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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400998

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400998

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFALACHO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers (3ème chambre) a rejeté la requête de M. A, ressortissant comorien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 15 mars 2024 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que la décision de refus était suffisamment motivée et qu'elle ne méconnaissait pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris les demandes d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2024, M. B A, représenté par Me Falacho, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2024 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour sur laquelle elles se fondent.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2025, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La préfète des Deux-Sèvres a produit le 29 janvier 2025, après la clôture de l'instruction, un nouveau mémoire en défense qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jarrige,

- les observations de Me Falacho, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant comorien né le 20 décembre 1996, est entré irrégulièrement sur le territoire français en mars 2018, selon ses déclarations. Il s'est ensuite maintenu sur le territoire sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le 29 septembre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de ses liens privés et familiaux en France. Par un arrêté du 15 mars 2024, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A, notamment ses articles L. 423-23 et L. 435-1. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français ainsi que les motifs pour lesquels sa demande de titre de séjour en raison de ses liens privés et familiaux en France doit être rejetée. Il suit de là que la décision attaquée, qui comporte l'exposé des motifs de droit et des circonstances de fait justifiant le rejet de la demande de l'intéressé, est suffisamment motivée.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () ". Aux termes de l'article R. 432-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 423-23, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier : 1° La réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; 2° La justification de ses attaches familiales dans son pays d'origine ; 3° La justification de ses conditions d'existence en France ; 4° La justification de son insertion dans la société française appréciée notamment au regard de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. Si M. A se prévaut de ce qu'il réside sur le territoire français depuis le mois de mars 2018, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire, qu'il s'y est maintenu sans titre de séjour en cours de validité et qu'il n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour que le 29 septembre 2023, soit plus de cinq ans après son entrée sur le territoire. S'il fait valoir qu'il a conclu un pacte civil de solidarité avec une compatriote, Mme C, titulaire d'une carte de résident en qualité de parente d'enfant français, cet acte a été enregistré le 2 mars 2022 et la préfète lui oppose à bon droit que sa communauté de vie depuis cette date ou pendant une durée suffisante à la date de l'arrêté attaqué pour retenir une relation durable et stable n'est pas établie par la production de quatre factures en date des 18 janvier, 6 mai et 2 et 17 octobre 2023, un avis d'imposition établi à son seul nom en 2023 et une attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales du 14 septembre 2023. De même, s'il se prévaut de la naissance de leur fille le 11 juillet 2023, elle n'était âgée que de quelques mois à la date de l'arrêté attaqué. Si M. A fait état de la présence en France d'un frère, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 6 novembre 2025, et d'une sœur, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 29 janvier 2024, il n'établit pas qu'il entretiendrait avec eux des liens intenses et stables. Il n'établit ni même n'allègue par ailleurs être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. De même, il n'est aucunement établi que le requérant participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation des trois enfants de sa partenaire nés de précédentes unions. Enfin, M. A est sans emploi, n'a suivi aucune formation et ne justifie d'aucune insertion professionnelle, se bornant à se prévaloir de l'emploi occupé par Mme C. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres, qui n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi :

5. En premier lieu, par un arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Deux-Sèvres le même jour, la préfète des Deux-Sèvres a donné délégation à M. Patrick Vautier, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département des Deux-Sèvres, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

6. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Campoy, vice-président,

M. Cristille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

N. COLLET

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