vendredi 23 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400540 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers JU |
| Avocat requérant | DONZEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête n° 2400540 enregistrée le 5 mars 2024, M. G E C, représenté par Me Donzel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de 30 jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant la participation à l'entretien et à l'éducation des enfants de M. E C ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre ;
- méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requête est tardive et que les moyens soulevés par M. E C ne sont pas fondés.
M. E C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. F en application des articles L. 614-3, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E C, ressortissant congolais né en 1987, est entré sur le territoire français suivant ses déclarations le 4 mars 2015. Après la naissance, le 19 février 2019, de son premier enfant de nationalité française, issu de sa relation avec une ressortissante française Mme B A, il a bénéficié d'un titre de séjour " parent d'enfant français " valable du 2 septembre 2019 au 1er septembre 2020, puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 28 septembre 2020 au 27 septembre 2022. Sa compagne a donné naissance à un second enfant le 21 avril 2022. Le 13 août 2022, M. E C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " parent d'enfant français " auprès des services de la préfecture des Deux-Sèvres et a été mis en possession de récépissés. Par arrêté du 18 septembre 2023, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui accorder le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. M. E C sollicite du tribunal l'annulation de cet arrêté. Le 28 juin 2024, M. E C a été interpellé par les officiers de police du commissariat de D pour des faits de violence et placé en garde à vue. Le 29 juin 2024, la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de se présenter cinq fois par semaine au commissariat de D.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. E C a formé une demande de titre de séjour le 13 août 2022 et que cette demande a été rejetée par la préfète des Deux-Sèvres le 18 décembre 2023. La décision ayant été notifiée le 26 décembre 2023, M. E C disposait alors d'un délai de 30 jours pour la contester. M. E C a déposé dans ce délai une demande d'aide juridictionnelle le 24 janvier 2024. L'aide juridictionnelle totale lui a été octroyée par une décision du 30 janvier 2024, notifiée le 6 février 2024. La requête ayant été enregistrée le 5 mars 2024, est donc recevable. La fin de non-recevoir opposée en défense doit donc être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre :
3. En premier lieu, l'arrêté du 18 décembre 2023 a été signé pour la préfète des Deux-Sèvres par M. Patrick Vautier, secrétaire général de la préfecture, qui a reçu délégation de l'autorité préfectorale, par un arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Deux-Sèvres le même jour et librement accessible sur le site internet de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département des Deux-Sèvres. La délégation porte ainsi, notamment, sur les décisions et les actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. "
5. Ainsi qu'il a été rappelé au point 1 ci-dessus, M. E C est père de deux enfants français mineurs. Au moment de la demande de renouvellement de son titre de séjour le 13 août 2022, M. E C a déclaré vivre en concubinage avec Mme B A, ainsi qu'avec leurs deux enfants, à D. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. E C, la préfète des Deux-Sèvres a retenu que le couple était séparé depuis novembre 2022, que les enfants vivaient auprès de leur mère à Alfortville et que le requérant résidant quant à lui toujours à D, à l'association l'Escale ne justifiait pas d'un droit de garde et n'apportait pas la preuve d'une contribution à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants. Pour contester ce refus, M. E C, fait valoir que son éloignement géographique d'avec Mme B A n'est dû qu'à l'emploi occupé par cette dernière et qu'il existe toujours une communauté de vie entre les concubins. Toutefois, par une attestation datée du 14 juillet 2023, Mme B A, a indiqué aux services préfectoraux au cours de l'instruction de la demande de titre de séjour que le couple était séparé depuis novembre 2022, et qu'elle-même résidait désormais seule avec ses enfants en Ile-de-France. Les quelques billets de trains entre D et Paris qui sont produits dont le plus récent date du 1er janvier 2024 ne permettent pas d'établir que le requérant rendait visite régulièrement à ses enfants. Et si une seconde attestation de Mme B A datée du 27 septembre 2023 indique que M. E C contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation des enfants en lui faisant des dons d'argent en espèce, cette seule pièce ne suffit pas à établir la réalité d'une contribution effective de M. E C à l'éducation et l'entretien de ses enfants telle que prévue par les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en l'absence d'éléments démontrant une implication suffisante dans l'éducation de ses enfants, ainsi que la réalité et l'intensité d'une vie privée et familiale sur le territoire français, le moyen tiré de l'inexacte application commise par la préfète des Deux-Sèvres des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code précité : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "
7. Enfin, il ressort des motifs non contestés de l'arrêté litigieux que M. E C a été condamné à deux peines d'amende pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique et conduite d'un véhicule sans permis, commis le 9 novembre 2019 et le 8 octobre 2020 et à une peine de six mois de prison avec sursis pour des faits de violence conjugale commis le 28 août 2022. Compte tenu de ces condamnations et qui étaient encore récentes à la date à laquelle la décision contestée a été prise, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas fait une appréciation inexacte des circonstances de l'espèce en estimant aussi que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et en lui refusant, pour ce motif aussi, la délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ". Dès lors qu'il a été dit au point 6, M. E C n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. E C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète des Deux-Sèvres du 18 décembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G E C et à la préfète des Deux-Sèvres.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P. F
La greffière,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026