jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400368 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
| Avocat requérant | MOCZULSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2024, M. A B, représenté par Me Moczulski, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 février 2024 par laquelle le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le moyen commun aux deux décisions :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans, prise dans son ensemble :
- elle est insuffisamment motivée ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnait l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait son droit à mener une vie privée et familiale normale ;
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle méconnait l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant deux ans :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet de la Vienne ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance qu'il était nécessaire d'obtenir un laissez-passer ;
- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère, pour exercer les fonctions prévues par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Thèvenet-Bréchot a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant portugais né en mai 1984, déclare être entré en France en avril 2017. Par deux décisions du 13 février 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur le moyen commun aux décisions en litige :
2. Par un arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans, prise dans son ensemble :
3. La décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans vise les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les articles L. 251-1, L. 251-3 et L. 251-4. Elle indique notamment que le comportement de M. B constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". En vertu de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpellé et placé en garde à vue le 12 février 2024 pour des faits d'extorsion sous la menace d'une arme et de vol sur personne vulnérable. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Poitiers le 14 février 2024 à une peine de 12 mois d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis probatoire et immédiatement incarcéré au centre pénitentiaire de Poitiers Vivonne. Si l'intéressé soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne conteste pas les faits qui lui sont reprochés, ni ne démontre, par les pièces produites, son intégration dans la société française. Ainsi, compte tenu du caractère grave et récent de ces faits, le préfet de la Vienne a pu valablement considérer que le comportement de M. B constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, nonobstant la circonstance que la condamnation pénale soit intervenue postérieurement à la décision en litige. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en obligeant M. B à quitter le territoire français. En outre, dès lors que le seul motif tiré de la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société suffit pour fonder la décision en litige, il n'est pas nécessaire de statuer sur la légalité du second motif retenu par le préfet de la Vienne tiré de ce que le requérant ne justifie d'aucun droit au séjour.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
7. Le requérant fait valoir qu'il vit en France depuis sept ans, qu'il est hébergé chez son ex-compagne et qu'il est père d'une enfant née en janvier 2023 et vivant en France. Toutefois, il ne démontre pas, par les pièces du dossier, l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec elles et en particulier qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il ne justifie pas non plus être dépourvu d'attache dans son pays d'origine où il a déclaré être retourné en 2019 et 2021. En outre, il ne démontre pas son insertion dans la société française, alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 5 que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 251-3 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "
9. En se bornant à soutenir que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas de nature à faire obstacle à l'octroi d'un délai de départ volontaire, M. B ne critique pas utilement les motifs retenus par le préfet de la Vienne qui justifient que lui soit refusé un tel délai, alors qu'il résulte du point 5 du présent jugement que son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Dans ces conditions, au regard de la gravité et du caractère récent des faits, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les dispositions précitées en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
10. Dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait, par voie de conséquence, être annulée, doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire pendant deux ans :
11. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
12. Compte tenu du comportement de M. B constitutif d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, de ce qu'il ne justifie pas de ses conditions de vie et d'intégration en France et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dépourvu d'attaches au Portugal où il a déclaré être retourné en 2019 et 2021, le préfet de la Vienne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une décision lui faisant interdiction de circuler sur le territoire français pendant deux années.
Sur la décision portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours :
13. En premier lieu, la décision en litige vise notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le requérant n'est en possession d'aucun document d'identité ou de voyage, ce qui ne permet pas son éloignement immédiat et qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle du départ, mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () "
15. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Vienne pouvait légalement se fonder, pour l'assigner à résidence, sur la circonstance qu'il n'est en possession d'aucun document d'identité ou de voyage, ce qui ne permet pas son éloignement immédiat et qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle du départ, mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable.
16. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier la portée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A. THEVENET-BRECHOTLa greffière,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026