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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401168

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401168

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401168
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2024, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Île de Ré voile, représentée par Me Rouché, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du préfet de la Charente-Maritime en date du 1er mai 2024 autorisant la société par actions simplifiée (SAS) Ecosy boating à occuper un terrain d'une superficie de 450 m² situé sur le domaine public maritime dans le secteur de la plage de Gros-Joncs sur le territoire de la commune de Le Bois-Plage-En-Ré (Charente-Maritime) pour y exercer une activité économique saisonnière de voile et de location associée, de la délibération de la commission d'attribution en date du 12 mars 2024 classant les candidatures à la procédure d'attribution de cette autorisation d'occupation du domaine public et de la décision du préfet de la Charente-Maritime en date du 13 mars 2024 l'informant du résultat de la consultation, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces trois décisions ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, à titre principal, de la déclarer provisoirement titulaire de cette autorisation d'occupation du domaine public jusqu'à ce que le tribunal statue au fond sur le présent litige ou, à titre subsidiaire, de reprendre la procédure au stade auquel celle-ci a été entachée d'irrégularité, le tout dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle présente un intérêt à agir dès lors qu'elle a présenté sa candidature à la procédure d'attribution d'une occupation temporaire d'autorisation du domaine public d'un terrain de 450 m² sis sur le secteur de la plage de Gros-Joncs à Le-Bois-Plage-En-Ré, lancée le 15 décembre 2023 et que sa candidature a été rejetée le 13 mars 2024 ;

- la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors, d'une part, qu'elle était titulaire d'une autorisation d'occupation temporaire (AOT) du domaine public maritime sur la plage de Gros Joncs depuis plus de 10 années et qu'elle a procédé à de nombreux investissements qui ne pourront pas être utilisés, ni amortis sur les saisons 2024 - 2028 et devront, par ailleurs, être stockés, ce qui représente un coût supplémentaire, et, d'autre part, que les décisions attaquées sont de nature à lui causer un important préjudice d'exploitation en ce que l'occupation de la plage de Gros Joncs représente 35 % du chiffre d'affaires de l'école de voile de Le Bois-Plage-En-Ré pour la saison 2023, et à lui faire perdre sa clientèle habituelle qui a déjà procédé à de nombreuses réservations ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions dont elle demande la suspension ; la décision en date du 1er mai 2024 portant délivrance de l'AOT à la société Ecosy boating est entachée d'incompétence ; la direction départementale des territoires et de la mer a fait application, dans le cadre de la procédure d'attribution de cette AOT, de sous-critères pondérés ou hiérarchisés qui n'ont jamais été portés à la connaissance des candidats dans le cadre de l'appel à candidature ; la candidature de la société Ecosy boating ainsi que celle de la SARL Texier étaient irrecevables en ce qu'elles ont été déposées le 31 janvier 2024 par courriel et pas par lettre recommandée et en ce qu'elles n'ont pas fait l'objet d'une décharge de l'administration en méconnaissance de l'article R. 2122-3 du code général de la propriété des personnes publiques ; la candidature de la société Ecosy boating était également irrecevable en ce qu'elle comportait plus de quatre pages en méconnaissance des stipulations de l'appel à candidatures et en ce que l'objet social et la nature de cette société, tels qu'ils ressortent de l'extrait de son Kbis, ne sont aucunement en adéquation avec l'objet de l'appel à candidature ; les décisions contestées comportent une erreur dans l'évaluation de sa candidature s'agissant des sous-critères 1C " Gestion des déchets " et 1D " écologie respect de l'environnement naturel " ; l'administration ne justifie pas la raison pour laquelle la société Ecosy boating a reçu une note de 1,5 sur 2, inférieure de seulement 0,5 point à celle des deux autres candidats, alors même qu'elle n'a présenté qu'une seule et unique activité, à savoir, la location de catamarans alors que le second critère d'évaluation des offres portait sur la diversité des activités proposées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 7 mai 2024 sous le n° 2401167 par laquelle l'EURL Île de Ré voile demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Campoy, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Aux termes de l'article de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous () ". Aux termes de l'article L. 2122-1-1 de ce code : " Sauf dispositions législatives contraires, lorsque le titre mentionné à l'article L. 2122-1 permet à son titulaire d'occuper ou d'utiliser le domaine public en vue d'une exploitation économique, l'autorité compétente organise librement une procédure de sélection préalable présentant toutes les garanties d'impartialité et de transparence, et comportant des mesures de publicité permettant aux candidats potentiels de se manifester () ". Aux termes de l'article L. 2122-2 du même code : " L'occupation ou l'utilisation du domaine public ne peut être que temporaire. ". L'article L. 2122-3 dudit code dispose que : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable. ". Son article R. 2122-1 dispose à cet égard que : " L'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être consentie, à titre précaire et révocable, par la voie d'une décision unilatérale ou d'une convention. ".

3. D'une part, par la requête enregistrée le 7 mai 2024 sous le n° 2401167, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Île de Ré voile demande l'annulation de la décision du préfet de la Charente-Maritime en date du 1er mai 2024 autorisant la société par actions simplifiée (SAS) Ecosy boating à occuper un terrain d'une superficie de 450 m² situé sur le domaine public maritime dans le secteur de la plage de Gros-Joncs sur le territoire de la commune de Le Bois-Plage-En-Ré (Charente-Maritime) pour y exercer une activité économique saisonnière de voile et de location associée, de la délibération de la commission d'attribution en date du 12 mars 2024 classant les candidatures à la procédure d'attribution de cette autorisation d'occupation du domaine public et de la décision du préfet de la Charente-Maritime en date du 13 mars 2024 l'informant du résultat de la consultation.

4. Compte tenu de la nature commerciale de l'activité exercée et de la procédure de sélection qui a précédé l'attribution de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public à la SAS Ecosy boating le 1er mai 2024, ainsi que des dispositions du titre d'occupation qui matérialisent l'accord des volontés entre le titulaire de cette autorisation et l'Etat en ce qui concerne les conditions d'exploitation économique de cette portion du domaine public, cette requête doit être regardée comme présentant le caractère d'un recours de pleine juridiction contestant la validité d'un contrat, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public accordée par le préfet de la Charente-Maritime à l'issue de cette procédure de sélection, a pris la forme d'une décision unilatérale et non d'une convention. Un tel recours peut être assorti d'une demande tendant, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution du contrat.

5. D'autre part, il résulte des dispositions citées au point 1 que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

6. Pour justifier de l'urgence de sa demande tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté de la préfète de la Charente-Maritime en date du 1er mai 2024, l'EURL Île de Ré voile fait valoir, d'une part, qu'elle était titulaire d'une autorisation d'occupation temporaire du même emplacement du domaine public maritime depuis plus de 10 années et qu'elle a procédé à de nombreux investissements qui ne pourront pas être utilisés, ni amortis sur les saisons 2024 - 2028 et devront, par ailleurs, être stockés, ce qui représentera un coût supplémentaire, et, d'autre part, que les décisions attaquées sont de nature à lui causer un important préjudice d'exploitation en ce que l'occupation de la plage de Gros Joncs représente 35 % du chiffre d'affaires de l'école de voile de Le Bois-Plage-En-Ré pour la saison 2023, et à lui faire perdre sa clientèle habituelle qui a déjà procédé à de nombreuses réservations.

7. Il résulte toutefois des dispositions citées au point 2 que les autorisations d'occupation du domaine public, qui sont délivrées à titre précaire et révocable, ne sont pas créatrices de droit au profit des bénéficiaires et que leur titulaire n'a droit ni à leur maintien, ni à leur renouvellement, ce que la société requérante ne pouvait ignorer lorsqu'elle a sollicité la délivrance de l'autorisation dont elle était précédemment titulaire et procédé à l'acquisition des matériels nécessaires à son exploitation. Compte tenu du caractère essentiellement révocable de sa précédente autorisation ainsi que du risque économique et financier s'attachant à une telle situation, que l'EURL Île de Ré voile a sciemment assumé en acceptant d'exercer son activité commerciale dans de telles conditions, l'attribution du même emplacement du domaine public à un nouveau bénéficiaire ne porte pas, en l'absence de circonstances particulières, à sa situation ou à ses intérêts une atteinte d'une gravité telle qu'elle constitue une situation d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

8. Au surplus, pour retenir, au titre de l'appréciation de la condition d'urgence, une atteinte grave et immédiate à la situation financière d'un cocontractant de l'administration, le juge des référés doit rapporter la perte de chiffre d'affaires entraînée par la mesure contestée aux autres éléments d'activité de l'entreprise, notamment son chiffre d'affaires global. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la perte par l'EURL Île de Ré voile d'environ 30 % du chiffre d'affaires réalisé au titre de ses exercices clos de 2019 à 2023, menacerait la poursuite de son exploitation. Par ailleurs, et à supposer même que la société requérante ait accepté d'encaisser des réservations pour l'été 2024, elle a, ce faisant, commis une grave imprudence faute de disposer de la moindre assurance d'obtenir le renouvellement de son autorisation d'occupation du domaine public.

9. Dans ces conditions, et compte tenu de l'intérêt public s'attachant à la bonne gestion du domaine public maritime durant la prochaine saison estivale, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie. Dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions dont la suspension est demandée, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par l'EURL Île de Ré voile ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'EURL Île de Ré voile est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'EURL Île de Ré voile.

Copie en sera transmise pour information au directeur départemental des territoires et de la mer de la Charente-Maritime.

Fait à Poitiers, le 16 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

L. Campoy

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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