mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400694 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2024, M. B A, représenté par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet acte ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil qui s'engage à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle s'il parvient dans les six mois de la délivrance de l'attestation de fin de mission à recouvrer auprès de l'Etat la somme ainsi allouée ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.
M. A soutient que :
Sur l'urgence :
- en exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n°23BX01117 prononçant l'annulation de la décision préfectorale du 8 novembre 2022, il a bénéficié d'une autorisation de séjour ;
- le refus de lui accorder un titre de séjour le place dans une situation précaire en ce qu'il n'est plus en mesure de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa demande au regard de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit, en ce qu'il ne pouvait pas légalement refuser la délivrance du titre de séjour demandé en retenant les motifs de l'absence d'un logement personnel ou d'un projet professionnel qui ne constituent pas des critères prévus par l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024 à 17h31, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et qu'il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu :
- l'arrêt n°23BX01117 en date du 24 octobre 2023 de la cour administrative d'appel de Bordeaux ;
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 22 mars 2024 sous le n°2400693 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après lecture du rapport de M. C ont été entendues au cours de l'audience du 10 avril 2024 les observations de Me Masson, représentant M. A présent à l'audience qui reprend ses écritures en précisant :
- au titre de l'urgence que la situation de M. A est spécifique en ce qu'il a bénéficié d'un autorisation provisoire de séjour à la suite de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux et du fait d'une décision juridictionnelle, que l'arrêté en litige a modifié ses conditions d'existence et l'expose au risque d'une interpellation, que la décision contestée équivaut à un retrait de titre de séjour, que l'urgence est réunie au regard du délai de jugement de l'affaire et au regard de la date à laquelle il a déposé sa demande qui remonte à deux ans ;
- au titre du doute sérieux sur la légalité, que la motivation du refus traduit une méconnaissance par les services préfectoraux du fonctionnement d'un organisme d'accueil communautaire et d'activités solidaires en ce que la règle de base y est d'être hébergé et qu'il ne peut dès lors lui être reprochée l'absence de logement propre ; il exerce une activité professionnelle ininterrompue depuis 5 ans et travaille 5 jours sur 7 ; le caractère sérieux de son activité est attesté par les autres membres de la communauté ; le préfet s'est basé pour refuser de lui délivrer le titre demandé sur d'autres critères que ceux prévus par l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se référant à l'absence de logement propre ou l'absence de projet professionnel ; le texte de cet article ne parle que de perspectives d'intégration ; il a des perspectives d'intégration en ce qu'il sait tout de l'activité et des prochaines campagnes organisées par Emmaüs ; il bénéficiera sans doute d'un contrat de travail avec Emmaüs même si cela n'est pas une exigence posée par l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le projet professionnel n'a pas à se réaliser nécessairement à l'extérieur de la communauté d'Emmaüs ; il ne représente pas un trouble à l'ordre public.
Le préfet de la Vienne n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A de nationalité guinéenne né en 1986 est entré en France selon ses déclarations le 25 juillet 2016. Après avoir demandé vainement à bénéficier du statut de réfugié, et avoir été destinataire, à la suite, d'une première mesure d'éloignement le 27 juillet 2018 à laquelle il s'est soustrait, M. A a sollicité une admission exceptionnelle au séjour par lettre du 3 janvier 2022, reçue le 11 janvier 2022. Par un arrêté du 8 novembre 2022, le préfet de la Vienne a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. Par un arrêt n°23BX01117 du 24 octobre 2023, la cour administrative de Bordeaux a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de réexaminer les droits au séjour de M. A dans un délai de deux mois. A l'issue de ce réexamen, par un arrêté du 26 février 2024, le préfet de la Vienne a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 26 février 2024 par laquelle le préfet de la Vienne lui a refusé un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date d'audience et de l'audience publique () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Pour démontrer l'urgence à suspendre la décision de refus de titre séjour contesté, M. A fait valoir que cette décision a abrogé l'autorisation de séjour qui lui avait été délivrée par le préfet après l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2022 aux termes de l'arrêt n°23BX01117 de la cour administrative d'appel, afin qu'il puisse justifier de la régularité de sa situation administrative pendant le temps nécessaire au réexamen de sa demande et qu'il n'est plus désormais en séjour régulier ce qui le place dans l'impossibilité d'acquérir une situation stable sur le territoire français alors que l'intervention du juge au principal nécessitera plusieurs mois d'attente. Il résulte de l'instruction que M. A a sollicité un titre de séjour le 11 janvier 2022. L'examen initial de sa demande puis l'exécution de l'injonction décidée par la cour ont nécessité au total une instruction de plus de deux ans avant qu'il ne soit statué sur sa situation par la décision contestée. Ainsi alors même que l'administration a délivré une autorisation provisoire de séjour, ce délai d'instruction a placé le requérant dans l'impossibilité d'acquérir dans l'intervalle une situation stable sur le territoire français, d'exercer une activité professionnelle et de bénéficier d'une couverture sociale. Dans ce contexte, l'intervention d'un nouveau refus constitue une circonstance particulière propre à caractériser la nécessité pour le requérant de bénéficier dans des délais brefs d'une mesure de suspension dans l'attente du jugement au fond du litige. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions susmentionnées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
6. Il résulte de l'instruction que M. A travaille comme bénévole de manière ininterrompue depuis cinq ans auprès des communauté Emmaüs d'Angoulême et de Poitiers et que de nombreux témoignages notamment de responsables de cette communauté et de clients établissent le caractère réel et sérieux de son activité. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de refus en litige jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de la Vienne réexamine la situation de M. A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Vienne de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en tenant compte des motifs de celle-ci, et, dans l'attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance, valable jusqu'à ce que le réexamen ait été effectué. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Masson, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce conseil d'une somme de 900 euros.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 26 février 2024 du préfet de la Vienne portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Sous réserve que Me Masson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Masson une somme de 900 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet de la Vienne et à la SCP Breillat-Dieumegard-Masson.
Fait à Poitiers, le 17 avril 2024
Le juge des référés,
Signé
P. C
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026