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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400853

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400853

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400853
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, M. A B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé d'abroger l'arrêté du 30 octobre 2023 l'obligeant à quitter le territoire sans délai à destination de son pays d'origine et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour provisoire, assorti d'une autorisation de travail, à titre accessoire, de solliciter à son nom un visa d'entrée sur le territoire français auprès des autorités consulaires françaises en poste en Côte d'Ivoire, de prendre en charge tous les frais nécessaires à son retour en France, et d'organiser l'envoi de son passeport en Côte d'Ivoire ;

3°) de condamner l'Etat à verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence à prononcer la suspension de l'exécution de la décision s'évince de sa situation personnelle, notamment judiciaire en ce qu'il est convoqué à une audience du tribunal judiciaire de La Rochelle,prévue le 3 juin 2024, et doit être présent en France avant cette date afin de préparer sa défense, que l'administration doit pouvoir aux mieux organiser les conditions de son retour, que le centre de sa vie privée se trouve en France où il a résidé pendant plus de 6 ans et où il souhaite renforcer son intégration dans la société, qu'il a quitté la France en laissant derrière lui sa vie privée, notamment ses titres de formation , ses documents d'identité, de travail, de santé, et des promesses d'emploi ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle n'est pas motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ; elle méconnaît les articles L. 613-7 et L. 613-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît les articles 6, 8, 9 et 16 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen ; elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'alinéa 5 du préambule de la constitution du 27 octobre 1946.

Vu :

- la requête enregistrée le 5 mars 2024, sous le numéro 2400860 tendant à l'annulation de la décision susvisée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 30 octobre 2023, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, ressortissant ivoirien, l'a obligé à quitter le territoire national et lui a interdit de revenir en France pendant une durée de 3 ans. M. B, qui a regagné la Côte d'Ivoire, a par courriel du 23 novembre 2023, demandé au préfet de la Charente-Maritime d'abroger l'arrêté du 30 octobre 2023 au motif notamment qu'il devait être entendu en juin 2024 par le tribunal judiciaire de La Rochelle. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de suspendre les effets de l'arrêté du 30 octobre 2023, de lui délivrer un titre de séjour provisoire, assorti d'une autorisation de travail, de solliciter à son nom un visa d'entrée sur le territoire français auprès des autorités consulaires françaises en poste en Côte d'Ivoire, de prendre en charge tous les frais nécessaires à son réacheminement en France, et d'organiser l'envoi de son passeport en Côte d'Ivoire.

2.. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " [] L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. Selon l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France.(). ".

5. Pour soutenir qu'il y a urgence à suspendre l'exécution du refus implicite d'abroger l'arrêté du 30 octobre 2023 précité du préfet de la Charente-Maritime, M. B se prévaut de sa présence nécessaire à l'audience du tribunal judiciaire de La Rochelle à laquelle il est convoqué le 3 juin 2024, du fait que l'administration doit avoir le temps pour organiser les conditions de son retour, et qu'il doit être présent en France avant la date prévue de l'audience afin de préparer sa défense. Il ajoute que le centre de sa vie privée est en France où il a résidé pendant plus de 6 ans, qu'il a quitté précipitamment ce pays en laissant derrière lui notamment ses diplômes, ses documents d'identité, de travail, de santé, et qu'il a dû renoncer à une promesse d'embauche.

6. Toutefois, la décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de priver M. B de préparer sa défense, notamment, en ce qu'il pourra à tout le moins, se faire représenter par un avocat à l'audience pour son audience du 3 juin 2024 devant le tribunal judiciaire de la Rochelle. De plus, le caractère de gravité et d'immédiateté de l'atteinte portée à sa situation personnelle et familiale n'est pas caractérisé par les circonstances peu étayées invoquées par le requérant, tirées de ce qu'il a en quittant précipitamment la France laissé sur place notamment ses diplômes, ses documents d'identité, de travail, de santé, ou que le refus contesté lui fait renoncer à une promesse d'embauche. Dans un tel contexte, M. B ne peut être regardé comme justifiant de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité du refus d'abrogation qui lui a été opposé. Il s'ensuit que la condition d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'apprécier s'il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, de rejeter la requête présentée par M. B en toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.

Fait à Poitiers, le 16 avril 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. C

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

D. GERVIER

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