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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400811

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400811

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers 96/144 heures
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 avril 2024, M. C D, représenté par la SCP Breillat, Dieumegard et Masson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif et, à défaut, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les arrêtés pris dans leur ensemble :

- ils sont entachés d'incompétence.

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ :

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale à raison de l'illégalité entachant la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme des libertés fondamentales dès lors qu'il serait isolé dans son pays d'origine.

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- elle est illégale à raison de l'illégalité entachant la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme Dumont, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les observations de Me Masson, représentant M. D, qui maintient ses conclusions et moyens,

- le préfet de la Vienne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien né le 25 mai 1985, après un premier séjour en France à l'occasion duquel il a été définitivement débouté de sa demande d'asile par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 16 décembre 2011 et a fait l'objet de plusieurs décisions d'éloignement en 2012, 2013 et 2016, a quitté le territoire français en 2018. Il est, de nouveau, entré en France fin 2019 ou début 2020 selon ses déclarations. Par deux arrêtés du 25 décembre 2020, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 1er février 2022, le préfet de la Vienne l'a, de nouveau, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement du 14 juin 2022, confirmé par une décision de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 2 février 2023, le recours de M. D contre cette décision a été rejeté. A la suite de son interpellation et de son placement en garde à vue pour des faits de conduite sans permis et de défaut d'assurance, le préfet de la Vienne a édicté, le 1er avril 2024, un nouvel arrêté, dont le requérant demande l'annulation, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à défaut de départ volontaire et l'interdisant de retour sur le territoire français pendant deux ans. Par un second arrêté du même jour, dont il demande également l'annulation, le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés pris dans leur ensemble :

4. Par un arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, le préfet de la Vienne a donné délégation à M. E B, sous-préfet de Châtellerault, à l'effet de signer, lorsqu'il est désigné titulaire de la permanence instituée la semaine en dehors des heures d'ouverture des services, les week-ends et jours fériés, les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée les arrêtés contestés manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris au visa notamment des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. D et des stipulations de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique que l'intéressé est entré irrégulièrement sur le territoire français fin 2019 ou début 2020, s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement édictées le 25 décembre 2020 et le 1er février 2022. L'arrêté, qui précise également les éléments relatifs à sa vie privée et familiale en France, comporte ainsi les motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. Il ne ressort par ailleurs ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Vienne n'aurait pas procédé à un examen réel et approfondi de sa situation personnelle.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. D'une part, si le requérant se prévaut d'un premier séjour de neuf ans en France entre 2009 et 2018, il ressort des pièces du dossier que pendant ce premier séjour en France, il a été définitivement débouté de sa demande d'asile par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 16 décembre 2011, a fait l'objet de plusieurs décisions d'éloignement en 2012, 2013 et 2016 auxquelles il s'est soustraites et a été condamné à plusieurs reprises à des peines d'emprisonnement entre 2010 et 2016 pour des faits de vol mais également de conduite sans permis et sans assurance ayant entraîné des blessures volontaires et a été placé en détention le 12 juin 2014. Par ailleurs, s'il soutient séjourner de nouveau en France depuis fin 2019 ou début 2020, il n'établit pas la date de son retour sur le territoire français et il ressort des pièces du dossier que cette entrée est irrégulière et que M. D se maintient depuis en situation irrégulière sur le territoire français et a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement le 25 décembre 2020 et le 1er février 2022.

8. D'autre part, M. D invoque la présence en France de ses deux filles, A, née le 15 juillet 2012 à Tours, qu'il a reconnue le 19 juin 2019, et Julietta, née le 17 juin 2010 en Russie, avec laquelle le lien de filiation n'est pas établi et sur laquelle il n'exerce pas l'autorité parentale. En tout état de cause, les liens dont M. D se prévaut avec ses deux filles ne sont pas établis par les pièces du dossier. En effet, M. D produit une attestation de la mère de ses filles établie le 8 mai 2022 qui, si elle indique que ce dernier vient leur rendre visite lorsqu'il peut se libérer, n'est pas, à elle seule, de nature à attester de la réalité et de l'intensité des liens entretenus avec Julietta et A pendant son premier séjour en France ou depuis son retour, ni sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de celles-ci, le requérant ne produisant aucun élément en ce sens. De même, le jugement rendu le 1er mars 2024 par le juge aux affaires familiales de Poitiers, qui fixe la résidence habituelle de l'enfant A au domicile de sa mère à Châtellerault et accorde à M. D un droit de visite et d'hébergement une fin de semaine deux ainsi que la moitié des vacances scolaires, outre son caractère particulièrement récent à la date de la décision contestée, a pour seul objet de fixer les droits et devoirs du requérant à l'égard de sa fille A et n'a ni pour objet ni pour effet d'attester la réalité et l'intensité des liens entretenus par M. D avec sa fille. Enfin, il n'est pas allégué par le requérant, qui se prévaut au contraire d'une bonne entente avec la mère de ses filles, qu'il n'était pas en mesure d'entretenir de tels liens avant l'intervention de la décision judiciaire précitée. Dans ces conditions, faute pour le requérant de produire des éléments personnels et circonstanciés en ce sens, il n'est pas établi qu'il entretient des liens effectifs et intenses avec ses filles et qu'il contribue à leur éducation, à défaut de pouvoir contribuer à leur entretien

9. S'agissant de ses autres liens familiaux en France, il ressort des pièces du dossier que la mère de M. D, avec laquelle il vit à Châtellerault et dont il s'occupe, se trouve également en situation irrégulière après le rejet de sa demande d'asile ainsi que des demandes de titres qu'elle a sollicités sur le fondement de son état de santé ainsi que de ses liens privés et familiaux et que l'impossibilité d'un retour de cette dernière en Russie pour des motifs de santé n'est pas établie. En tout état de cause, à supposer que sa mère continue à séjourner en France, l'éloignement de M. D n'est pas de nature à la placer dans une situation d'isolement dès lors que son autre fils, de nationalité arménienne et qui a obtenu le statut de réfugié, réside en France. Il n'est dès lors pas établi que la présence du requérant en France auprès de sa mère constitue une nécessité et s'opposerait à son éloignement. Par ailleurs, M. D n'établit pas davantage l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec son demi-frère.

10. Enfin, le requérant qui est sans ressources et hébergé par une association caritative, ne justifie d'aucune insertion dans la société française, alors qu'il n'est pas contesté qu'il n'a pas exécuté les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre. Et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait isolé dans son pays d'origine dans lequel il a vécu pendant 25 ans et est retourné vivre entre 2018 et 2019, ni que ses filles ne pourraient pas lui rendre visite.

11. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision contestée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, les pièces produites par M. D ne permettent pas d'établir la réalité et l'intensité des liens qu'il entretient avec ses filles qui vivent séparées de lui, ni qu'il contribue à l'éducation de l'enfant A, à défaut de pouvoir contribuer à son entretien. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. D s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, s'est soustrait à deux précédentes mesure d'éloignement, a déclaré lors de son audition par les forces de l'ordre le 1er avril 2024 qu'il n'avait pas l'intention de se conformer à la présente mesure d'éloignement et ne peut présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, la décision portant refus de délai de départ est suffisamment motivée.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

16. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui est entré irrégulièrement en France en 2019 ou 2020, s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement. Cette circonstance suffit à elle seule à justifier la décision litigieuse. Il ressort de ce qui a été dit aux points 7 à 9 que les liens personnels et familiaux dont il se prévaut en France ne peuvent être regardés comme constituant des circonstances exceptionnelles de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en lui refusant l'octroi d'un délai de départ de trente jours. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, M. D n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination n'est pas fondée en droit et doit, en conséquence, être écartée.

18. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet de la Vienne y indique la nationalité de M. D et indique qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse ne peut être accueilli.

19. En troisième lieu, la seule circonstance, à la supposer établie, que l'intéressé serait isolé en Géorgie, ne caractérise pas un traitement inhumain au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Vienne aurait méconnu les stipulations de cet article. Ce moyen doit, en conséquence, être écarté.

En ce qui concerne la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

20. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit

d'asile prévoit que " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger,

l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français

d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent

toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

21. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français une interdiction de retour et fixer sa durée, de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie. Il résulte en outre des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité administrative prend en compte les circonstances humanitaires qu'un étranger peut faire valoir et qui peuvent justifier qu'elle ne prononce pas d'interdiction de retour à son encontre.

22. En premier lieu, la décision contestée rappelle les éléments propres à la situation de M. D, vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne notamment qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière pour se maintenir de manière irrégulière en France, qu'il s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement, qu'il ne démontre pas avoir noué de liens personnels et familiaux en France autre que ceux entretenus avec sa mère, laquelle fait l'objet d'une mesure d'éloignement concomitante, qu'il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Ainsi, elle comporte les considérations de droit et de fait qui fondent l'interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

23. En second lieu, il ressort de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige que le préfet de la Vienne a examiné préalablement l'ensemble de la situation de M. D notamment au regard de la durée de sa présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Il ressort de ce qui a été dit aux points 7 à 9 qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour. Dès lors, le préfet de la Vienne a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

24. En premier lieu, M. D n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence n'est pas fondée en droit et doit, en conséquence, être écartée.

25. En second, selon l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

26. La décision attaquée vise l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. D n'est en possession d'aucun document d'identité ou de voyage, ce qui ne permet pas l'exécution d'office immédiate de son obligation de quitter le territoire français et rend nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son départ. La décision attaquée, qui comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, est, par suite, suffisamment motivée et n'est pas entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. D.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1 : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de la Vienne et à la SCP Breillat, Dieumegard et Masson.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La magistrate désignée,La greffière d'audience,

Signé Signé

G. DUMONT C. BERLAND

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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