mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 juin 2024 et des mémoires enregistrés le 19 juin 2024 et le 20 juin 2024, la société Totem France, représentée par la SELARL Cabinet Gentilhomme, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le maire de Niort s'est opposé à sa déclaration préalable relative à la modification d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un bâtiment situé au n° (ANO)27 rue de la coudraie(ANO) ;
2°) d'enjoindre à titre principal au maire de Niort de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Niort une somme de 5 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- la condition d'urgence est remplie compte-tenu de l'intérêt public au développement de ses installations d'intérêt collectif et, alors que la partie de territoire en cause n'est pas couverte par les réseaux de la société Free mobile ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision du 21 février 2024, notifiée le 4 mars 2024, s'analyse comme une décision de retrait de la décision tacite de non-opposition née le 29 février 2024 à minuit sur sa demande du 30 janvier 2024 ; cette décision de retrait est intervenue sans procédure contradictoire préalable en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision en litige est fondée sur une inexacte lecture des dispositions de l'article UM 10 du règlement du PLU qui ne visent que les constructions qui disposent d'un toit, d'un égout de toit ou d'un acrotère et qui excluent la règle de la hauteur pour les superstructures techniques.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, la commune de Niort conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
Sur la condition d'urgence :
- elle n'est pas remplie dès lors que le projet n'a pas pour conséquence d'étendre la couverture du réseau par la société Free mobile mais seulement d'accentuer le rayonnement existant qui couvre déjà l'ensemble de la commune ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- le pli comportant la décision attaquée doit être regardé comme ayant fait l'objet d'une première présentation à la société Totem France le 29 février 2024 de sorte qu'aucune décision tacite de non-opposition n'est intervenue ;
- l'article UM 10 du PLU qui limite la hauteur des constructions à 13 mètres est applicable dès lors que le projet en litige ne concerne pas la réhabilitation d'une superstructure mais la construction d'un édifice nouveau.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation présentée par la société Totem France, enregistrée le 4 mai 2024 sous le numéro 2401159
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gibault, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu les observations de Me Guranna représentant la société Totem France et les observations de Mme B, représentant la commune de Niort.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société Totem France a déposé le 30 janvier 2024 une déclaration préalable de travaux pour la modification d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un bâtiment situé au n° 27 rue de la coudraie sur la parcelle cadastrée section (ANO)C n°426(ANO) à Niort (Deux-Sèvres) pour le compte de la société Free Mobile. Par arrêté du 21 février 2024, dont la société Totem France demande la suspension de l'exécution, le maire de Niort s'est opposé à sa déclaration préalable.
Sur la demande de suspension :
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Il ressort des cartes versées aux débats par la société requérante que la qualité de la couverture d'une partie du territoire de la commune de Niort en réseau 3G et 4G sera améliorée par le projet en litige. Si cette commune, en défense, invoque des cartes mises en ligne sur les sites internet de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP), montrant une couverture de l'ensemble du territoire communal, la requérante fait valoir, sans être sérieusement contredite, que de telles cartes, très générales, sont moins fiables que les cartes de couverture établies par les services techniques de l'opérateur produites dans la présente instance. Dans ces conditions, compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".
6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". L'article R. 423-23 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ".
7. Selon l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, et sous réserve des exceptions prévues par ce code, le silence gardé par l'autorité compétente au terme du délai d'instruction sur une déclaration préalable ou une demande de permis au titre du code de l'urbanisme vaut, selon les cas, décision tacite de non-opposition à cette déclaration ou permis tacite de construire, d'aménager ou de démolir. Il en résulte que l'auteur d'une déclaration préalable ou d'une demande de permis est réputé être titulaire d'une décision de non opposition ou d'un permis tacite si aucune décision ne lui a été notifiée avant l'expiration du délai réglementaire d'instruction de son dossier. Lorsque la décision refusant le permis ou s'opposant au projet ayant fait l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal, ainsi que le prévoit le premier alinéa de l'article R. 424-10 du même code, le demandeur est, comme l'indique explicitement l'article R. 423-47 de ce code s'agissant de la notification de la liste des pièces manquantes en cas de dossier incomplet et de la notification de la majoration, de la prolongation ou de la suspension du délai d'instruction d'une demande, réputé avoir reçu notification de la décision à la date de la première présentation du courrier par lequel elle lui est adressée. Il incombe à l'administration, lorsque sa décision est parvenue au pétitionnaire après l'expiration de ce délai et qu'elle entend contester devant le juge administratif l'existence d'une décision implicite de non opposition préalable ou d'un permis tacite, d'établir la date à laquelle le pli portant notification sa décision a régulièrement fait l'objet d'une première présentation à l'adresse de l'intéressé.
8. La société Totem France a déposé sa déclaration préalable de travaux le 30 janvier 2024. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'historique des étapes d'acheminement du pli recommandé avec avis de réception portant notification de la décision litigieuse, déposé auprès des services postaux par la commune de Niort le 27 février 2024 et envoyé à l'adresse indiquée par la société Totem France dans sa déclaration préalable, que ce courrier a été réexpédié par les services postaux le 29 février, conformément à la demande du destinataire, vers l'adresse de son choix et qu'il lui a été ensuite distribué le 4 mars 2024.
9. D'autre part, aux termes de l'article UM 10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Niort alors en vigueur relatif à la hauteur maximale des constructions : " La hauteur totale Ht est mesurée au point le plus élevé du toit, à l'exception des superstructures techniques (cheminées et dispositifs nécessaires à l'utilisation des énergies renouvelables comme les capteurs solaires). La hauteur de façade Hf d'une construction est mesurée soit à la ligne de l'égout dans le cas d'un toit en pente, soit à l'acrotère d'une toiture terrasse. La hauteur totale Ht est limitée à 13 mètres. La hauteur de façade Hf est limitée à 10 mètres ". Le lexique du PLU précise que " en réhabilitation, les éléments de superstructure technique (les cages d'ascenseur, les climatisations, les cheminées, les dispositifs nécessaires à l'utilisation des énergies renouvelables comme les capteurs solaires) ne sont pas pris en compte pour le calcul de la hauteur de la construction. A contrario pour la création d'édifices nouveaux, ces éléments sont pris en compte dans le calcul de la hauteur ".
10. Il résulte de l'instruction et notamment du dossier de déclaration préalable que le projet en litige consiste à déposer le pylône existant de 5 ,50 mètres de hauteur, support d'antennes et de boitiers électroniques, installé sur la toiture du bâtiment existant et à installer en lieu et place un nouveau pylône de 12 mètres de hauteur sur lequel seront déplacées et installées les antennes présentes sur l'ancien pylône, ce qui portera ainsi la hauteur totale de l'antenne par rapport au niveau du sol à 14,80 mètres.
11. En l'état de l'instruction, les moyens tirés, d'une part, de ce que la décision attaquée doit être regardée comme une décision de retrait intervenue sans procédure contradictoire préalable en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et, d'autre part, de ce que le maire de Niort a fait une inexacte application des dispositions de l'article UM 10 du règlement du PLU sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'article L. 911-1 du code de justice administrative dispose : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Selon l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
13. En raison des motifs qui fondent la présente ordonnance et de l'office du juge des référés, la suspension de l'exécution de la décision en litige implique que le maire de Niort procède à la délivrance, à titre provisoire, d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 30 janvier 2024 par la société Totem France. Il y a lieu de lui ordonner de procéder à cette délivrance dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Niort une somme de 1 000 euros à verser à la société Totem France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : L'exécution de l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le maire de Niort s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Totem France pour la modification d'une station relais de téléphonie mobile est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Niort de délivrer à titre provisoire, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, une décision de non opposition à la déclaration préalable déposée par la société Totem France pour la construction de cette station relais.
Article 3 : La commune de Niort versera à la société Totem France la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Totem France et à la commune de Niort.
Fait à Poitiers, le 26 juin 2024,
La juge des référés,
Signé
Mme A
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026