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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400524

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400524

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 4 mars 2024 sous le n°2400524, M. B E, représenté par la société civile professionnelle (SCP) d'avocats Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ; elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du12 mars 2024.

II. Par une requête enregistrée le 4 mars 2024 sous le n°2400525, Mme A D, représentée par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui octroyer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ; elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme D été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après le rapport de M.C, ont été entendues au cours de l'audience publique qui s'est tenue en présence de Mme Berland greffière d'audience, les observations de Me Ago-Simmala représentant M. E et Mme D qui reprend en les développant, ses conclusions et ses moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2400524 et 2400525 sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers, présentant à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Compte tenu du lien étroit les unissant, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. B E et Mme A D, ressortissants géorgiens nés respectivement le 10 juin 1985 et le 14 janvier 1990, déclarent être entrés en France le 24 octobre 2022. Les demandes d'asile présentées par les intéressés ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 14 juin 2023 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 novembre 2023. Par deux arrêtés du 2 février 2024, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de leur octroyer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. M. E et Mme D demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par une décision en date du 12 mars 2024, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. E et à Mme D. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur leurs demandes d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les arrêtés dans leur ensemble :

4. Par un arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Charente-Maritime, M. Emmanuel Cayron, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés en litige doit être écarté comme manquant en fait.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, les arrêtés attaqués visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont ils font application et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Ils mentionnent, la date d'arrivée en France des requérants, les demandes d'asile rejetées par l'OFPRA le 14 juin 2023, confirmées par la CNDA le 9 novembre 2023. Ils précisent en outre leur situation privée et familiale, notamment leur récente arrivée en France, les attaches familiales dont ils ne sont pas dépourvus dans leur pays d'origine, que la circonstance de la scolarisation des enfants depuis le 1er janvier 2023 ne constitue pas un motif sérieux d'intégration et que cette scolarité pourra être poursuivie dans leur pays d'origine. Les arrêtés attaqués mentionnent également que les intéressés n'établissent pas être exposés à des peines et traitements inhumains en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, les décisions attaquées qui permettent de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation des intéressés, sont suffisamment motivés, quand bien même il n'y est pas fait mention de de la présence de la mère de Mme D sur le territoire français, cette dernière étant par ailleurs elle-même sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). ".

7. M. E et Mme D soutiennent que leur situation justifie l'octroi de titres de séjour sur le fondement des dispositions précitées dès lors qu'ils justifient résider sur le territoire depuis le mois d'octobre 2022, que leurs deux filles sont scolarisées sur le territoire national et pleinement intégrées dans leur classe, qu'ils vivent avec la mère de Mme D qui souffre d'importants problèmes de santé, et qu'ils ne peuvent reconstituer une vie familiale normale dans leur pays d'origine qu'ils ont fui pour préserver leur vie et celle des membres de leur famille. Toutefois, leur arrivée en France est récente ; les liens privés et familiaux des intéressés ne sont caractérisés ni par leur ancienneté ni par leur stabilité, les intéressés ayant vécu la majeure partie de leur vie hors de France et se maintenant en situation irrégulière sur le territoire national depuis le rejet de leur demande d'asile par l'OFPRA. Ils ne justifient pas de ressources et d'un logement propre. De plus, au regard de leur jeune âge, les filles, dont l'intérêt est de demeurer auprès de leurs parents, pourront poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Enfin, il n'est pas démontré que l'état de santé de la mère de Mme D nécessite des soins qui ne pourraient être prodigués dans leur pays d'origine, d'autant que cette dernière fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire concomitante à celles de sa fille et de son gendre. Par suite les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Charente-Maritime a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'ils ne justifiaient pas de motifs humanitaires ou exceptionnels justifiant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, dès lors que l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour n'est pas établie, l'exception d'illégalité de ces décisions, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre les obligations de quitter le territoire français, doit être écartée.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. Pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 7, en obligeant les requérants à quitter le territoire français, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, les enfants du couple ayant vocation à suivre leurs parents compte tenu de leur jeune âge.

Sur les décisions fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, dès lors que l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, l'exception d'illégalité de ces décisions, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de renvoi, doit être écartée

11. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués, qui rappellent la nationalité des requérants, visent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précisent que les requérants n'établissent pas être exposés à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine. Ainsi, ils comportent les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions fixant le pays de destination et sont ainsi suffisamment motivés.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. E et Mme D soutiennent qu'en cas de retour dans leur pays d'origine, ils seraient exposés à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants. Ils font état en particulier de menaces de la part des membres d'un groupe criminel en raison de la profession de M. E qui travaillait dans un centre pénitentiaire. Toutefois, M. E et Mme D n'apportent aucun élément probant de nature à établir l'existence de risques actuels, sérieux et personnels auxquels ils seraient exposés en cas de retour dans leur pays d'origine, alors, au demeurant, que leurs demandes d'admission au titre de l'asile ont été rejetées par l'OFPRA puis par la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. E et Mme D doivent être rejetées, y compris leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. E et Mme D.

Article 2 : Les requêtes n°2400524 et 2400525 de M. E et Mme D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, Mme A D et au préfet de la Charente-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 avril 2024.

Le magistrat désigné

Signé

F. C

La greffière d'audience,

Signé

C. BERLAND

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

2 - 2400525

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