mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
| Avocat requérant | BACHELET |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 1er février 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal administratif de Poitiers le dossier de la requête de Mme G C, enregistrée le 31 janvier 2024 au greffe du tribunal administratif de Toulouse.
Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Poitiers le 1er février 2024 sous le n° 2400236, ainsi qu'un mémoire enregistré le 5 février 2024, Mme C, représentée par Me Bachelet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision en date du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Vienne l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité compétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu tel que garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général du droit de l'Union européenne de bonne administration ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
Des pièces ont été produites par le préfet de la Vienne et ont été enregistrées le 2 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. D pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Caliot, substituant Me Bachelet, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante sénégalaise, née le 2 février 1996, est entrée en France le 9 août 2022 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 15 juin 2022 au 12 décembre 2022. Par des décisions du 18 juillet 2023, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Elle a été interpellée et placée en garde à vue le 28 janvier 2024 pour des faits de violences intrafamiliales. Par une décision du 29 janvier 2024, le préfet de la Vienne a décidé du placement de Mme C au centre de rétention administrative de Cornebarrieu. Par une ordonnance du 31 janvier 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse a ordonné l'assignation à résidence de Mme C à Châtellerault (Vienne). Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision en date du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Vienne l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Alors qu'il n'a pas encore été statué sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par la requérante, il y a lieu d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire à Mme C.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 18 juillet 2023 :
3. Mme C soutient que la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 18 juillet 2023, dès lors que celle-ci est entachée d'un défaut de compétence, d'un défaut de motivation, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. En premier lieu, la décision du 18 juillet 2023, a été prise pour le préfet de la Vienne, par Mme A F, sous-préfète, directrice de cabinet de la préfecture de la Vienne, qui a reçu délégation de l'autorité préfectorale, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vienne. La délégation porte, notamment, sur les décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la décision du 18 juillet 2023 est entachée d'un défaut de motivation, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes, alors qu'au demeurant elle ne produit pas la décision litigieuse, pour en apprécier le bien-fondé.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. En l'espèce, si Mme C soutient qu'elle a deux enfants mineurs à l'étranger et qu'elle recherche activement un emploi, elle ne justifie pas d'une présence ancienne et continue en France. Par ailleurs, si elle se prévaut de sa relation affective avec M. E, avec laquelle elle aurait conclu un pacte civil de solidarité en janvier 2024, et d'une grossesse de plusieurs semaines, elle ne verse au dossier aucun élément de nature à étayer ses allégations et à démontrer l'existence ou l'intensité de cette relation, et ne justifie ainsi pas de liens d'une particulière intensité sur le territoire national, alors au demeurant qu'elle a une fille de 7 ans qui vit au Sénégal et un fils de cinq ans qui vit en Espagne. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'elle a été placée en garde à vue le 28 janvier 2024 pour des faits de violences sur M. E. Dans ces conditions, Mme C n'établit pas que le préfet de la Vienne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui a été aux points 4 à 7 du présent jugement que l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français soulevée à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.
S'agissant des autres moyens :
9. En premier lieu, par un arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Vienne a donné délégation à M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer toutes décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.
10. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, notamment son article L. 612-7. La décision mentionne, outre la date d'arrivée en France de Mme C, sa situation privée et familiale, ainsi que les éléments de la situation de l'intéressée au vu desquels a été prise l'interdiction de retour sur le territoire français, tant dans son principe que dans sa durée. Ces éléments suffisent à Mme C pour lui permettre de comprendre les raisons de fait et de droit en vertu desquelles la décision attaquée a été prise. Dès lors, la décision attaquée, qui comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et n'est pas entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle.
11. En troisième lieu, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français qui est prise concomitamment à une mesure d'éloignement. La circonstance que l'autorité administrative n'est pas tenue d'édicter une telle mesure d'interdiction en complément d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire et qu'elle peut, pour des raisons humanitaires, également s'abstenir de prononcer une telle interdiction à la suite d'une décision d'éloignement sans délai, ne fait pas obstacle au prononcé de cette mesure lorsque le ressortissant étranger a pu être entendu et ainsi mis à même, au cours de la procédure et avant toute décision lui faisant grief, de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement, et notamment faire valoir d'éventuelles circonstances humanitaires.
12. Si Mme C fait valoir qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'interdiction de retour, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 28 janvier 2024 par les services de gendarmerie que l'intéressée a, en l'espèce, été entendue sur sa situation personnelle et familiale et qu'elle a déclaré être informée de ce qu'elle faisait l'objet d'une mesure d'éloignement. Elle a ainsi été mise à même de faire part de ses observations sur l'irrégularité de son séjour ou la perspective d'éloignement et d'apporter tous éléments de nature à faire, le cas échéant, obstacle à une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'alinéa 1er de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'alinéa 1er de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
14. En l'espèce, la requérante ne justifie pas d'une présence ancienne et continue en France. Par ailleurs, si elle se prévaut de la présence de sa cousine, de sa relation affective avec M. E, avec laquelle elle aurait conclu un pacte civil de solidarité en janvier 2024, et d'une grossesse de plusieurs semaines, elle ne verse au dossier qu'une attestation d'hébergement du 30 janvier 2024, postérieure à la décision attaquée, de la part de Mme B, et aucun autre élément de nature à étayer ses allégations et à démontrer l'existence ou l'intensité de sa relation avec M. E, et ne justifie ainsi pas de liens d'une particulière intensité sur le territoire national, alors au demeurant qu'elle a une fille de 7 ans qui vit au Sénégal et un fils de cinq ans qui vit en Espagne. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'elle a été placée en garde à vue le 28 janvier 2024 pour des faits de violences sur M. E. Dès lors, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C, au préfet de la Vienne et à Me Bachelet.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
V. D
La greffière d'audience,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026