mercredi 14 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400034 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 janvier 2024, Mme C A, représentée par Me Lopes de la SELARL Bendjebbar-Lopes, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 22 mai 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Rochefort l'admettant au bénéfice des allocations chômage a fixé le montant journalier de son allocation d'aide au retour à l'emploi à 14,93 euros bruts ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Rochefort, à titre principal, de lui verser une allocation d'aide au retour à l'emploi d'un montant de 58,90 euros bruts par jour à compter du 10 février 2023, dans le délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui verser une allocation d'aide au retour à l'emploi d'un montant journalier de 30,42 euros nets pour la période comprise entre le 10 février 2023 et le 30 juin 2023 et de 31,59 euros nets au-delà, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, ou, à titre infiniment subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de ses droits à allocation chômage ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Rochefort à l'indemniser des préjudices de toutes natures qu'elle a subis, à raison du règlement tardif de l'allocation d'aide au retour à l'emploi et à sa minoration ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rochefort la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est caractérisée, la décision contestée limite son revenu mensuel moyen à 454,12 euros bruts soit moins que le montant du RSA pour une personne seule, la privant du montant de l'allocation d'aide au retour à l'emploi auquel elle a droit et réduisant ses ressources et celle de son foyer ; si elle a repris une activité en créant une entreprise artisanale, active depuis le 2 octobre 2023, les charges fixes de cette entreprise qui s'élèvent à 524,13 euros dépassent les allocations chômages perçues ; les dépenses du foyer qui peuvent être évaluées à 3 083,62 euros excèdent très largement les revenus de son compagnon et d'elle-même depuis de nombreux mois, si bien qu'elle a dû entamer l'épargne qu'elle avait pu retirer de la vente contrainte de leur maison.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- le calcul du salaire journalier de référence est erroné et la décision attaquée méconnaît les dispositions du décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage ;
- elle ne peut pas percevoir un montant journalier inférieur à 30,42 euros nets entre le 10 février et le 30 juin 2023 et inférieur à 31,59 euros nets au-delà du 1er juillet 2023.
La requête a été communiquée au centre hospitalier de Rochefort, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 juillet 2023 sous le n° 2301858 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 ;
- le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Me Lopes représentant Mme A qui reprend ses écritures en insistant sur le peu d'intérêt que le centre hospitalier accorde à cette affaire puisqu'il n'a pas même produit de mémoire en défense. Il ajoute que le foyer de la requérante comprend deux enfants en bas âge et ne dispose que de revenus moyens, qu'elle ne saurait après 13 ans de service à temps plein ne percevoir que 450 euros bruts par mois, soit moins que le RSA, et moins que le minimum prévu par le nouveau règlement général de l'assurance chômage, qu'il est vrai que le régime d'indemnisation est devenu plus complexe et que l'administration qui verse les allocations de retour à l'emploi n'est pas nécessairement habituée à mettre en œuvre cette réglementation, d'autant que la situation administrative de Mme A est complexe avec la présence d'un congé de formation.
Le centre hospitalier de Rochefort n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A a occupé à compter du 28 janvier 2003 un emploi d'aide-soignante au centre hospitalier de Rochefort d'abord comme contractuelle puis comme titulaire. Elle a été placée en congé maladie imputable au service du 30 janvier 2018 au 22 juillet 2018 et du 10 septembre 2018 au 31 août 2021. Elle a bénéficié ensuite d'un congé de formation professionnelle du 1er septembre 2021 au 10 juin 2022. Elle a conclu avec le centre hospitalier de Rochefort une convention de rupture conventionnelle le 27 décembre 2022, qui a pris effet le 13 janvier 2023. Par un courrier du 22 mai 2023, le centre hospitalier qui assure lui-même le service de l'assurance chômage pour ses anciens agents a notifié à Mme A son admission au bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à raison d'un montant de 14,93 euros bruts par jour à compter du 10 février 2023. Mme A demande pour l'essentiel la suspension de l'exécution de cette dernière décision en tant qu'elle fixe le montant de son allocation d'aide au retour à l'emploi à ce montant journalier et d'ordonner au centre hospitalier de corriger le montant de son indemnité pour la porter à 58,90 euros par jour ou subsidiairement à 30,42 euros pour la période comprise entre le 10 février 2023 et le 30 juin 2023 et à 31,59 euros au-delà.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Afin d'établir la situation d'urgence dont elle se prévaut, Mme A fait valoir que la décision attaquée a pour effet de limiter à 471,82 euros par mois ses allocations de retour à l'emploi ce qui représente un montant inférieur au montant minimum prévu par le règlement d'assurance chômage en vigueur et moins que le montant du RSA pour une personne seule, que l'entreprise artisanale qu'elle a créée ne lui procure pas encore de ressources et que ses revenus ne lui permettant pas de faire face aux dépenses de son foyer qui comprend deux enfants à charge, elle a dû entamer son épargne. Toutefois, il apparaît en l'état de l'instruction que la requérante a perçu au titre de la convention de rupture conventionnelle signée le 27 décembre 2022 une indemnité spécifique de 13 932 euros. Il résulte également de l'instruction que l'intéressée n'est pas seule au sein de son foyer à supporter les charges dont elle fait état. Enfin, Mme A n'établit pas qu'elle n'aurait perçu, à la date de la présente ordonnance, aucun revenu de son activité professionnelle qu'elle a débutée le 2 octobre 2023. Dans ces conditions, l'intéressée ne peut être regardée comme démontrant avec certitude l'existence d'un préjudice grave et immédiat qui résulterait de l'exécution de cette décision, nécessitant ainsi de prononcer à bref délai une mesure provisoire. Dans ces circonstances, Mme A n'établit pas l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. Il s'ensuit que, faute de justification d'une situation d'urgence, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision contestée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et ses conclusions aux fins d'indemnisation doivent également être rejetées. Il en va de même, par suite, des conclusions que la requérante présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au centre hospitalier de Rochefort.
Fait à Poitiers, le 14 février 2024
Le juge des référés,
Signé
P. B
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne 000 ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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