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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401365

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401365

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantROBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, M. D A, représenté par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités suédoises pour l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de traiter sa demande d'asile dans un délai de 10 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait, sinon de droit, en ce qu'il fait état d'une demande d'asile en Suède et décide de son transfert pour ce motif aux autorités suédoises ;

- il relève des dérogations prévues par les articles 17-1 et 17-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et au rejet du surplus.

Il soutient que le délai pour effectuer le transfert à compter de l'accord explicite des autorités suédoises ayant expiré le 7 juin, le traitement de la demande d'asile du requérant relève désormais de la France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (refonte) ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Robin, représentant M. A, qui a conclu au prononcé d'un non-lieu à statuer mais maintenu ses autres conclusions.

Considérant ce qui suit :

Sur l'exception de non-lieu :

1. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive ;

2. Le préfet de la Gironde fait valoir que le délai pour effectuer le transfert à compter de l'accord explicite des autorités suédoises ayant expiré le 7 juin 2024, le traitement de la demande d'asile de M. A relève désormais de la France et produit à cet effet un document en date du 6 juin 2024 faisant état du transfert aux autorités françaises de la responsabilité de l'examen de la demande d'asile du requérant. Toutefois, à supposer que le préfet de la Gironde puisse être regardé comme ayant abrogé ainsi l'arrêté attaqué, cette abrogation n'est pas définitive à la date du présent jugement et il y a bien, dès lors, lieu de statuer sur la requête de M. A.

Sur le litige :

3. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend " et aux termes de l'article L. 571-1 du même code : " () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État. ".

4. M. A, ressortissant afghan né le 5 octobre 2002, a déposé le 21 novembre 2023 une demande d'admission au séjour au titre de l'asile en France. La consultation du fichier EURODAC ayant mis en évidence qu'il a présenté une demande d'asile en Suède le 12 novembre 2019, le préfet de police de Paris a saisi le 1er décembre 2023 les autorités suédoises d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Les autorités suédoises ayant accepté expressément la reprise en charge de M. A le 7 décembre 2023 en application des dispositions de l'article 18.1 d) du même règlement, le préfet de la Gironde a pris à son encontre le 13 mai 2024 la décision de transfert litigieuse.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités suédoises ont, le 7 décembre 2023, expressément accepté la reprise en charge de M. A en application des dispositions de l'article 18.1 d) du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré ce que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait, sinon de droit, en ce qu'il fait état d'une demande d'asile en Suède et décide de son transfert pour ce motif aux autorités suédoises, ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () " et aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".

7. D'une part, la Suède étant un État membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de ces conventions. Cette présomption est toutefois réfragable lorsqu'il y a lieu de craindre qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant. Toutefois, si M. A fait valoir qu'il n'a pas été pris en charge par les autorités suédoises et qu'il a rencontré des difficultés, ses dires ne sont assortis d'aucun commencement de preuve, et aucun élément du dossier ne permet d'établir que les autorités suédoises n'examineront pas sa demande d'asile en se conformant aux dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 susvisé et dans les mêmes conditions que les autorités françaises. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé sur le sol français le 19 novembre 2023, y résidait ainsi depuis moins de six mois à la date de l'arrêté attaqué et ne fait état d'aucune famille en France ou problème de santé. Ainsi, il ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait pu justifier que le préfet de la Gironde décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Par suite, en prenant la mesure de transfert litigieuse, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) nº 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ou entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités suédoises pour l'examen de sa demande d'asile. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles tendant au bénéfice par son conseil des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Gironde et à Me Robin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le président,

Signé

A. CLa greffière,

Signé

T.H.L. GILBERT La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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