mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400305 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2024, M. C B, représenté par Me Bonnet, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de destination et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ :
- elle méconnait les dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : d'une part, le préfet de la Vienne a considéré à tort qu'il ne justifie plus d'aucun droit au séjour ; d'autre part, le préfet de la Vienne n'établit pas que son comportement constitue une menace réelle actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant assignation à résidence ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour exercer les fonctions prévues par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- et les observations de Me Bonnet, représentant M. B, qui a repris ses écritures et fait valoir que M. B est réside en France depuis qu'il a moins de treize ans.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant roumain né le 2 septembre 2004, déclare être entré en France en 2010 avec sa famille. Il a été interpellé le 7 février 2024 par les services de police et placé en garde à vue. Par arrêté du 7 février 2024, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de destination et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". Et aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".
4. Si le requérant soutient qu'il dispose d'un droit au séjour en France sur le fondement du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, les éléments qu'il produit dans le cadre de l'instance, des fiches de paye au titre des mois d'août et septembre 2023 et un contrat de mission temporaire pour le mois de novembre 2023, ne suffisent pas à établir qu'il exerçait une activité professionnelle en France au sens de ces dispositions à la date de la décision attaquée. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'obligeant à quitter le territoire français au motif qu'il ne justifiait plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3.
5. Dès lors que ce seul motif suffit pour fonder la décision en litige, il n'est pas nécessaire de statuer sur la légalité du second motif retenu par le préfet de la Vienne tiré de ce que M. B constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, l'article L. 253-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille dispose que : " Outre les dispositions du présent titre, sont également applicables aux étrangers dont la situation est régie par le présent livre les dispositions de l'article L. 611-3 (). Aux termes de l'article L. 611-3 du même code dans sa version en vigueur jusqu'au 28 janvier 2024 : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code dans sa version applicable à compter du 28 janvier 2024 : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ".
7. Si le requérant, qui fait valoir qu'il réside en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, doit être regardé comme invoquant les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles-ci n'étaient plus en vigueur à la date de la décision en litige. Le moyen invoqué doit par suite en tout état de cause être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Le requérant ne justifie pas de manière suffisante qu'il réside de manière continue en France depuis 2010 comme il le déclare en se bornant à produire un certificat de scolarité du collège Jean Moulin de Poitiers indiquant qu'il a régulièrement fréquenté l'établissement au cours des années scolaires 2016-2017 à 2019-2020. Il n'apporte par ailleurs aucun élément permettant d'établir que la cellule familiale qu'il forme avec son enfant né le 24 août 2023 et la mère de celui-ci ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. Il ne justifie pas non plus avoir tissé en France de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables et ne soutient pas qu'il n'aurait plus d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé est défavorable connu des services de police pour des faits de vol commis le 30 juillet 2020 contre des personnes en raison de leur orientation sexuelle, de vol aggravé commis le 28 décembre 2020 et vol en réunion commis le 15 janvier 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français a porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts de vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
11. Comme cela a été exposé au point 9, le requérant n'établit pas que la cellule familiale qu'il forme avec son enfant et la mère de celui-ci ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur les décisions portant fixation du pays de destination, interdiction de circulation sur le territoire français et assignation à résidence :
12. Dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été rejetés, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation des décisions par lesquelles le préfet de la Vienne a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B aux fins d'annulation des arrêtés du préfet de la Vienne du 7 février 2024 doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. ALa greffière d'audience,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026