mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400197 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2024, Mme B A représentée par la SELARL Doranges Avocat, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision 48 SI du 12 décembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a signifié la perte de 8 points de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 18 janvier 2021 pour laquelle elle a fait l'objet d'une condamnation par le tribunal de grande instance de l'Eure, a relevé que le solde de points de son permis de conduire était nul compte tenu du retrait de 1 point à la suite d'une infraction commise le 10 aout 2020, du retrait de 1 point consécutif à une infraction commise le 24 août 202 et après le retrait de 4 points à la suite d'une infraction commise le 31 mars 2023, a constaté la perte de validité de son titre de conduite et lui a enjoint de remettre celui-ci aux services préfectoraux du département où elle réside ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son titre de conduite ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 800 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est la mère d'une petite fille de huit mois qu'elle élève seule, qu'elle bénéficie d'une place en crèche et a besoin de son véhicule pour s'y rendre compte tenu du manque de transports en commun à Rochefort où elle réside, qu'elle dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée déterminée qui pourra se prolonger en contrat à durée indéterminée, que cet emploi se situe à Port d'Envaux à une quarantaine de kilomètres de Rochefort, dans une zone mal desservie par les transports en commun, qu'elle n'a d'autres choix que d'utiliser son véhicule personnel, qu'en outre son travail pourra l'amener à utiliser un véhicule de sa société et que sa situation professionnelle en devenir mérite d'être protégée ; qu'ainsi, la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation familiale et à la stabilité financière de son foyer ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet, lors de la constatation de l'infraction commise le 18 janvier 2021, elle n'a pas reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ; à raison de cette infraction une suspension administrative pour une durée de neuf mois a été prise par arrêté préfectoral en date du 27 avril 2021, mais cette information ne lui a pas été transmise à ce stade non plus ; de la même manière, elle n'était pas informée du retrait automatique de points dont elle allait faire l'objet en raison de l'infraction commise le 18 janvier 2021 ; au regard de son relevé d'information restreint, en date du 3 janvier 2021, le permis de conduire est valide depuis le 22 février 2023, date à laquelle son permis lui a de nouveau été délivré ; les mêmes informations ressortent du relevé d'information intégral.
Vu :
- la requête enregistrée le 26 janvier 2024 sous le n° 240198 tendant à l'annulation de la décision 48 SI du 12 décembre 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. Cristille, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 12 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité du permis de conduire de Mme A pour solde de points nul. Par sa requête, cette dernière demande la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 de ce code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Afin de justifier l'urgence à suspendre l'exécution de la décision contestée, Mme A soutient qu'elle ne peut plus emmener sa fille de huit mois à la crèche alors qu'elle élève seule l'enfant et que les moyens de transports publics sont limités et peu adaptés. Elle fait valoir aussi que cette décision met en péril son projet professionnel dès lors qu'elle dispose d'une promesse d'embauche au sein d'une entreprise qui se situe à une quarantaine de kilomètres de Rochefort, dans une zone mal desservie par les transports en commun, qu'elle n'a d'autres choix que d'utiliser son véhicule personnel et que cet emploi pourra, en outre, l'appeler à utiliser un véhicule de la société. A l'appui de ces affirmations, la requérante produit une lettre à entête du restaurant " Le Gabarier " non datée où le gérant de la société expose qu'il envisage de recruter Mme A en CDD saisonnier à compter du 25 mars 2024 et jusqu'au 20 octobre 2024 sous réserve que celle-ci soit en possession d'un permis de conduire en cours de validité, étant donné les déplacements qu'elle aura à effectuer dans le cadre de ses fonctions. Elle verse également au dossier la copie partielle d'un courriel du 5 janvier 2024 émis par la crèche " Graine d'enfant " intitulé " Entrée en crèche adaptation d'Izia ". Toutefois, même si l'on tient compte de ces éléments, ceux-ci ne suffisent pas pour justifier l'urgence à suspendre la décision en litige dès lors que la conduite automobile de Mme A présente un risque grave pour la sécurité routière révélé notamment par l'infraction de conduite malgré l'usage de stupéfiants et de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter commise le 18 janvier 2021, figurant dans le relevé d'information intégral daté du 4 janvier 2024.
5. Par suite, alors même que la décision contestée aurait des conséquences négatives sur l'emploi de la requérante et sur l'équilibre de sa vie familiale, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne saurait être regardée comme remplie. En conséquence, sur le fondement de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative, les conclusions susvisées aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et au titre des frais irrépétibles, doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.
Fait à Poitiers, le 13 février 2024.
Le juge des référés,
Signé
P. CRISTILLE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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