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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401012

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401012

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 22 avril et le 29 mai 2024 sous le n° 2401013, M. B F, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel la préfète de la Charente lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 400 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. F soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle est entachée d'une erreur manifeste commise dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète de la Charente, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a produit des pièces complémentaires enregistrée le 26 avril 2024.

II. Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 22 avril et le 29 mai 2024 sous le n° 2401012, Mme G D, représentée par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel la préfète de la Charente lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 400 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle est entachée d'une erreur manifeste commise dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète de la Charente, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a produit des pièces complémentaires enregistrée le 26 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2401012 et 2401013 concernent la situation au regard du séjour de deux époux de nationalité géorgienne et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. B F et Mme G D, ressortissants géorgiens nés respectivement le 10 août 1986 et le 13 mars 1989, déclarent être entrés en France le 12 décembre 2022, accompagnés de leurs deux enfants mineurs, A et E. Les demandes d'asiles de M. F et Mme D, enregistrées le 23 janvier 2023, ont été rejetées le 29 juin 2023 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 10 novembre 2023. Par deux arrêtés du 2 avril 2024, la préfète de la Charente leur a refusé un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils étaient susceptibles d'être éloignés à l'expiration de ce délai. M. F et Mme D demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. F et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les arrêtés contestés considérés dans leur ensemble :

4. Les arrêtés attaqués visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. F et Mme D, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Ils mentionnent leurs demandes d'asile rejetées par l'OFPRA le 29 juin 2023 et par la CNDA le 10 novembre 2023, leur situation privée et familiale, notamment la présence de leur deux enfants mineurs sur le territoire, et qu'ils n'établissent pas être exposés à des peines et traitements inhumains en cas de retour dans leur pays d'origine. Ainsi, les actes attaqués permettent de vérifier que l'autorité préfectorale, qui ne s'est pas bornée à reprendre les avis des autorités de l'asile, a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. F et Mme D.

Sur les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. M. F et Mme D soutiennent que les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Toutefois, ils n'assortissent ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, les requérants qui sont entrés récemment en France, ne démontrent pas qu'ils auraient tissé sur le territoire des liens intenses et stables, ni qu'ils seraient dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine, où ils ont vécu la majeure partie de leur vie, et où la cellule familiale pourra être reconstituée dès lors qu'il est de l'intérêt de leurs enfants, en raison de leur jeune âge, de suivre leurs parents dans leur pays d'origine où ils pourront poursuivre les études qu'ils avaient entreprises en France. En outre, ils ne disposent ni d'un logement propre, ni de ressources. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, M. F et Mme D soutiennent que la préfète de la Charente a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur leurs situations personnelles. Toutefois, ils n'assortissent ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, comme cela a été indiqué au point 4 du présent jugement, la préfète de la Charente a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. F et Mme D. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée les décisions attaquées doivent être écartés.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de titre de séjour ne sont pas illégales. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire sont illégales en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour doivent être écartés.

9. En second lieu, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire ne sont pas illégales. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions fixant le pays de destination sont illégales en conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire doivent être écartés.

11. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ".

12. M M. F et Mme D soutiennent qu'ils seraient gravement menacés en cas de retour dans leur pays d'origine. Toutefois, et alors que leurs demandes d'asile ont été refusées par l'OFPRA et la CNDA, ils n'établissent la réalité de ces risques par aucun élément. Par suite, la préfète n'a méconnu ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant les décisions attaquées

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2401013 de M. F et de la requête n°2401012 de Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes de M. F et Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les requêtes nos 2401013 et 2401012 de M. F et Mme D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et Mme G D et à la préfète de la Charente.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 05 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. C

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

2 ; 2401013

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