d'être aux briefings des arbitres et, plus généralement, d'accéder aux tatamis lors des prochaines compétitions ; il a déjà été expulsé par la force d'une compétition le 25 novembre 2023 à Rochefort ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions en litige :

* à titre principal, ces décisions sont inexistantes compte tenu de la gravité des illégalités dont elles sont entachées ; elles sont constitutives d'une sanction disciplinaire déguisée ; elles sont entachées d'un détournement de pouvoir.

* à titre subsidiaire, ces décisions ont été prises par des autorités incompétentes, elles sont insuffisamment motivées ; elles sont entachées d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable ; elles méconnaissent les articles L.223-1 et R.131-3 du code du sport ainsi que les articles 10 et 22 du règlement disciplinaire fédéral.

Par un mémoire du 6 février 2024, le président de la conférence des conciliateurs est intervenu volontairement à l'instance et a indiqué au tribunal que le 8 janvier 2024, M. A a formé une demande de conciliation auprès du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), sur le fondement des articles L.141-4 et R.141-5 et suivants du code du sport. Il ajoute qu'à l'issue de l'audience de conciliation qui s'est déroulée le 1er février, le conciliateur désigné n'a pu constater d'accord entre les parties susceptibles de mettre un terme au litige de manière amiable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024 à 12h21, le comité départemental de karaté de la Charente-Maritime, représenté par Me Payet, conclut au non-lieu à statuer sur la demande de suspension et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le président du comité départemental de la Charente Maritime accepte la proposition de conciliation du 5 février 2024 et retire la décision du 9 novembre 2023 ;

- il n'entend pas pour autant renoncer à ouvrir une éventuelle procédure y compris disciplinaire à l'encontre du requérant.

Par un nouveau mémoire enregistré le 27 février 2024 à 21h11, M. A déclare ne pas s'opposer à ce que le tribunal prononce un non-lieu mais il observe qu'aucune décision de retrait des décisions en litige n'a été prise à ce jour par le président du comité départemental de la Charente-Maritime contrairement à ses engagements. Il ajoute qu'il maintient ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la requête au fond n° 2400012, enregistrée le 4 janvier 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du sport ;

- les règlements disciplinaire de la fédération française de karaté ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les demandes de référé.

L'affaire a été radiée du rôle de l'audience fixée le 7 février 2024 à 11 heures et renvoyée au mercredi 28 février 2024 à 10h30 afin de permettre de poursuivre une conciliation entre les parties.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M D a été entendu au cours de l'audience publique du 28 février 2024 qui s'est tenu en présence de Mme Berland, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, est arbitre national et international de karaté. Il est élu au sein du comité départemental de karaté de la Charente-Maritime et préside le club de karaté de La Flotte. Par une décision du 9 novembre 2023, M. Georgeon, président du comité départemental de karaté de la Charente-Maritime a adressé à M. B responsable départemental de l'arbitrage un courriel où il expose son opposition à ce que M. A soit convoqué pour être arbitre lors du prochain championnat 2023/2024 dans le département de la Charente-Maritime et à ce qu'il ne puisse accéder aux briefings des arbitres, ou évoluer autour des tatamis. Par un autre courriel en date du 9 novembre 2023, M. B a précisé à M. A qu'il ne serait pas convoqué pour arbitrer dans le département de la Charente-Maritime lors des manifestations prévues pour la saison sportive 2023-2024. M. A demande au juge des référés la suspension de l'exécution de ces deux décisions.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'urgence est établie lorsque l'exécution de la décision litigieuse porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou à un intérêt qu'il entend défendre.

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 141-4 du code du sport : " Le Comité national olympique et sportif français est chargé d'une mission de conciliation dans les conflits opposant les licenciés, les agents sportifs, les associations et sociétés sportives et les fédérations sportives agréées, à l'exception des conflits mettant en cause des faits de dopage. / Il constitue une conférence des conciliateurs dont il nomme les membres. " ; aux termes de l'article R. 141-5 du même code : " La saisine du comité à fin de conciliation constitue un préalable obligatoire à tout recours contentieux, lorsque le conflit résulte d'une décision, susceptible ou non de recours interne, prise par une fédération dans l'exercice de prérogatives de puissance publique ou en application de ses statuts. ". Aux termes de l'article R. 141-6 de ce code : " Lorsque le conflit résulte de l'intervention d'une décision individuelle, l'exécution de cette décision est suspendue à compter de la notification à l'auteur de la décision de l'acte désignant un conciliateur. Toutefois, le président de la conférence des conciliateurs peut lever la suspension dans le cas où la décision contestée est motivée par des actes de violence caractérisée. / La suspension de la décision individuelle contestée prend fin avec la notification des mesures de conciliation prévues à l'article R. 141-23. ". Aux termes de l'article R. 141-8 dudit code : " Lorsque la décision contestée est susceptible de recours contentieux, la saisine du Comité national olympique et sportif français afin de conciliation interrompt le délai de recours. ". Enfin, aux termes de l'article R. 141-23 de ce même code : " Les mesures proposées par les conciliateurs sont réputées acceptées par les parties et doivent être appliquées dès leur notification. Les parties peuvent toutefois s'y opposer dans le délai de quinze jours à compter de cette notification. ".

3. L'objet même du référé organisé par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte législatif ou réglementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge de l'excès de pouvoir, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que l'administration ait statué sur le recours préalable et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Sauf s'il en décide autrement, la mesure qu'il ordonne en ce sens vaut, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé.

4. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

5. Il résulte de l'instruction que M. A a formé le 8 janvier 2024, une demande de conciliation auprès du comité national olympique et sportif Français (CNOSF) sur le fondement des articles L 141-4 et R 141-5 précités du code du sport. Le conciliateur désigné a fait une proposition de conciliation le 5 février 2024 invitant le comité départemental de la Charente Maritime de karaté et des disciplines associées à rapporter la décision du 9 novembre 2023 de son président.

6. Il résulte de l'instruction que le président du comité départemental de la Charente Maritime de karaté et des disciplines associées a finalement accepté la mesure proposée dans le cadre de la conciliation et indique que la décision du 9 novembre 2023 dont M. A demandait la suspension de l'exécution sera retirée. Du fait de l'aboutissement de la conciliation et de l'annonce de l'intervention de cette décision de retrait, l'urgence ne justifie plus en l'état de l'instruction, la suspension demandée.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension et d'injonction de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du comité départemental de karaté de la Charente-Maritime qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au comité départemental de Karaté de la Charente-Maritime.

Fait à Poitiers, le 4 mars 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. D

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

N. COLLET

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