lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401053 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, M. A B demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension l'exécution de la décision du 15 novembre 2023 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de renouveler sa carte professionnelle, et de la décision implicite par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux du 2 janvier 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces deux décisions ;
2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle ou un récépissé de demande de carte l'autorisant de travailler dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence posée par les dispositions du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que la détention de la carte professionnelle, dont le renouvellement lui a été refusé par les décisions en litige, conditionne l'exercice de ses fonctions de convoyeur de fonds ainsi que ses moyens d'existence ;
- il existe un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions dont il demande la suspension ; ces décisions sont entachées d'erreur d'appréciation dès lors que, même s'il a fait l'objet d'une condamnation pénale par un jugement du tribunal correctionnel de Saintes le 22 février 2022 pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civile de solidarité, ces faits n'ont pas été commis dans le cadre de son activité professionnelle et il n'a jamais fait d'aucune autre condamnation pénale.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 26 avril 2024 sous le n° 2301054 par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Campoy, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, qui est employé par une société privée en qualité de convoyeur de fonds depuis avril 1998, disposait, selon ses déclarations, d'une carte professionnelle délivrée par le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) le 24 octobre 2018 pour une durée de cinq ans. Le 10 juillet 2023, il a sollicité le renouvellement de cette carte professionnelle. Par une décision en date du 15 novembre 2023, le directeur du CNAPS a rejeté sa demande aux motifs que l'enquête administrative réalisée dans le cadre de l'instruction de sa demande avait révélé qu'il avait été mis en cause, d'une part, le 27 septembre 2021, en qualité d'auteur de faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et, d'autre part, le 2 août 2022, en qualité d'auteur de faits de menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision et de la décision par laquelle le directeur du CNAPS a implicitement rejeté son recours gracieux du 2 janvier 2024.
2. Aux termes, d'une part, du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : () 2° A transporter et à surveiller, jusqu'à leur livraison effective () des fonds () ainsi qu'à assurer le traitement des fonds transportés ; (). ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; (). ".
4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le directeur du CNAPS aurait fait une inexacte inapplication des dispositions précitées au point 3, n'est pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des deux décisions dont la suspension est demandée. Dans ces conditions, et sans même qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par M. B ainsi que, par voie de conséquence, sa demande d'injonction et de frais irrépétibles.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera transmise au Conseil national des activités privées de sécurité.
Fait à Poitiers, le 29 avril 2024.
Le juge des référés,
Signé
L. Campoy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
N. COLLET
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