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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401345

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401345

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2024, Mme B A représentée par Me Macé demande au juge des référés du tribunal administratif de Poitiers :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le président de la communauté d'agglomération Rochefort Océan l'a placée en disponibilité d'office avec maintien du demi-traitement à titre conservatoire à compter du 1er mai 2024 et jusqu'à la date de son admission à la retraite pour invalidité ;

2°) d'enjoindre à la communauté d'agglomération Rochefort Océan de réexaminer sa situation et de la placer en disponibilité pour inaptitude physique dans l'attente qu'un poste lui soit proposé en application de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Rochefort Océan la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige la prive de la moitié de son traitement jusqu'à ce qu'intervienne l'arrêté de mise à la retraite pour invalidité annoncée, alors qu'elle n'a que son traitement pour subvenir à ses besoins, que ses charges fixes mensuelles se montent à 1 238,52 euros dont 692,95 euros au titre de son emprunt immobilier, que sa mutuelle refuse de lui verser un complément de sa rémunération dans la mesure où elle n'est pas en arrêt maladie, qu'elle souhaite retrouver un travail et a postulé à 30 offres d'emploi depuis le 30 mars 2023, que son employeur n'a pas sérieusement examiné la possibilité de reclassement qui lui incombait, qu'une mise à la retraite l'empêcherait d'être recrutée sur l'un des postes pour lesquels elle a passé un entretien et se trouve en attente d'une réponse ; l'arrêté en litige met un terme à son souhait de retrouver un emploi ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée qui comporte une motivation erronée en droit et en fait, qui est entachée d'un vice de procédure en l'absence de reclassement, qui fait application des articles L. 822-1 à L. 822-17 du code de la fonction publique bien que ces articles concernent les agents placés en congé de maladie, qui méconnaît l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 en ce qu'elle n'a jamais été placée en congé de maladie et qu'il n'y avait pas lieu de saisir le comité médical sur sa situation, qui ne respecte pas l'article 30 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, en ce qu'elle souhaite retrouver un emploi et que son admission à la retraite l'empêchera de se réinsérer dans le monde du travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2024, la communauté d'agglomération Rochefort Océan, représentée par Me Leeman, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'il n'y a pas d'urgence à suspendre la décision en litige et les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire un doute sur la légalité de la décision en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Cristille, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 juin 2024 en présence de Mme C :

- le rapport de M. Cristille,

- les observations de Me Macé, représentant Mme A qui reprend les conclusions et les moyens de la requête en insistant plus particulièrement sur les points suivants : le plan de reclassement qui a été proposé à Mme A n'a pas abouti en raison du peu d'implication de la communauté d'agglomération en dépit d'un prolongation de la convention ; Mme A ne s'est vue proposer que des offres d'emplois incohérentes avec son profil ou obsolètes ; elle devait être aidée dans sa démarche de reclassement par sa supérieure hiérarchique mais le conflit avec cette dernière a entraîné une situation de blocage ; son employeur ne s'est pas engagé dans une recherche effective et sérieuse de reclassement ; aussi a-t-elle demandé à l'application des textes règlementaires ; aujourd'hui, alors que Mme A est âgée de 45 ans, qu'elle est apte à occuper un emploi et veut travailler, la communauté d'agglomération la met à la retraite pour invalidité ; il y a urgence dès lors que la décision en litige la prive de toute activité ; elle vit avec moins de 750 euros par mois et sa situation financière est devenue très précaire ; il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ; elle n'est pas placée en congé de maladie et la référence aux textes régissant les congés de maladie relève de l'erreur de droit ; elle n'a pas épuisé ses droits à congé de maladie et n'avait pas à être placée en disponibilité d'office ; le placement en disponibilité d'office dans l'attente d'un poste procède également d'une erreur de droit ;

- les observations de Me Leeman, représentant la communauté d'agglomération Rochefort Océan qui reprend ses écritures en soulignant que Mme A ayant été reconnue inapte à ses fonctions, son employeur a été contraint de lui proposer un aménagement de ses fonctions ; une convention a été signée avec le centre de gestion pour aider à son reclassement mais la requérante ne s'est pas impliquée dans ce processus, se contentant de manifester sa rancœur vis-à-vis de son employeur ; la communauté d'agglomération ne disposait pas de postes vacants correspondant au grade de l'agent ainsi que la copie du tableau des emplois produit le démontre ; il a été proposé à Mme A tous les emplois disponibles correspondant à son niveau de grade ; la condition d'urgence n'est pas réunie ; la décision en litige ne décide pas de la mise à la retraite de la requérante mais de son placement en disponibilité ; l'argumentation développée est surtout pertinente vis-à-vis de la mise à retraite ; ce que la requérante demande demande dans son injonction ne lui permettra pas d'obtenir le demi-traitement qu'elle perçoit actuellement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, rédactrice territoriale principale de deuxième classe, a été recrutée le 1er mars 2022 au sein des services de la communauté d'agglomération Rochefort Océan (CARO), pour occuper un emploi de gestionnaire emploi-formation. Elle exerçait ses fonctions à temps partiel thérapeutique. Par un avis du 13 décembre 2022, le conseil médical départemental de la Charente-Maritime a retenu l'inaptitude totale et définitive de Mme A à son poste. Une période de préparation au reclassement allant du 1er février 2023 au 1er janvier 2024 a été définie par convention du 26 janvier 2023 pour permettre le reclassement de Mme A dans un autre cadre d'emplois, corps ou grade compatible avec son état de santé dans les trois fonctions publiques. Après une nouvelle saisine de l'employeur, le conseil médical départemental a rendu un avis le 4 avril 2023 concluant à l'inaptitude totale et définitive de l'agent à toutes fonctions relevant de son grade de rédacteur territorial. Mme A a formé un recours contre ce second avis, qui a été déclaré non conforme par le conseil médical supérieur, en l'absence d'arguments médicaux en faveur de cette inaptitude définitive. A l'issue de sa période de préparation au reclassement, Mme A a demandé à la communauté d'agglomération de procéder à son reclassement. Par une décision du 6 février 2024, l'établissement public lui a opposé un refus et l'a placée en disponibilité d'office. L'autorité territoriale a pris le 20 février 2024 une autre décision par laquelle elle a abrogé sa décision du 6 février 2024 et a maintenu Mme A en position d'activité pendant une durée de trois mois supplémentaires. Par un arrêté en date du 30 avril 2024, notifié le 13 mai 2024, le président de la communauté d'agglomération a placé Mme A en disponibilité d'office avec maintien d'un demi-traitement à titre conservatoire jusqu'à la date de son admission à la retraite pour invalidité. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté. .

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'urgence :

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

3. Pour soutenir qu'il y a urgence à suspendre l'arrêté du 30 avril 2024 en litige, Mme A fait état de la précarité financière dans laquelle elle se trouve du fait de cet arrêté, son traitement passant de 2 026 euros par mois à 1 013 euros alors que ses charges fixes mensuelles s'élèvent à 1 238,52 euros dont 692,95 euros au titre de son seul emprunt immobilier et la réduction de moitié de son traitement lui causant ainsi un préjudice grave et immédiat. Toutefois, la requérante ne verse au débat aucun élément permettant de connaître l'ensemble des revenus de son foyer. Si Mme A soutient également que l'arrêté du 30 avril 2024 est une décision mettant fin à ses fonctions qui la prive de toute activité, ce qui constitue en soi une urgence, l'arrêté en litige ne comporte pas de tels effets mais se limite à placer Mme A en disponibilité d'office avec maintien du demi-traitement à titre conservatoire à compter du 1er mai 2024 et jusqu'à la date de son admission à la retraite pour invalidité. Dans ces conditions, les conséquences de l'exécution de l'arrêté attaqué ne sauraient être regardées comme de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de l'arrêté soit suspendue. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

4. Aucun des moyens invoqués par Mme A à l'encontre de l'arrêté attaqué tels qu'ils ont été visés ci-dessus n'est manifestement de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par Mme A, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Rochefort Océan la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A le versement d'une somme quelconque au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la communauté d'agglomération Rochefort Océan.

Fait à Poitiers le 18 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. CRISTILLELa greffière d'audience,

Signé

T.H. L. C

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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