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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400584

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400584

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, M. B A, représenté

par Me Hay, demande au juge des référés du tribunal administratif de Poitiers :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution

de la décision implicite du 3 septembre 2023 du préfet de la Charente-Maritime rejetant

sa demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans l'attente du jugement au fond, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision préjudicie gravement à sa situation et à celle de son fils, qu'il justifie d'une promesse d'embauche de la société SARL Aktas en qualité de carreleur en contrat à durée indéterminée temps plein pour un revenu mensuel de 1747,24 euros, qu'il s'agit d'un métier en tension, que l'entreprise lui a déjà proposé le même emploi l'année dernière, qu'il a besoin de revenus pour assumer ses charges du quotidien et payer son loyer, ainsi que pour pourvoir aux besoins de son fils âgé de trois ans, que depuis le dépôt de sa demande de titre de séjour le 2 mai 2023 il n'a jamais bénéficié d'un récépissé ni d'une autorisation de travail, qu'au regard des délais actuels de procédure, à savoir 24 à 36 mois, il se retrouvera donc dans l'impossibilité d'accéder à l'emploi qui lui est proposé.

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité

de la décision attaquée :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie malgré sa présence continue en France depuis plus de 10 ans ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Vu :

- la requête présentée par M. A enregistrée le 12 janvier 2024 sous le n° 2400099 tendant à l'annulation de la décision implicite du 3 septembre 2023 du préfet de la Charente-Maritime ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant turc, né le 16 mai 1972, déclare être entré en France en 2011. Après qu'en 2016, le statut de réfugié lui a été refusé, il a été destinataire d'un arrêté en date du 7 avril 2017 du préfet de la Gironde refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. M. A qui se serait maintenu en France a sollicité par un courrier du 2 mai 2023 reçu le 3 suivant, auprès des services du préfet de la Charente-Maritime, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet est née le 3 septembre 2023, en raison du silence gardé pendant 4 mois par le préfet de la Charente-Maritime. M. A qui a demandé sans succès à connaître les motifs de ce refus implicite demande au juge des référés du tribunal administratif de Poitiers d'en suspendre l'exécution.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre d'office M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans la présente instance.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait un ressortissant étranger. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. M. A soutient que la décision en litige préjudicie gravement à sa situation et à celle de son fils né en France en 2021, en ce qu'il dispose d'une promesse d'embauche de la société SARL Aktas, datée du 25 janvier 2024, pour un emploi de carreleur en contrat à durée indéterminée à temps plein, prévoyant un revenu mensuel de 1 747,24 euros, qu'il s'agit d'un métier dans un secteur en tension, que l'entreprise lui a déjà proposé le même emploi l'an passé et ne pourra laisser vacant cet emploi de manière indéfinie, et qu'il a besoin de revenus pour assumer les charges de son foyer notamment celles de son fils de trois ans. Il soutient également que depuis le dépôt de sa demande de titre de séjour en mai 2023 il n'a jamais bénéficié d'un récépissé ni d'une autorisation de travail, et qu'au regard des délais actuels de procédure, à savoir 24 à 36 mois, il se retrouvera donc dans l'impossibilité d'accéder à l'emploi qui lui est proposé.

6. Toutefois, il résulte de l'instruction que le requérant n'a sollicité la régularisation de sa situation que le 2 mai 2023 et que depuis le rejet de sa demande d'asile en 2016, il séjourne de manière irrégulière sur le territoire français. Ainsi, la décision de refus implicite en litige n'a pas eu pour effet de modifier sa situation juridique et administrative. Cette même décision ne le contraint pas non plus à cesser une activité professionnelle en cours. Il en résulte que la situation de précarité financière dont se prévaut M. A, à la supposer établie, ne résulte pas de la décision litigieuse. Le requérant n'invoque par ailleurs aucune circonstance particulière de nature à caractériser, du fait de la décision contestée, un préjudice suffisamment grave et immédiat à sa situation. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse est remplie, il y a lieu de rejeter la requête de M. A y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Hay.

Fait à Poitiers le 19 mars 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. C

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

G. FAVARD

5

N°2400584

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