vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400363 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Référé |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet de la Vienne a mis en demeure les propriétaires et occupants des résidences mobiles stationnées sur un terrain situé dans la zone artisanale de la Pazioterie à Coulombiers de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures.
Il soutient que :
- ils ne causent pas de problèmes, ni de troubles ;
- il n'y a pas de terrain capable d'accueillir son groupe d'une trentaine de familles à Poitiers, les aires d'accueil étant trop petites ou trop éloignées du CHU où une personne de leur groupe est prise en charge ;
- un délai de deux mois doit leur être accordé pour quitter les lieux.
Par un mémoire enregistré le 15 février 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Boutet, première conseillère pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 779-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet ;
- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Vienne, qui a repris ses écritures et ajouté qu'une aire d'accueil disponible pour la famille d'une personne hospitalisée au CHU de Poitiers a été proposée aux intéressés qui l'ont refusée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
1. A la suite du stationnement de résidences mobiles sur un terrain situé dans la zone artisanale de la Pazioterie à Coulombiers, le maire de la commune a demandé au préfet de la Vienne, le 9 février 2024, la mise en œuvre de la procédure de mise en demeure de quitter les lieux à l'encontre des occupants de ces résidences mobiles en application de la loi du 5 mars 2007 relative à l'occupation illicite de terrains par les gens du voyage. Par arrêté du 13 février 2024, le préfet de la Vienne a mis en demeure les propriétaires et occupants des résidences mobiles concernées de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. D'une part, aux termes de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Les communes participent à l'accueil des personnes dites gens du voyage et dont l'habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles installées sur des aires d'accueil ou des terrains prévus à cet effet. () II. - Dans chaque département, () un schéma départemental prévoit les secteurs géographiques d'implantation et les communes où doivent être réalisés : 1° Des aires permanentes d'accueil, ainsi que leur capacité ; () 3° Des aires de grand passage, destinées à l'accueil des gens du voyage se déplaçant collectivement à l'occasion des rassemblements traditionnels ou occasionnels, ainsi que la capacité et les périodes d'utilisation de ces aires. () Les communes de plus de 5 000 habitants figurent obligatoirement au schéma départemental. ". L'article 2 de la même loi dispose : " I. - Les communes figurant au schéma départemental en application des dispositions des II et III de l'article 1er sont tenues, dans un délai de deux ans suivant la publication de ce schéma, de participer à sa mise en œuvre. Elles le font en mettant à la disposition des gens du voyage les aires permanentes d'accueil aménagées et entretenues, les terrains familiaux locatifs et les aires de grand passage dont le schéma départemental a prévu la réalisation sur leur territoire. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 9 de la même loi du 5 juillet 2000 : " I. - Dès lors qu'une commune remplit les obligations qui lui incombent en application de l'article 2, son maire () peut, par arrêté, interdire en dehors des aires d'accueil aménagées le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées à l'article 1er. Ces dispositions sont également applicables aux communes non inscrites au schéma départemental mais dotées d'une aire d'accueil, ainsi qu'à celles qui décident, sans y être tenues, de contribuer au financement d'une telle aire ou qui appartiennent à un groupement de communes qui s'est doté de compétences pour la mise en œuvre du schéma départemental. () II. - En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. () II bis. - Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. () ". L'article 9-1 de la même loi dispose : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article. ".
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de constatation effectué par les services de gendarmerie le 6 février 2024 relatif au stationnement de six résidences mobiles et cinq véhicules sur un terrain situé dans la zone artisanale de la Pazioterie à Coulombiers, que le branchement illicite en électricité, l'absence de container à poubelles et le stationnement dans une zone artisanale sont de nature à engendrer des troubles à la sécurité, salubrité, et tranquillité publiques, alors en outre que le requérant indique dans ses écritures qu'une trentaine de familles réside désormais sur cet emplacement. Il résulte par ailleurs de l'instruction que les aires d'accueil de Lussac-Les-Châteaux, de La Roche-Posay, de Pressac, de Loudun, de Mirebeau, de Buxerolles, de Poitiers et de Saint-Benoît disposent d'emplacements disponibles pour accueillir ces familles. Certaines de ces aires sont situées à proximité du CHU de Poitiers où le requérant fait valoir qu'un membre de leur groupe nécessite une prise en charge. Le préfet de la Vienne fait par ailleurs valoir qu'une aire d'accueil disponible pour la famille d'une personne hospitalisée au CHU de Poitiers a été proposée aux intéressés qui l'ont refusée. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant la décision portant mise en demeure de quitter les lieux en litige et en fixant à vingt-quatre heures le délai d'exécution de son arrêté.
5. Par ailleurs, si le requérant demande qu'un délai plus long que vingt-quatre heures soit accordé pour quitter les lieux, la décision attaquée présente un caractère indivisible, de sorte qu'il n'est pas possible pour le juge de l'excès de pouvoir de faire droit à de telles conclusions.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Vienne du 13 février 2024 et au bénéfice d'un délai supplémentaire doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La magistrate désignée, La greffière d'audience,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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