mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401515 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, M. C B, représenté par la SCP Drouineau 1927, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 8 avril 2024 par laquelle la maire de Poitiers a rejeté sa demande tendant à la mise en œuvre de ses pouvoir de police en matière de tranquillité publique pour faire cesser les nuisances sonores générées par l'activité de six débits de boisson autour de la rue du (ANO)Chaudron d'Or(ANO), jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la maire de Poitiers de prendre les mesures nécessaires, sur le fondement de ses pouvoirs de police, afin de mettre un terme à l'atteinte à la tranquillité du voisinage, notamment en restreignant les horaires d'ouverture des bars situés autour de la rue du (ANO)Chaudron d'or(ANO), avec fermeture à 23 heures, mais également en prenant toutes les mesures possibles pour assurer la sécurité publique, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Poitiers une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- les nuisances sonores liées à l'activité de six débits de boisson situés rue du (ANO)Chaudron d'Or(ANO) et ouverts jusqu'à deux heures du matin du mardi au samedi s'intensifient depuis 2020 et dépassent l'émergence globale limite fixée par le code de la santé publique ;
- l'activité des six bars engendre également un risque pour la sécurité publique, la rue étant envahie, notamment les jeudis soir, par des centaines d'étudiants, les incivilités et bagarres étant fréquentes et le passage des véhicules de secours rendu difficile.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que, dans les communes à police étatisée, le maire conserve ses pouvoirs de police en matière de troubles de voisinage ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle écarte l'application des seuils limites d'émergence globale fixés à l'article R. 1336-7 du code de la santé publique ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu de la gravité de l'atteinte portée à la tranquillité du voisinage et méconnaît en conséquence les obligations du maire en matière de tranquillité publique prévues par l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 juin 2024 sous le numéro 2401514 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 8 février 2024, M. B, qui subit depuis plusieurs années des nuisances sonores liées à la présence dans la rue du (ANO)Chaudron d'Or(ANO), dans laquelle il réside, de six bars ouverts du mardi au samedi jusqu'à deux heures du matin, a sollicité de la maire de Poitiers qu'elle fasse usage de ses pouvoirs de police générale tirés de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, notamment en restreignant les horaires d'ouverture des six bars en cause, avec une fermeture à 23 heures, mais également en prenant toutes les dispositions nécessaires afin d'assurer la sécurité publique. Par une décision du 8 avril 2024, dont il demande la suspension de l'exécution, la maire de Poitiers a refusé de prendre la mesure sollicitée de fermeture des bars à 23 heures.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter sans instruction ni audience publique une requête lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence.
3. La possibilité pour le juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonnée notamment à la condition qu'il y ait urgence. Il lui appartient d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à porter à un intérêt public, à sa situation ou aux intérêts qu'il entend défendre une atteinte suffisamment grave et immédiate pour caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit, enfin, être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés statue.
4. D'une part, il ressort des termes de la décision du 8 avril 2024 que la maire de Poitiers n'a pas refusé de mettre en œuvre ses pouvoirs de police pour assurer la tranquillité publique des riverains de la rue du (ANO)Chaudron d'Or(ANO), mais a seulement refusé de prendre la mesure sollicitée par le requérant tendant à la fermeture à 23 heures des six bars situés dans cette rue au motif que cette mesure ne lui paraît pas appropriée, nécessaire et proportionnée.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les nuisances subies par les riverains ont été prises en considération par la commune depuis 2022 en coordination, s'agissant des atteintes à la sécurité publique, avec les services de l'Etat, et ont donné lieu à des actions préventives de long terme en direction des clients des bars concernés et de concertation avec l'ensemble des acteurs, mais également à des actions de contrôle renforcées effectuées par la police municipale en lien avec la police nationale depuis septembre 2023.
6. Dans ces conditions, et alors que l'étude acoustique produite par le requérant effectuée entre le 1er avril 2023 et le 30 septembre 2023 n'a pas été réalisée par un expert indépendant avec un matériel prévu par la réglementation, il n'est pas établi que la décision en litige refusant de fixer la fermeture des bars à 23 heures, porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de M. B. Il en résulte que la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie au vu des éléments produits à l'appui de la présente requête.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, qu'il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision contestée du 8 avril 2024 ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.
Copie en sera adressée à la maire de Poitiers.
Fait à Poitiers, le 18 juin 2024.
La juge des référés,
Signé
G. A
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
N°2401515
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