mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400293 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2024, M. C, représenté par Me Falacho, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, ou à défaut de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
Sur la décision portant assignation à résidence ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour exercer les fonctions prévues par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A, qui a informé les parties de ce qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de ce que les conclusions de la requête dirigées contre le refus de titre de séjour relevaient de la seule compétence d'une formation collégiale du tribunal ;
- et les observations de Me Falacho, représentant M. B, qui a repris ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant béninois né le 8 décembre 1972, est entré en France le 13 septembre 2012 selon ses déclarations. Marié avec une ressortissante française le 10 décembre 2016, il a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint de français le 22 août 2017 qui a été renouvelé jusqu'au 18 septembre 2021. Par arrêté du 25 janvier 2023, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de conjoint de français et de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-2 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par le même arrêté, elle l'a obligé à quitter le territoire français. Le 7 septembre 2023, M. B a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 6 janvier 2024, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est () assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".
4. En application des dispositions précitées, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et assignant le requérant à résidence. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus ou retrait de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. B.
Sur la compétence de l'auteur des arrêtés :
5. Par un arrêté du 6 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Deux-Sèvres, M. Patrick Vautier, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous les actes entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés du 6 février 2024 en litige doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, l'arrêté du 6 février 2024 vise l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lequel se fonde la décision de refus de titre de séjour ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne l'entrée en France de M. B le 13 juillet 2012 mais précise que ce dernier n'apporte pas la preuve de sa présence sur le territoire entre le 10 août 2012 et le 10 décembre 2016. L'arrêté indique par ailleurs que le requérant s'est marié avec une ressortissante française en 2016 dont il est désormais divorcé et qu'il est pacsé avec une autre ressortissante française depuis le 5 mai 2023 avec laquelle il déclare être en couple depuis 2021 sans toutefois pouvoir justifier entretenir une relation continue avec cette dernière. L'arrêté relève également que M. B a fait l'objet d'une précédente décision de refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français prise le 25 janvier 2023 qu'il n'a pas exécutée. Il indique en outre que l'intéressé n'établit pas avoir tissé en France des liens personnels intenses et stables, hormis avec sa partenaire de Pacs et avec sa fille née en 2003 et arrivée en France en 2021 dans le cadre du regroupement familial, avec laquelle il ne justifie pas résider ni qu'elle serait à sa charge. Enfin l'arrêté relève que M. B n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où réside son autre fille âgée de 12 ou 13 ans. La décision de refus de titre de séjour est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
8. M. B invoque sa durée de présence en France où il déclare être entré en 2012 mais il ne produit dans le cadre de l'instance aucune pièce justifiant de sa présence sur le territoire français entre le 10 août 2012 et le 10 décembre 2016. S'il est constant qu'il est pacsé depuis le 5 mai 2023 avec une ressortissante française, les attestations produites ne suffisent pas à établir l'ancienneté de la vie commune qu'il déclare mener avec cette dernière. Les deux factures produites par le requérant ne suffisent pas non plus, en l'état de l'instruction, à établir l'intensité de ses relations avec sa fille majeure née en 2003, qui est entrée en France en 2021 dans le cadre du regroupement familial, ni que cette dernière, qui était scolarisée en terminale à la date de la décision attaquée, serait à sa charge. Le requérant ne justifie pas enfin avoir développé par ailleurs des liens personnels anciens, intenses et stables en France. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour en litige a porté à la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 8 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.
Sur les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence :
10. Dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été rejetés, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de celle par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, l'a interdit de séjour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation des décisions prises le 6 février 2024 par la préfète des Deux-Sèvres portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la préfète des Deux-Sèvres.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. ALa greffière d'audience,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026