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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400664

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400664

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOUZID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 mars et 13 août 2024, M. B A, représenté par Me Bouzid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi sur l'aide juridictionnelle, qui sera recouvrée par Me Bouzid après renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 24 janvier 2025, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 14991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Jarrige a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 27 décembre 1999, est entré sur le territoire français le 2 septembre 2017 muni d'un visa long séjour. Il s'est vu délivrer des titres de séjour " étudiant " valable du 21 décembre 2018 au 20 septembre 2023. Le 28 septembre 2023, il a sollicité auprès de la préfecture de la Vienne le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Par un arrêté du 21 février 2024, le préfet de la Vienne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un délai d'un an. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le même jour, M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

Sur le refus de renouvellement du titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes sur lesquels s'est fondé le préfet de la Vienne et, notamment, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment l'article L. 422-1. Il mentionne l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A en rappelant les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français, ainsi que les raisons de fait pour lesquelles sa demande de titre de séjour doit être rejetée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.

Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est inscrit pour l'année universitaire 2017/2018 en première année de diplôme universitaire technologique (DUT) mention " génie mécanique " qu'il a obtenue. Il s'est ensuite inscrit en deuxième année de DUT mention " génie mécanique " pour l'année 2018/2019 qu'il n'a pas obtenue. Pour l'année universitaire 2019/2020, il s'est inscrit en première année de licence mention " sciences pour l'ingénieur " qu'il a obtenue. Pour les années universitaires 2020/2021 et 2021/2022, il s'est inscrit en deuxième année de licence mention " sciences pour l'ingénieur " et a été ajourné à deux reprises, tandis que pour l'année suivante, il s'est inscrit en deuxième et troisième année de licence mention " sciences pour l'ingénieur " avant d'être ajourné à nouveau. A l'appui de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, il a présenté une nouvelle inscription en deuxième année de licence mention " sciences pour l'ingénieur " qu'il a fini par obtenir en juin 2024. Si, pour justifier de son absence de diplôme à la date de l'arrêté attaqué et de ses trois ajournements dans le même cursus pour les années 2020/2021, 2021/2022 et 2022/2023, M. A fait état de difficultés d'ordre psychologique affectant sa réussite scolaire, il n'a produit à l'appui de ses dires qu'une attestation d'une infirmère établie le 28 août 2023 faisant état d'un suivi par une psychologue en 2023 et des ordonnances médicales établies au Maroc. Par ailleurs, ni les deux attestations de son responsable de licence de deuxième année ni l'obtention, au demeurant postérieure à l'arrêté attaqué, de sa deuxième année de licence ne sont suffisantes à établir le sérieux de ses études à la date de la décision litigieuse au regard de son absence de diplôme après plus de six années d'étude. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que M. A ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études et en refusant par voie de conséquence de lui délivrer un nouveau titre de séjour portant la mention " étudiant ".

6. En troisième lieu, le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a été admis à séjourner en France que pour y poursuivre ses études. Il ne conteste pas être célibataire et sans enfant et ne se prévaut d'aucune attache familiale en France. Dans ces conditions et eu égard aux considérations qui précèdent sur les conditions de déroulement de ses études, le préfet de la Vienne n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes sur lesquels s'est fondé le préfet de la Vienne et, notamment, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment l'article L. 611-1 3°. Il mentionne l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de M. A, et en conclut que rien ne s'oppose à ce qu'il continue une vie familiale normale dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. A ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste dans l'apprécation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (). ". Selon l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Enfin, l'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France en 2017 et qu'il y a suivi des études en situation régulière jusqu'au 20 septembre 2023. Par ailleurs, il n'est ni établi ni même allégué que la présence de M. A sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public ou qu'il a déjà fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement non exécutées. Dans ces conditions, la décision contestée portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 21 février 2024 du préfet de la Vienne doit être annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ".

14. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an prise à l'encontre de M. A, implique que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet à ce titre dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Vienne ou au préfet territorialement compétent de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bouzid, avocat de M. A, d'une somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 février 2024 du préfet de la Vienne est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne ou au préfet territorialement compétent de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour sur le territoire français annulée par le présent jugement dans un délai de deux mois suivant sa notification.

Article 3 : L'État versera la somme de 900 euros à Me Bouzid, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au préfet de la Vienne et à Me Bouzid.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Campoy, vice-président,

M. Cristille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

N. COLLET

N°2400664

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