jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401071 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
| Avocat requérant | CUJAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 avril 2024 et le 1er mai 2024, M. C A, représenté par Me Cujas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 avril 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a fait interdiction de retourner en France pendant une durée de deux ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne, sur le territoire de la commune de Vouneuil-sous-Biard, pour une durée de 45 jours à compter du 22 juin 2022 et l'a obligé à se présenter les lundis, mercredis et samedis à 8h00, hors jours fériés, à la brigade de gendarmerie de Vouillé ;
3°) d'annuler la décision du même jour par laquelle le préfet de la Vienne a procédé à la rétention de son passeport ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui restituer son passeport dans un délai d'un mois à compter de la date de la décision à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire est entachée d'une appréciation manifestement erronée de sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ; le préfet n'a pas procédé à l'examen approfondi de la situation personnelle ; il dispose d'un hébergement stable et de liens personnels et familiaux en France, en particulier, la présence de son épouse, ainsi que celles de leurs 7 enfants dont 6 mineurs ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire porte une atteinte excessive à sa situation par rapport au but poursuivi dès lors que sa situation personnelle et familiale permet en soi de prévenir le risque qu'il se soustraie à toute mesure d'éloignement et notamment qu'il justifie bénéficier de conditions de logement stables et régulières ;
- l'arrêté portant assignation a résidence est incohérent en ce qu'il l'assigne à résidence dans le département de la Vienne pour une durée de 45 jours à compter du 22 juin 2022, ce qui implique que la durée d'assignation est désormais révolue ; cette décision porte, de toute façon, une atteinte disproportionnée à sa liberté de circulation en méconnaissance de l'article 2 du protocole n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. C A, ressortissant roumain né le 9 janvier 1983, a fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français avec interdiction de circulation de 2 ans prise par le préfet de la Vienne le 22 juin 2022 à l'occasion d'une interpellation pour des faits d'escroquerie. Il est, selon ses déclarations, retourné en Roumanie en exécution de cette mesure d'éloignement mais a indiqué au service de police, lors de son audition du 27 avril 2024, être revenu en France au cours du mois de mars 2024 en méconnaissance de l'interdiction de circulation du 22 juin 2022 dont il avait précédemment fait l'objet. Estimant, d'une part, que l'intéressé ne justifiait d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, que son comportement personnel constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société et, enfin, que sa présence en France était constitutive d'un abus de droit, le préfet de la Vienne l'a, par un arrêté en date du 27 avril 2024, de nouveau, obligé à quitter le territoire français sans délai sur le fondement des article L. 251-1 et L. 253-1 du même code, a fixé le pays à destination duquel l'intéressé était susceptible d'être éloigné et lui a fait interdiction de retourner en France pendant une durée de deux ans. Par deux autres décisions du même jour, cette même autorité a assigné M. A à résidence dans le département de la Vienne pour une durée de 45 jours et a procédé à la rétention de son passeport. M. A demande l'annulation de toutes décisions.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il n'est pas contesté que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits d'escroquerie. Comme il a été dit au point 1, il est, selon ses déclarations, revenu en France au cours du mois de mars 2024 en méconnaissance de l'interdiction de circulation du 22 juin 2022 dont il faisait l'objet. Il est, selon ses déclarations, sans emploi et ne dispose en France, pour lui et sa famille, d'aucune autre ressource que le revenu de solidarité active. S'il est constant qu'il est marié et vit avec son épouse et leurs sept enfants, dont six mineurs, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que rien ne s'oppose à ce qu'il transfère sa cellule familiale en Roumanie où ses enfants pourront, sans être séparés de leurs parents, continuer à être scolarisés. Il n'est pas non plus établi, ni même allégué, qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans ce pays. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne, qui n'a pas porté à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision attaquée, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne s'est pas davantage livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
4. En second lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. Dès lors que, comme il a été dit au point 3, rien ne fait obstacle à ce que l'ensemble de la cellule familiale de M. A soit transféré en Roumanie, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.
Sur le refus de délai de départ volontaire :
6. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence (). ".
7. En se bornant à soutenir qu'il justifie de conditions de logement stables et régulières, alors que le préfet n'a nullement pris en compte un tel critère pour lui refuser un délai de départ volontaire, sans aucunement contester les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles il est revenu en France pour y exercer des activités illicites, M. A ne conteste pas utilement la mesure qui lui est opposée.
Sur l'assignation à résidence :
8. Aux termes de l'article L. 730-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Conformément à l'article L. 264-1, les dispositions des 6°, 7° et 8° et du dernier alinéa de l'article L. 731-1 () sont applicables à l'étranger dont la situation est régie par le livre II. ". Aux termes de l'article L. 731-1 de ce code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 8° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 733-4 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger assigné à résidence la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1. ". Aux termes de l'article L. 814-1 du même code : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Vienne a assigné à résidence M. A pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 22 juin 2022. Il s'ensuit qu'à la date du 27 avril 2024 à laquelle le préfet a pris cette décision, celle-ci, outre qu'elle avait un caractère rétroactif et donc illégal, ne pouvait pas être exécutée dans la mesure où le délai de quarante-cinq jours susmentionné était déjà expiré. Il s'ensuit que cette décision ainsi que, par voie de conséquence, la décision de retenir le passeport de M. A doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Vienne de restituer à M. A son passeport dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, le versement de la somme que réclame M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision en date du 27 avril 2024 par lequel le préfet de la Vienne a assigné M. A à résidence dans le département de la Vienne, sur le territoire de la commune de Vouneuil-sous-Biard, pour une durée de 45 jours à compter du 22 juin 2022, ainsi que la décision du même jour par laquelle le préfet de la Vienne a procédé à la rétention du passeport de l'intéressé, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de restituer à M. A son passeport dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
L. B La greffière d'audience,
Signé
C. BERLAND
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026