mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401506 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, et un autre mémoire déposé le 24 juin 2024, Mme A B, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 9 avril 2024 par laquelle le préfet de la Vienne a classé sans suite sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de se prononcer sur sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, en lui délivrant le temps de l'instruction de sa demande, un récépissé de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est présumée dans le cadre d'une demande de changement de statut présentée dès lors qu'au moment où est intervenue la décision contestée, elle se trouvait en situation régulière ;
- la décision en litige le place dans une situation de précarité administrative alors qu'elle était en situation régulière, qu'elle a réussi les épreuves d'admissibilité du CAFEP-CAPES d'anglais et doit passer très prochainement les épreuves d'admission de ce concours, que l'irrégularité de son séjour est susceptible de faire obstacle à ce qu'elle puisse se présenter aux épreuves d'admission ;
Sur le doute sérieux sur la légalité :
- le refus d'enregistrer sa demande de titre de séjour en raison du caractère prétendument incomplet du dossier constitue une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir dès lors que sa demande n'était pas incomplète au regard des articles R. 431-10 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- aucun texte ne prévoit que l'étranger sollicitant un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doive joindre à son dossier une autorisation de travail et le préfet de la Vienne ne pouvait décider de classer sans suite sa demande pour ce motif sans entacher sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Cristille, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née en 1992 de nationalité marocaine, est entrée en France le 21 août 2017. Elle a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire " étudiant ", jusqu'à l'obtention d'un master en décembre 2022 puis d'une carte de séjour temporaire " recherche d'emploi - création d'entreprise " valable jusqu'au 27 septembre 2023. Le 1er août 2023, elle a conclu un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français. Le 30 août 2023, elle a sollicité un titre de séjour " vie privée et familiale ". Un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler lui a été délivré. Le préfet de la Vienne lui a réclamé des pièces dans le cadre de l'instruction de la demande de carte de séjour. Par une décision du 9 avril 2024, il a classé sans suite la demande de titre de séjour présentée par Mme B. Par un recours gracieux du 10 mai 2024, reçu le 16 courant, celle-ci a contesté la décision du 9 avril 2024. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 9 avril 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
4. Pour caractériser l'urgence qui s'attache à suspendre la décision en litige, Mme B, qui ne peut bénéficier de la présomption d'urgence dès lors qu'elle a sollicité un changement de statut, soutient que le classement sans suite de sa demande de titre de séjour l'empêche de régulariser sa situation, qu'il constitue un frein au passage des épreuves d'admission au CAFEP-CAPES d'Anglais et qu'il ne lui permettra pas de tirer parti de son éventuelle réussite au concours en devenant enseignante en France. Toutefois, la décision du 9 avril 2024 clôturant l'instruction de la demande de titre de séjour n'emporte pas rejet de cette demande et il ne résulte d'aucun élément au dossier que le séjour en France de l'intéressée avec son compagnon soit remis en cause par l'autorité préfectorale. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B a été déclarée admissible aux épreuves du concours d'enseignants du second degré CAFEP-CAPES langues vivantes étrangères-anglais, elle ne produit aucun élément de nature à étayer le risque dont elle se prévaut de ne pouvoir prendre part aux épreuves d'admission du fait du refus en litige. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que la décision en litige porte une atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue. En conséquence, la condition d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de tout ce qui précède que, la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, selon la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Poitiers, le 25 juin 2024
Le juge des référés,
Signé
P. CRISTILLE
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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