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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401083

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401083

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantBONNEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 29 avril, le 7 et le 18 juin 2024, Mme D A, représentée par Me Bonneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Charente à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ; elle a été prise en l'absence d'examen de sa situation personnelle ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ; elle a été prise en l'absence d'examen de sa situation personnelle ; elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ; elle a été prise en l'absence d'examen de sa situation personnelle ; elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète de la Charente qui n'a pas produit d'observations mais des pièces enregistrées le 22 mai 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mai 2024.

Par un courrier daté du 13 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors qu'il résulte des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'une première demande de réexamen d'une demande d'asile ouvre droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce qu'il y soit statué et que la requérante avait introduit pour sa fille mineure, A C, une telle demande de réexamen au mois de mars 2024, soit antérieurement à la décision attaquée qui date du 2 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante ivoirienne née le 1er juillet 1995, déclare être entrée en France le 25 février 2023, accompagnée de sa fille, Mme C A, née le 1er décembre 2019. Sa demande d'asile enregistrée le 30 mars 2023, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 19 juillet 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 21 décembre 2023. Par un arrêté du 2 avril 2024, la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". Aux termes de l'article 542-2 de ce même code : "

Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :

1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; ()2° Lorsque le demandeur () ;b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ;() . ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A avait introduit au mois de mars 2024, soit avant la décision contestée du 2 avril 2024, une première demande de réexamen de la demande d'asile au profit de sa fille mineure, C. En application des dispositions pré citées, et dès lors que l'OFPRA ne s'est pas prononcé sur cette première demande de réexamen, la requérante ne pouvait faire l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, en prenant cette décision, la préfète de la Charente a commis une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

6. L'annulation, par le présent jugement, de l'arrêté attaqué implique nécessairement, en application des dispositions citées au point précédent, que la préfète de la Charente délivre à Mme A une attestation de demande d'asile le temps de l'instruction par l'OFPRA de sa demande de réexamen et jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur son cas. En revanche elle n'implique pas que la préfète délivre à l'intéressée un titre de séjour. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre seulement à la préfète de la Charente de délivrer à Mme A une attestation de demande d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur son cas dans le délai de deux mois. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme A.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Masson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci la somme de 1 000 euros.

.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 2 avril 2024 par lequel la préfète de la Charente a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi est annulé.

Article 2 : La préfète de la Charente réexaminera la situation de Mme A dans le délai de deux mois et lui délivrera une attestation de demande d'asile dans le délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bonneau une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Masson renonce à percevoior la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la préfète de la Charente.

Fait à Poitiers, le 3 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. B

.

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

N°2401083

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