jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400843 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 avril 2024 et le 8 avril 2024 sous le n° 2400851, M. A C, représenté par Me Sanchez-Rodriguez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 avril 2024 par laquelle le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat ou du préfet de la vienne une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît le 3e de l'article 28 de la Directive n° 2004/38/CE du parlement européen et du conseil du 29 avril 2004 ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son comportement n'est pas constitutif d'un trouble à l'ordre public et qu'il réside en France depuis 20 ans ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de circulation est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024 sous le n° 2400843, M. A C, représenté par Me Sanchez-Rodriguez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 avril 2024 par laquelle le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- elle est insuffisamment motivée et révèle d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les observations de Me Epouli.
Une note en délibéré, présentée par M. C, a été enregistrée 9 avril 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2400843 et n° 2400851 concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. A C, ressortissant danois né le 18 janvier 1998, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, entre 2001 et 2002. Le 2 avril 2024, il a été auditionné par les services de police dans le cadre de l'examen de sa situation administrative. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans puis, par un arrêté du 5 avril 2024, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". L'article L. 233-1 du même code dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne justifie d'aucun droit au séjour sur le territoire français. S'il se prévaut de différentes activités professionnelles et formations, il ne verse aux débats aucun élément établissant la réalité de celles-ci, ni le versement d'éventuelles rémunérations, à l'exception de bulletins de paie pour les mois de février 2016 et juin 2018. Par ailleurs, sur la période courant de 2017 à mars 2022, il a fait l'objet de procédures judiciaires, notamment pour des faits de circulation avec véhicule terrestre à moteur sans assurance, de conduite d'un véhicule sans permis, de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas 8 jours, de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, de violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, de faux et usage de faux et d'escroquerie. De surcroît, le fichier de traitement des antécédents judiciaires fait également état d'infractions relatives à l'aide à l'entrée à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France et de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Ainsi, compte tenu du caractère grave, répété et récent de ces faits, le préfet de la Vienne a pu valablement considérer que le comportement de M. C constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par ailleurs, si le requérant soutient que c'est à tort que le préfet de la Vienne a considéré qu'il avait commis un abus de droit au sens des dispositions précitées, l'arrêté litigieux ne mentionne pas cet élément. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les dispositions précitées et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant la mesure litigieuse.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. C est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut de la présence en France de l'ensemble de sa famille, il ne verse aucun élément aux débats permettant d'établir l'intensité, l'ancienneté et la stabilité des relations qu'il entretient avec ses parents, ses sœurs, ses oncles et tantes. Comme dit au point 4 du présent jugement, il ne justifie pas de moyens d'existence, ne fait état d'aucun élément tendant à établir son insertion dans la société française et son comportement peut être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a ni méconnu les stipulations précitées, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant la mesure litigieuse.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
7. La décision litigieuse fait état de façon circonstanciée des éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".
9. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 4 s'agissant de la persistance du comportement délictueux de M. C jusqu'à une période récente, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Vienne a estimé que le requérant pouvait être éloigné sans délai.
Sur la décision portant fixation du pays de renvoi :
10. M. C qui, comme il a été dit ci-dessus, n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée serait entachée d'illégalité, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence d'une telle illégalité.
Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
11. En premier lieu, la décision litigieuse fait état de façon circonstanciée des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne différents éléments de la situation familiale et du parcours administratif du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
12. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que la décision litigieuse a été prise après un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé.
13. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Pour fixer la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français, l'autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressée, notamment la durée de son séjour en France, son âge, son état de santé, sa situation familiale et économique, son intégration sociale et culturelle en France, ainsi que de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine.
14. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points précédents qu'au regard du comportement et de la situation personnelle de l'intéressé, l'autorité administrative n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en lui interdisant de circuler en France, pendant une durée de deux ans.
Sur la décision portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours :
15. En premier lieu, la décision litigieuse fait état de façon circonstanciée des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment son article L. 731-1 et fait état des éléments de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
16. En deuxième lieu, si M. C fait valoir que la décision litigieuse est illégale, dès lors que le préfet de la Vienne a, à tort fait mention du fait que le requérant ne disposait pas d'un passeport, cette simple erreur matérielle est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué et ne saurait par suite être regardée comme révélant une absence d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
18. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 4 et 6 du présent jugement qu'au regard du comportement et de la situation personnelle de M. C, l'autorité administrative n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en lui interdisant de circuler en France, pendant une durée de trois ans. Par suite, le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés litigieux.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C la somme réclamée en application desdites dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2400843 et 2400851 de M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. BLa greffière,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Nos 2400843,2400851
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026