mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2024, et de nouvelles pièces déposées le 9 avril 2024 qui ont été communiquées, M. B A, représenté par Me Tanoh, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions du 26 février 2024 par lesquelles le préfet de la Charente a refusé le renouvellement de son titre de séjour, et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente de lui délivrer un titre provisoire de séjour dans l'attente de la décision au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le préfet de la Vienne a refusé le renouvellement de son titre de séjour et que cette décision le place dans une situation personnelle et familiale extrêmement précaire ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- l'acte attaqué méconnaît l'article L. 423-232 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il est contraire à l'article 2 du protocole n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui garantit la liberté d'aller et de venir de toute personne vivant régulièrement sur le territoire d'un Etat.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 22 mars 2024 sous le n° 2400703 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté du 26 février 2024.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Cristille pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cristille, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue en présence de Me Berland, greffière d'audience.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité marocaine né en 1986, serait entré en France en 2015 d'après ce qu'il déclare. Le 30 janvier 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour à la suite de son mariage avec une ressortissante française le 14 septembre 2019. Il s'est vu délivrer un titre de séjour " conjoint de français ", valable du 7 juillet 2020 au 6 juillet 2021. M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision du 26 février 2024, le préfet de la Charente a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. A demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces décisions.
Sur l'étendue du litige :
2. L'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des possibilités d'assignation à résidence et de placement en rétention prévues au présent livre ".
3. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit. Il en va de même s'agissant de l'enregistrement d'une requête en annulation contre un arrêté portant assignation à résidence.
4. Le dépôt de la requête de M. A enregistrée sous le n° 2400703, le 22 mars 2024, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Charente du 26 février 2024, a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celles de la décision fixant le pays de destination mais également l'exécution de l'assignation à résidence. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de ces décisions ne sont pas recevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative concernant le refus de titre de séjour :
5. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
6. En l'état de l'instruction, les moyens visés ci-dessus n'apparaissent pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de tout ce qui précède que sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence est remplie, les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Charente a refusé le renouvellement de son titre de séjour, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais du litige.
ORDONNE :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Charente.
Fait à Poitiers, le 16 avril 2024.
Le juge des référés,
Signé
P. CRISTILLE
La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
G. FAVARD
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