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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401331

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401331

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFALACHO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. D B, ressortissant béninois, qui demandait l'annulation de la décision du 25 mars 2024 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé d'abroger un arrêté du 6 février 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et prononçant une interdiction de retour. Le tribunal a estimé que la décision contestée était suffisamment motivée et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme le refus de la préfète, en application des textes précités.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 24 mai 2024 et 26 janvier 2025, M. D B, représenté par Me Falacho, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2024 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé d'abroger l'arrêté du 6 février 2024 par lequel elle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour pendant un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit comme d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 21 janvier 2025, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

La préfète des Deux-Sèvres a produit le 29 janvier 2025, après la clôture de l'instruction, un nouveau mémoire en défense qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jarrige,

- les observations de Me Falacho, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant béninois né le 8 décembre 1972, est entré en France le 13 juillet 2012 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Marié avec une ressortissante française le 10 décembre 2016, il a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint de français le 22 août 2017 qui a été renouvelé jusqu'au 18 septembre 2021. Par arrêté du 25 janvier 2023, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité de conjoint de français et de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 421-2 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par le même arrêté, elle l'a obligé à quitter le territoire français. Le 7 septembre 2023, M. B a déposé une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 6 février 2024, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par une requête, enregistrée le 8 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Poitiers, M. B a demandé l'annulation de ces deux arrêtés. Par un jugement du 13 février 2024, la magistrate désignée a rejeté les conclusions de la requête contre les arrêtés en litige en tant qu'ils portent obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixent le pays de renvoi, l'interdisent de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'assignent à résidence pour une durée de 45 jours, et a renvoyé à une formation collégiale les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. A la suite de son mariage le 16 mars 2024 avec Mme A, une ressortissante française, par un courrier en date du 20 mars 2024, M. B a sollicité de la préfète des Deux-Sèvres l'abrogation de l'arrêté du 6 février 2024 par lequel elle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire en fixant le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision du 25 mars 2024, la préfète des Deux-Sèvres a refusé d'abroger cet arrêté. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles s'est fondée la préfète des Deux-Sèvres pour rejeter sa demande. Elle mentionne également l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de M. B en rappelant les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français, et fait état des deux motifs pour lesquels il ne remplit pas les conditions fixées par les dispositions précitées pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par conséquent, le moyen tiré de défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français sur le fondement des dispositions précitées, la préfète des Deux-Sèvres lui a opposé qu'il ne pouvait être regardé comme entré régulièrement sur le sol français, faute de justifier de sa présence sur celui-ci entre le 10 août 2012 et le 10 décembre 2016, et qu'il ne justifie pas non plus d'une vie commune et effective de six mois en France avec sa nouvelle épouse. Si, pour contester cette décision, M. B fait valoir qu'il est pacsé depuis le 5 mai 2023 avec Mme A, sa nouvelle épouse, et vivait avec elle depuis 2021, il n'a produit pour justifier de la communauté de vie alléguée à la date de l'arrêté attaqué, outre une attestation établie par sa fille dépourvue à elle seule de valeur probante, que quatre attestations insuffisamment probantes car établies en juin et juillet 2023 et trois attestations établies en février et mars 2024 ne portant pas sur sa vie commune avec sa nouvelle épouse. Par suite, c'est à bon droit que la préfète des Deux-Sèvres lui a opposé qu'il ne justifiait pas d'une vie commune et effective de six mois en France avec sa nouvelle épouse à la date la décision attaquée. Dès lors que ce motif suffisait à fonder légalement cette décision et qu'il résulte de l'instruction que la préfète aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance [] ".

6. Si M. B fait valoir qu'il réside de façon continue sur le sol français depuis son entrée sur celui-ci le 13 juillet 2012, il n'apporte aucun commencement de preuve de sa présence sur le territoire français entre le 10 août 2012 et le 10 décembre 2016. S'il est constant que, du fait de son mariage avec une ressortissante française le 10 décembre 2016, il a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint de français le 22 août 2017 qui a été renouvelé jusqu'au 18 septembre 2021, il a reconnu ne plus vivre avec son épouse depuis le 9 janvier 2020. S'il est constant également qu'il est pacsé depuis le 5 mai 2023 avec une ressortissante française qu'il a épousée le 16 mars 2024, ce pacte de civil de solidarité n'a été enregistré que dix mois avant la date de la décision attaquée, le mariage n'avait été célébré que depuis quelques jours et ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la durée de communauté de vie alléguée par l'intéressé n'est pas établie. Si le requérant se prévaut également de la présence en France de sa fille C née le 1er avril 2003, celle-ci, qui est entrée en France en 2021 dans le cadre du regroupement familial, n'a pas nécessairement vocation à rester en France et le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Enfin, M. B ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision du 25 mars 2024 de la préfète des Deux-Sèvres doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Campoy, vice-président,

M. Cristille, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

N. COLLET

N°2401331

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