lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401044 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CALMELS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 avril 2024, Mesdames D et B F, représentées par Me Dalibard, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 19 mars 2024 lequel le maire de la commune d'Aigre (Charente) les a mis en demeure de supprimer les obstacles fermant à l'usage du public la portion du chemin rural dit G traversant leur propriété, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Aigre une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la condition d'urgence posée par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que l'exécution de l'arrêté attaqué porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à leur situation en ce qu'il implique, d'une part, la destruction du portail Nord d'accès à leur propriété ainsi que de la barrière délimitant celle-ci à son extrémité Sud, d'autre part, l'ouverture au public, avec les risques d'intrusion que cela comporte, de la propriété où elles résident alors qu'elles sont âgées respectivement de 79 et 81 ans et, enfin, la mise à leur charge du coût éventuel de l'intervention de la commune ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté dont elles demandent la suspension ; cet arrêté n'est pas suffisamment motivé ; il est illégal en ce qu'il exige l'ouverture au public d'un chemin privé, qualifié à tort de chemin rural et en ce qu'il se fonde, à tort, sur l'article D. 161-11 du code rural et de la pêche maritime qui n'est pas inapplicable en l'espèce dès lors, d'une part, que la procédure d'exécution d'office qu'il institue n'est pas prévue par un texte législatif en méconnaissance de l'article 34 de la Constitution, d'autre part, qu'il existe d'autres voies légales et, notamment, les sanctions pénales prévues par l'article R. 161- 28 du code rural et de la pêche maritime pour obtenir l'exécution de l'arrêté litigieux sans pour autant le faire exécuter d'office et, enfin, qu'il n'existe aucune situation d'urgence obligeant le maire à faire usage de ses pouvoirs de police ; l'arrêté du 19 mars 2024 est également illégal en ce que les mesures de police qu'il prescrit sont manifestement disproportionnées avec l'objectif poursuivi.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2024, la commune d'Aigre, représentée par Me Calmels, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérantes, ensemble, une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 25 avril 2024 sous le n° 2401043 par laquelle Mesdames D et B F demandent l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bompas, greffier d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :
- Me Leeson, représentant Mesdames D et B F, ainsi que ces dernières, qui concluent aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans leur mémoire introductif d'instance ;
- Me Calmels, représentant la commune d'Aigre, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans son mémoire en défense.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes, d'une part, du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune. ". Aux termes de l'article L. 161-2 de ce code : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale. () ". L'article L. 161-3 du même code dispose que : " Tout chemin affecté à l'usage du public est présumé, jusqu'à preuve du contraire, appartenir à la commune sur le territoire de laquelle il est situé ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D F, Mme B F, Mme H F et M. E F sont propriétaires du Château G, situé sur le territoire de la commune d'Aigre (Charente), au sein d'une propriété composée, notamment, des parcelles cadastrées section AK n° 24, 26, 27, 28, 29, 54, 55, 56 et 57, dont il ont hérité au décès de leur père, lequel l'avait acquise le 26 décembre 1952. Par un arrêté en date du 19 mars 2024, le maire de la commune d'Aigre a mis en demeure les consorts F, en application des dispositions des articles L. 161-5 et D. 161-1 du code rural et de la pêche maritime, de procéder, sous un mois, au retrait des obstacles bloquant les accès du chemin rural dit C à Crèvecœur traversant leur propriété et reliant la rue de La Prise à la route vers le lieudit Cessac, à défaut de quoi la commune y procèderait d'office à leurs frais et risques. Pour justifier de la situation d'urgence s'attachant à la suspension de l'exécution de cet arrêté sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, Mesdames D et B F soutiennent qu'il porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à leurs intérêts et à leur situation en ce qu'il implique, d'une part, la destruction du portail Nord d'accès à leur propriété ainsi que de la barrière délimitant celle-ci à son extrémité Sud, d'autre part, l'ouverture au public, avec les risques d'intrusion que cela comporte, de la propriété où elles résident alors qu'elles sont âgées respectivement de 79 et 81 ans et, enfin, la mise à leur charge du coût éventuel de l'intervention de la commune.
4. Il ressort toutefois des nombreux témoignages produits par la commune que le chemin dit C à Crève-Cœur, qui figure en tant que tel au cadastre napoléonien ainsi que sur les cadastres ultérieurs et qui est d'ailleurs mentionné en tant que " chemin rural " sur le cadastre de 1964, a toujours été utilisé comme voie de passage jusqu'à ce que, il y a une quinzaine d'année, les consorts F ferment le portail situé sur ce chemin donnant sur la rue de La Prise et installent un portail bloquant également la circulation à la limite Sud de leur propriété. Le contenu de ces témoignages, tous concordants, est corroboré par le plan de bornage, que la famille des requérantes a fait établir le 4 décembre 2006 qui n'inclut pas l'emprise du chemin dans le périmètre de la propriété des consorts F et qui ne fait apparaître, à la date à laquelle ce plan a été établi, aucun ouvrage en bloquant l'accès là où le chemin se poursuit vers la route de Cessac. De plus, il ressort des documents produits par la commune et notamment de la délibération du conseil municipal d'Aigre du 17 février 1987 décidant de bitumer ce chemin, de la décision du préfet de la Charente du 8 décembre 1987 accordant, pour cette opération, une subvention d'équipement à la commune, ainsi que des constatations d'huissier effectuées le 21 février 2024 à la demande de la commune confirmant l'existence d'un tel revêtement sur ce chemin, que la commune y a effectué des actes de voirie réitérés. L'ensemble de ces constatations établit l'affectation du chemin concerné à l'usage du public, laquelle suffit à entraîner l'application de la présomption de propriété de la commune prévue par les dispositions de l'article L. 161-3 du code rural et de la pêche maritime.
7. Les éléments de preuve produits par les requérantes et, en particulier, l'acte d'acquisition de leur propriété du 29 décembre 1952, qui ne démontrent pas leur qualité de propriétaires du chemin litigieux, ne permet pas de renverser la présomption mentionnée au point précédent.
8. La situation d'urgence dont se prévalent les requérantes résultant ainsi uniquement de la fermeture du chemin rural dit C à Crèvecœur à laquelle les consorts F ont irrégulièrement procédé depuis une quinzaine d'année, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par Mesdames D et B F ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mesdames D et B F la somme que réclame la commune d'Aigre au titre des frais exposés au cours de l'instance et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mesdames D et B F est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune d'Aigre tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mesdames D et B F et à la commune d'Aigre.
Fait à Poitiers, le 13 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé
L. A
La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026