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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400742

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400742

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, Mme G J B C, représentée par la SCPA Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet de la Charente-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où il n'obtiendrait pas le bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'acte a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire et doit être annulée ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B C ne sont pas fondés.

Par une décision du 9 avril 2024, Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. E pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 avril 2024 en présence de Mme Berland, greffière d'audience le rapport de M. E et les observations de Me Robiliard, représentant Mme B C qui reprend ses écritures en les développant.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G J B C, ressortissante congolaise née le 8 décembre 1985 à Kinshasa (République démocratique du Congo), déclare être entrée en France le 20 janvier 2023, accompagné de son fils, M. H A. Sa demande d'asile, enregistrée le 24 février 2023 auprès des services du guichet unique des demandeurs d'asile (GUDA), a été rejetée par une décision du 24 août 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 4 janvier 2024 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 28 février 2024, le préfet de la Charente-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 9 avril 2024, Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. Par un arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. Emmanuel Cayron, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime, a reçu délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales notamment ses articles 3 et 8. Elle mentionne, outre la date d'arrivée en France de Mme B C, le rejet de sa demande d'asile par une décision de l'OFPRA du 24 août 2023 et de la CNDA du 4 janvier 2024, analyse sa situation privée et familiale et indique qu'elle déclare être en concubinage avec M. I A arrivé en France le 7 novembre 2021, accompagné de ses deux enfants mineurs, F et D, alors que leur mère, était encore en Grèce. Elle précise également que son concubin fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise par la préfète des Deux-Sèvres le 3 novembre 2023 et qu'elle n'est pas dépourvue d'attache dans son pays d'origine. Ainsi, la décision en litige est suffisamment motivée par l'autorité préfectorale.

5. En deuxième lieu, et comme il vient d'être dit au point 4, le préfet de la Charente-Maritime a procédé à l'examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressée en motivant sa décision. Si la requérante soutient qu'il n'a pas tenu compte des risques encourus dans son pays d'origine si elle devait y retourner avec sa famille, elle n'établit pas davantage ces risques qu'elle ne l'a fait devant l'OFPRA et la CNDA, comme le précise le préfet de la Charente-Maritime et contrairement à ce qu'elle soutient, ne produisant à l'appui de ses allégations strictement aucune information circonstanciée. Enfin, si la décision fait mention de la présence avec leur mère des deux enfants de Mme B C sans préciser qu'ils sont scolarisés depuis leur arrivée en France, cette seule circonstance n'est pas de nature à entacher cette décision d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressée, la scolarisation récente des enfants, en cours moyen et en sixième n'empêchant nullement un retour dans leur pays d'origine où les enfants pourront être scolarisés. Par suite le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de l'intéressée devra être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. La requérante fait valoir que sa famille était victime de violences, en raison de l'implication politique de son concubin, que ses fils ont été victimes de violences de la part de leur père. Elle se prévaut également de son intégration sur le territoire, notamment car elle suit des cours de français, et qu'elle est bénévole auprès du secours catholique, et de la scolarisation de deux de ses fils et produit à cet égard des certificats de scolarité pour l'année 2021/2022, pour l'année 2022/2023 et pour l'année 2023/2024. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir que l'intéressée dont le séjour en France est récent y aurait tissé des liens stables. Son concubin est également en situation irrégulière sur le territoire français et rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstruise au Congo et à ce que leurs enfants, comme il a déjà été dit au point 5, y poursuivent leur scolarité. Si la requérante invoque son état de santé et indique être atteinte d'anémie, qui a nécessité deux hospitalisations, elle ne produit aucun justificatif de prise en charge médicale, n'a demandé, à cet effet, aucun titre de séjour, et n'établit pas ne pouvoir bénéficier d'un traitement médical dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant cette décision.

8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. La requérante fait valoir que ses enfants mineurs sont avec elle sur le territoire, qu'ils sont scolarisés, en classe de sixième en unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS) pour F qui bénéficie d'une reconnaissance de son handicap, en classe de CM1 pour D, et que la décision a pour conséquence d'entraîner un nouveau bouleversement dans la vie des enfants, alors qu'ils ont trouvé une sérénité sur le territoire. Toutefois, et comme le reconnait la requérante elle-même, la scolarité des enfants n'est pas très ancienne, elle se déroule respectivement pour les deux enfants, en cours moyen et en sixième et il n'existe pas d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Congo, où les enfants du couple, dont l'intérêt est en raison de leurs jeunes âges de suivre leurs parents, pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination est en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 28 février 2024 que le préfet de la Charente-Maritime a visé les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il a indiqué, après avoir rappelé la nationalité de la requérante, qu'elle n'établissait pas, en dépit de ses allégations, et alors que ni l'OFPRA, ni la CNDA ne lui ont accordé la protection internationale, être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Le préfet de la Charente-Maritime a par ailleurs indiqué que Mme B C n'était pas dépourvue d'attaches familiales en République Démocratique du Congo où elle a vécu la majeure partie de sa vie, puisque deux de ses enfants y résident, et que la cellule familiale peut s'y reconstituer. Le préfet a ainsi énoncé de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour fixer le pays à destination duquel Mme B C doit être éloignée. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

12. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point précédent relatif à la motivation de la décision fixant le pays de renvoi, la situation personnelle de la requérante a été suffisamment caractérisée et le moyen tiré du défaut de son examen particulier doit être rejeté

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si la requérante soutient qu'un retour au Congo l'exposerait à des risques de persécutions notamment en raison de l'implication politique de son concubin qui aurait été poignardé suite aux élections présidentielles, elle n'apporte pas d'élément de nature à établir la réalité des risques allégués. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA et il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que, comme il a été dit au point 11 le préfet de la Charente-Maritime a procédé à un examen attentif de la situation personnelle de l'intéressée, qu'il se soit senti lié par les décisions de ces deux organismes. Enfin, au soutien de son raisonnement relatif à la méconnaissance de l'article 3 de la CESDH, la requérante ne peut arguer de sa vie privée et familiale désormais en France alors que, comme il a déjà été dit au point 7 relatif à la décision l'obligeant à quitter le territoire national, il n'est pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dans ces conditions, le préfet de la Charente-Maritime n'a pas méconnu les stipulations précitées en fixant comme pays de renvoi celui dont la requérante possède la nationalité.

15. Il résulte de ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B C ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G J B C et au préfet de la Charente-Maritime.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 24 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. ELa greffière d'audience,

Signé

C. BERLAND

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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