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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400784

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400784

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400784
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers 96/144 heures
Avocat requérantEKOUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2024, M. B A, représenté par Me Ekoue, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant deux ans, ensemble l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui restituer son passeport ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les arrêtés pris dans leur ensemble :

- ils sont entachés d'incompétence.

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors, d'une part, que le préfet de la Vienne ne pouvait fonder sa décision sur une menace à l'ordre public qui n'est pas établie, d'autre part, que M. A a indiqué vouloir solliciter l'asile en France.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale à raison de l'illégalité entachant la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale à raison de l'illégalité entachant la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée dès lors, d'une part, qu'elle l'empêche de solliciter l'asile en France, d'autre part, qu'il n'est pas établi qu'il constitue une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité entachant la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- les modalités de cette assignation sont disproportionnées dès lors qu'il ne dispose pas d'un domicile fixe à Poitiers, ni d'un moyen de locomotion lui permettant de se rendre 3 jours par semaine à 8 heures au commissariat de police.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme Dumont, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les observations de Me Ekoue, représentant M. A, qui maintient ses conclusions et moyens,

- le préfet de la Vienne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant gambien né le 1er janvier 1998, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 24 mars 2024 selon ses déclarations. Le 27 mars 2024, il a été interpellé à Poitiers et placé en garde à vue pour des faits de détention de produits stupéfiants. Par un arrêté du 29 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à défaut de départ volontaire et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans. Par un second arrêté du même jour, dont il demande également l'annulation, le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés pris dans leur ensemble :

3. Par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, le préfet de la Vienne a donné délégation à M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché les arrêtés contestés manquent en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. D'une part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que le préfet de la Vienne s'est fondé, pour édicter l'obligation de quitter le territoire français, sur la double circonstance que M. A ne peut justifier être entré en France de manière régulière et s'y est maintenu en situation irrégulière. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que son comportement est susceptible de représenter une menace pour l'ordre public ne constitue donc pas le fondement de cette décision. En outre, la circonstance que le requérant soit convoqué devant le juge pénal n'est, en tout état de cause, pas de nature à entacher la décision d'éloignement d'illégalité, une telle circonstance étant seulement susceptible, le cas échéant, dans l'hypothèse où l'autorité judiciaire prononcerait pour les nécessités de l'enquête judiciaire une mesure en ce sens, d'empêcher la mise à exécution immédiate de cette décision.

5. D'autre part, il ressort de l'audition administrative de M. A le 28 mars 2024 qu'il a déclaré avoir quitté la Gambie en 2015 et être arrivé en 2016 en Italie, pays dans lequel il a séjourné et travaillé jusqu'en 2019, puis avoir séjourné et travaillé en Espagne jusqu'à son arrivée en France le 24 mars 2024. Il ressort également de ses déclarations qu'il est venu en France pour trouver du travail. Enfin, M. A a indiqué ne pas avoir sollicité l'asile en Italie ni en Espagne. Il en résulte que le requérant ne peut être regardé comme ayant exprimé son intention de solliciter l'asile en France.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Vienne n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit. Ce moyen sera, en conséquence, écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. M. A n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination n'est pas fondée en droit et doit, en conséquence, être écartée.

En ce qui concerne la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, M. A n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire français n'est pas fondée en droit et doit, en conséquence, être écartée.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4 et 5 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est disproportionnée aux motifs, d'une part, qu'elle l'empêche de solliciter l'asile en France, d'autre part, qu'il n'est pas établi qu'il constitue une menace pour l'ordre public.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

10. En premier lieu, M. A n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence n'est pas fondée en droit et doit, en conséquence, être écartée.

11. En deuxième lieu, la décision assignant M. A à résidence a été prise au visa des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A ainsi que des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle décrit sa situation administrative, personnelle et familiale ainsi que les éléments qui ont conduit le préfet de la Vienne à édicter cette décision. Elle comporte ainsi les considérations de droit et fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, dès lors, d'une part, que le préfet de la Vienne a tenu compte de l'absence de domicile fixe de M. A et l'a astreint à résider dans le département de la Vienne, à l'intérieur duquel il peut circuler librement, d'autre part, que M. A est célibataire, que ses enfants résident en Gambie et qu'il n'exerce pas d'activité en France et, enfin, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il présenterait un état de santé incompatible avec les modalités de présentation aux services de police retenues par le préfet de la Vienne, il n'est pas fondé à soutenir que les modalités dont est assortie la mesure d'assignation à résidence présentent un caractère disproportionné.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1 : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Vienne et à Me Ekoue.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La magistrate désignée,La greffière d'audience,

Signé Signé

G. DUMONT C. BERLAND

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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