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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400965

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400965

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400965
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers 96/144 heures
Avocat requérantFALACHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, M. D représenté par Me Falacho demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans lui octroyer un délai de départ volontaire, en fixant le pays de renvoi et en lui interdisant un retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an et portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le cadre de l'octroi de cette carte de séjour, dans les deux cas dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, ayant fixé le pays de destination et portant interdiction pour un an de retour sur le territoire français, a été pris par une autorité incompétente ;

- La décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis plus de sept ans, hébergé chez sa sœur, autonome financièrement puisqu'il bénéficie dans le cadre de son activité professionnelle d'un contrat de travail à durée indéterminée, parfaitement intégré socialement, francophone et diplômé de l'enseignement supérieur, titulaire d'un diplôme de sauveteur secouriste au travail, administrateur d'un centre socio-culturel, dirigeant d'un club de football et que s'il a utilisé de faux documents, c'est uniquement dans la perspective de pouvoir travailler et subvenir à ses besoins.

- La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français;

- La décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- L'arrêté portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est illégal du fait de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense communiqué le 19 avril, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Leloup, premier conseiller, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Leloup et les observations orales de Me Falacho, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens en les développant, la préfète des Deux-Sèvres n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Par un arrêté du 15 avril 2024, la préfète des Deux-Sèvres a obligé M. E C, né le 7 janvier 1989, de nationalité comorienne, à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète a assigné M. C à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux deux arrêtés dans leur ensemble :

1. Par un arrêté préfectoral en date du 11 décembre 2023 régulièrement publié sur le recueil des actes administratifs de la préfecture daté du même jour, M. B A, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète des Deux-Sèvres, a reçu délégation à l'effet de signer les décisions d'éloignement et les actes relatifs à leur exécution en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés manque en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Si M. C est arrivé en France durant le dernier trimestre de l'année 2016, soit, effectivement depuis plus de sept ans, il ne peut prétendre que ses liens familiaux sur le territoire national soient intenses, étant célibataire, sans enfant et n'ayant pour seule connaissance que sa sœur qui l'héberge alors que le reste de sa famille, et notamment sa mère, vit dans son pays d'origine où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Par ailleurs M. C n'a pas cherché à stabiliser sa situation sur le territoire français durant plus de sept années où il y a séjourné puisque depuis son arrivée il n'a entrepris aucune démarche pour la régulariser auprès des services de la préfecture. C'est dans ce contexte qu'il explique avoir été en possession de faux papiers à l'origine de sa garde à vue pour des faits d'usurpation d'identité et d'escroquerie, pour masquer sa situation administrative et utiliser des documents d'emprunt afin de pouvoir travailler. La préfète des Deux-Sèvres quant à elle, fournit une extraction du fichier des personnes recherchées qui mentionne que M. C à l'aide d'une fausse facture de l'opérateur de téléphonie Free aurait cherché à obtenir une carte d'identité. Ce comportement répréhensible, pénalement condamnable qui s'inscrit nécessairement en marge des valeurs de la République et conséquemment du respect de la légalité, est symptomatique d'une volonté ambigüe de s'intégrer en ne sollicitant pas, pour ce faire, les services compétents de l'Etat. Si M. C déclare avoir voulu attendre sept années de présence effective sur le territoire national avant de demander un titre de séjour afin d'attester de l'ancienneté de cette présence, il ne peut contester avoir usé de procédés illégaux pour séjourner sur le territoire national, quand bien même ces procédés étaient utilisés afin de pouvoir travailler. Par suite, et quand bien même il ne peut être sérieusement contesté que depuis l'année 2020, M. C travaille en tant qu'opérateur pour le compte de la société Galliance dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée et y donne toute satisfaction, cette circonstance est à elle seule insuffisante pour autoriser le séjour de l'intéressé sur le territoire français. En l'obligeant à le quitter la préfète des Deux-Sèvres, qui ne relève aucune considération humanitaire pour faire obstacle à cette décision, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et portant interdiction du retour sur le territoire français :

4. Comme il vient d'être dit, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite le moyen tiré du défaut de base légale des décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence

5. Comme il vient d'être dit, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté portant assignation à résidence, doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 15 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, ayant fixé le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence doivent être rejetées ainsi que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles prises sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1 : La requête de M. C est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la préfète des Deux-Sèvres

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. LELOUPLa greffière,

Signé

C. BERLAND

La République La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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