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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400775

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400775

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, M. A B, représenté par Me Bonnet, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour étudiant sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ; en outre l'acte attaqué le place dans une situation extrêmement délicate, en l'empêchant notamment de circuler librement, alors qu'il a disposé pendant plus de quatre ans d'un titre de séjour en qualité d'étudiant ; la décision contestée lui fait perdre ses droits à l'assurance maladie alors qu'il est suivi médicalement par un psychiatre et qu'il a besoin d'un traitement médicamenteux lourd pour traiter la schizophrénie dont il souffre et que la régularité dans sa prise de traitement est indispensable à son équilibre mentale et à la préservation de sa santé.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;

- la condition tenant au moyen de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision n'est pas satisfaite.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le requête enregistrée le 29 mars 2024 sous le numéro 2400776 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après lecture du rapport de M. C, ont été entendues au cours de l'audience publique qui s'est déroulée en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, les observations de Me Bonnet, représentant M. B, présent à l'audience qui reprend ses conclusions et moyens en insistant sur les bons résultats universitaires de M. B qui en 2022 au terme de ses trois premières années d'études a validé son diplôme et qui n'a pas complètement échoué dans la poursuite de sa scolarité à l'issue de l'année 2022/2023 et sur le caractère réel et sérieux de ses études ; elle ajoute que son client a été diagnostiqué schizophrène en 2022 et doit impérativement suivre un traitement médical lourd avec parfois des hospitalisations qui l'affecte dans ses études et l'empêche de s'y consacrer entièrement ; que M. B justifie de sa maladie et de ses hospitalisations par plusieurs pièces médicales ; que le refus de titre de séjour va lui faire perdre le bénéfice de sa prise en charge en qualité d'étudiant et qu'il va devoir demander l'aide médicale d'Etat.

Le préfet de la Vienne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant marocain, M. A B, né le 20 avril 1999 est entré en France le 14 août 2019 muni d'un visa long séjour mention étudiant, valable jusqu'au 1er août 2020. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiant, valable du 10 février 2021 jusqu'au 9 octobre 2023. Il a sollicité le renouvellement de son titre le 18 septembre 2023. Il a bénéficié d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement valable du 26 octobre 2023 au 25 janvier 2024. Par un arrêté du 27 janvier 2024, le préfet de la Vienne a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. M. B demande la suspension de l'exécution de cet arrêté en tant qu'il refuse de renouveler son titre de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder provisoirement l'aide juridictionnelle à M. B.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. En l'état de l'instruction, les moyens visés ci-dessus n'apparaissent pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'urgence, que les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet de la Vienne a refusé le renouvellement de son titre de séjour, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais du litige.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de la Vienne.

Fait à Poitiers, le 6 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. CLa greffière,

Signé

T.H.L. GILBERT

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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