LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400567

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400567

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a examiné deux requêtes de M. B, ressortissant tunisien, contestant des refus de titre de séjour. Le tribunal a annulé l'arrêté du 26 janvier 2024 pour incompétence de son signataire et erreur de fait (mariage daté de 2013 et non 2023). Il a également annulé l'arrêté du 9 août 2024 pour méconnaissance de l'autorité de la chose jugée, en raison de la suspension antérieure du premier refus. Les décisions s'appuient sur l'accord franco-tunisien et les articles L. 423-7 et L. 423-23 du CESEDA.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n° 2400567 enregistrée le 8 mars 2024, M. A B, représenté par Me Ago Simmala, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel ou une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence, faute pour son signataire de justifier d'une délégation régulière ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'elle mentionne qu'il est marié depuis le 26 octobre 2023, alors qu'il est marié depuis le 26 octobre 2013 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale, dès lors que l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire national prime sur le risque qu'il représente au regard de l'ordre public ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 10-c) de l'accord franco-tunisien ainsi que les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II - Par une requête n°2402673 enregistrée le 1er octobre 2024, M. A B, représenté par Me Ago Simmala, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel ou une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît l'autorité de la chose jugée s'attachant à l'ordonnance du 3 avril suspendant la décision de refus de titre de séjour du 26 janvier 2024 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale, dès lors que l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire national prime sur le risque qu'il représente pour l'ordre public ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 10-c) de l'accord franco-tunisien et de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- l'ordonnance n° 2400566 du 3 avril 2024, par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté préfectoral du 26 janvier 2024 ;

- l'ordonnance n°2402674 du 18 octobre 2024, par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté préfectoral du 9 août 2024.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Raveneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 23 février 1992, est entré en France le 4 août 2012. Il a épousé le 26 octobre 2013 une ressortissante française avec laquelle il a eu deux filles, nées le 23 mars 2014 et le 2 novembre 2022. Il a bénéficié, à ce titre, de titres de séjour mention " parent d'enfant français " valables du 18 août 2014 au 21 février 2023. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 28 décembre 2022. Par une décision du 26 janvier 2024, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande au motif que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. L'exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Poitiers du 3 avril 2024, qui a enjoint au préfet de la Vienne de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. B dans un délai de deux mois. Par une décision du 9 août 2024, le préfet de la Vienne a, de nouveau, opposé un refus à la demande de M. B, au motif, là encore, que son comportement constituait une menace à l'ordre public. L'exécution de cette décision a, elle aussi, été suspendue par une ordonnance du juge des référés du 18 octobre 2024. Par deux requêtes, enregistrées sous le n° 2400567 et le n° 2402673, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions du 26 janvier et du 9 août 2024.

2. Ces requêtes concernent le même requérant et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Dès lors que M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 26 janvier 2024 :

4. En premier lieu, par un arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, la directrice de cabinet du préfet de la Vienne, a reçu délégation de la part du préfet de ce département à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile ". En ce qui concerne les ressortissants tunisiens, l'article 11 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié stipule : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord./ Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'accord franco-tunisien renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre.

6. L'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 susmentionné stipule : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français () c) au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

7. Pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B portant la mention " parent d'enfant français ", le préfet de la Vienne a retenu, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 412-5 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le comportement de ce dernier constituait une menace réelle actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public.

8. Il est constant que M. B a été condamné le 28 juin 2023 à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement, dont six mois avec sursis probatoire de deux ans, pour des faits de refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir un état alcoolique lors de la constatation d'un crime, d'un délit ou d'un accident de la circulation, conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire et violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours. Il n'est pas non plus contesté que le casier judiciaire de M. B mentionne également une condamnation pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint lié à la victime en date du 9 avril 2021. L'intéressé ne conteste pas la matérialité de ces faits, ni même la menace à l'ordre public qu'il représente, et se borne à soutenir qu'il a tissé des liens familiaux suffisamment intenses et stables en France et qu'il contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants.

9. Compte tenu du caractère récent des faits mentionnés au point précédent, de la circonstance qu'ils révèlent la réitération de gestes et de comportements violents commis par M. B dans son cercle familial, et plus précisément envers son épouse, mais également, sous l'emprise de l'alcool, envers des tiers, et en l'absence de tout élément démontrant l'existence d'une véritable remise en question par l'intéressé de son comportement violent et agressif, le préfet de la Vienne a pu valablement considérer que la présence en France du requérant était constitutive d'une menace pour l'ordre public et faire application des dispositions précitées de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande de titre de séjour. En conséquence, ce dernier ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il remplit les conditions de fond de l'article 10-c précité de l'accord-franco tunisien du 17 mars 1988, ni en tout état de cause de celles de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet n'a pas entendu faire application.

10. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si M. B est marié avec une ressortissante française depuis le 26 octobre 2013, l'arrêté du 26 janvier 2024 étant, sur ce point, entaché d'une simple erreur de plume n'ayant aucune incidence sur sa légalité, il ne produit à l'instance aucune pièce permettant d'apprécier l'intensité de sa vie familiale, notamment l'état de sa relation avec son épouse et ses enfants qui ne lui ont rendu visite qu'une seule fois durant sa période d'emprisonnement. D'ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 9, il a été condamné le 9 avril 2021 pour des faits de violence sans incapacité sur son épouse, à qui il a en outre subtilisé sa carte bancaire pour l'utiliser frauduleusement, ce qui tend à relativiser, en l'absence de tout élément contraire, l'existence d'une vie privée et familiale normale, à tout le moins avec cette dernière. Si le requérant se prévaut également d'une insertion professionnelle stable en produisant des diplômes et des attestations de formation réalisées entre 2020 et 2022 dans le secteur du bâtiment et des travaux publics ainsi qu'une carte d'identification professionnelle " BTP " délivrée en 2022, il ne justifie, d'aucun emploi précis dans ce secteur depuis son arrivée en France. La circonstance qu'il a exercé en détention les fonctions " d'auxiliaire d'étage en bâtiment MAH " à compter de juillet 2023 n'est pas de nature à remettre en cause ce constat dès lors que cette activité était, en tout état de cause, temporaire. En outre, l'intéressé, qui ne se prévaut dans le cadre de la présente instance d'aucun lien familial ou personnel suffisamment intense, ancien et stable sur le territoire national avec d'autres personnes que son épouse et ses deux enfants, n'établit pas qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, M. B ne peut utilement soutenir que les décisions attaquées le placent dans une situation d'extrême précarité dès lors que cette situation est la conséquence de ses seuls agissements et des condamnations pénales mentionnées au point 9 qui en découlent.

12. Dans ces conditions, eu égard notamment à la gravité et à la réitération des faits de violence commis par M. B au cours d'une période récente, et alors même qu'il réside régulièrement en France depuis le 18 août 2014, l'arrêté contesté n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. ".

14. Pour les motifs exposés au point 11, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, qui porte uniquement refus de titre de séjour et n'a donc pas pour effet d'empêcher M. B d'entretenir des relations avec ses filles, portent atteinte à l'intérêt supérieur de ces dernières. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête n° 2400567 de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

En ce qui concerne l'arrêté du 9 août 2024 :

16. Si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires. Il en résulte que lorsque le juge des référés a prononcé la suspension d'une décision administrative et qu'il n'a pas été mis fin à cette suspension l'administration ne saurait légalement reprendre une même décision sans qu'il ait été remédié au vice que le juge des référés avait pris en considération pour prononcer la suspension. Lorsque le juge des référés a suspendu une décision de refus, il incombe à l'administration, sur injonction du juge des référés ou lorsqu'elle est saisie par le demandeur en ce sens, de procéder au réexamen de la demande ayant donné lieu à ce refus. Lorsque le juge des référés a retenu comme propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de ce refus un moyen dirigé contre les motifs de cette décision, l'autorité administrative ne saurait, eu égard à la force obligatoire de l'ordonnance de suspension, et sauf circonstances nouvelles, rejeter de nouveau la demande en se fondant sur les motifs en cause.

17. Par une ordonnance du 3 avril 2024, le juges des référés du tribunal administratif de Poitiers a suspendu l'exécution de l'arrêté du 26 janvier 2024 en retenant que constituaient des moyens sérieux, d'une part, l'erreur d'appréciation qu'aurait commise par le préfet en estimant que la présence en France de M. B constituait une menace pour l'ordre public et, d'autre part, la méconnaissance par cette même autorité des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a, en conséquence, enjoint au préfet de la Vienne de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification de son ordonnance. Le préfet de la Vienne, s'il a bien procédé au réexamen de la demande de M. B, l'a rejetée exactement pour les mêmes motifs que précédemment, sans qu'aucune circonstance nouvelle ne justifie cette méconnaissance de l'autorité de la chose décidée par le juge des référés.

18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés par le requérant, que l'arrêté préfectoral du 9 août 2024 doit être annulé. Compte-tenu du motif d'annulation retenu, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte, ni à celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire de M. B.

Article 2 : La requête n° 2400567 de M. B est rejetée.

Article 3 : L'arrêté du préfet de la Vienne du 9 août 2024 est annulé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2402673 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Bréjeon, conseillère,

M. Raveneau, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. RAVENEAU

Le président,

signé

L. CAMPOY La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

2- 2402673

Décisions similaires

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562

03/08/2026

TA77Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484

03/08/2026

← Retour aux décisions