lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL LELONG DUCLOS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, M. C A, représenté par Lelong, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de la décision en date du 11 avril 2024 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer le titre de séjour vie privée et familiale dont il a été sollicité le renouvellement, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est présumée dès lors que la préfète a refusé le renouvellement de son titre de séjour ; en outre, la décision contestée porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et des enfants de sa compagne Mme B issus d'un premier lit, dès lors qu'il est très impliqué dans leur éducation que ce soit sur le plan scolaire ou au niveau extra-scolaire notamment médical ; cette décision entrainera la perte de son contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel qu'il a pu continuer d'exécuter grâce aux récépissés délivrés et le place dans l'impossibilité de poursuivre ses recherches d'emploi ; il ne pourra plus subvenir aux besoins de sa famille ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision portant refus d'un titre de séjour a été prise par une autorité incompétente;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation de sa situation personnelle et familiale, dès lors que l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire national prime sur le sujet d'ordre public, qui n'est même pas établi ;
- elle enfreint les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite au regard des circonstances particulières ayant entraîné la décision en litige ; le requérant n'ayant demandé le renouvellement de son titre de séjour que le 23 janvier 2023, soit au-delà des deux derniers mois précédant l'expiration de son titre, démontrant un manque de diligence et d'intérêt quant à la régularisation de sa situation administrative sur le territoire national ; qu'aucune mesure d'éloignement n'a été édictée à son encore de sorte qu'il n'est pas démontré que la décision porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa cellule familiale ; qu'il continue de travailler depuis la notification de la décision de refus de séjour ; que les allégations selon lesquelles il chercherait un emploi sont sans influence pour justifier l'urgence à suspendre la décision, dès lors que ce refus ne l'empêche pas de poursuivre ses démarches de recherche d'emploi :
- la décision contestée a été compétemment signée, elle est suffisamment motivée ; elle n'est pas entachée des autres illégalités invoquées ; en effet, cette décision n'est pas contraire aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues ; la décision n'est pas davantage contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 juin 2024 sous le n° 2401526 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision du 26 janvier 2021.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenu en présence de Mme D :
- le rapport du juge des référés, M. E ;
- les observations de Me Duclos, représentant M. A, présent à l'audience et accompagné de Mme B, qui reprend les moyens soulevés dans la requête et revient sur les points suivants : il s'agit bien d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour, si la préfecture avance que la demande n'a été pas faite dans les délais, tel n'est pas le cas, la demande a bien été déposée dans les temps impartis, compte tenu de la décision d'AJ et la présomption d'urgence est opposable ; le fait que le titre de séjour n'ait pas été accompagné d'une obligation de quitter le territoire est une circonstance sans incidence sur l'appréciation de la condition d'urgence ; en outre, il existe bien une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant ; certes, M. A a pu continuer à travailler brièvement après le refus mais ce n'est plus le cas à présent ; la défense n'apporte aucun élément pour renverser la présomption d'urgence ; si le requérant a fait son recours juste avant le terme du délai de deux mois, ce fait est sans incidence au regard de sa demande d'aide juridictionnelle ; M. A et Mme B vivent toujours ensemble ; si le couple a connu des dissensions, les concubins vivent toujours sous le même toit ; le préfet se base uniquement sur une attestation du 20 mai 2024 rédigée par Mme B évoquant un couple en instance de séparation et qui est postérieure à la décision contestée, alors que l'intensité des liens est établie depuis 2015, M. A ayant eu trois enfants avec sa concubine dont le dernier né en juin 2022 ; si le requérant a manqué une réunion éducative pour son fils, cela ne peut conduire à dire qu'il n'y a pas de lien avec lui, encore plus lorsqu'il y a un enfant en bas-âge qu'il faut garder pendant les réunions des autres enfants ; il parle français ; il avait un CDI ce qui démontre son intégration dans la société ; si certains de ses revenus proviennent des paris sportifs, ces paris sportifs sont légaux ; la menace à l'ordre public constitue un des motifs de l'arrêté or, M. A est inconnu des services de police, il n'a pas été auditionné, le préfet ne pouvait se fonder sur un tel motif sans entacher sa décision d'un erreur manifeste d'appréciation.
La préfète des Deux-Sèvres n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Deux notes en délibéré, présentées pour M. A, ont été enregistrées les 2 et 5 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant surinamien né en 1983, est entré en France en mai 2015 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 5 mai 2015 au 2 août 2015. Le 15 juillet 2015, il a déposé une demande de titre de séjour en se prévalant de sa vie commune avec une compatriote en situation régulière sur le territoire national. Par arrêté du 24 février 2016, le préfet des Deux-Sèvres a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 10 octobre 2017, M. A a formulé une nouvelle demande de titre de séjour, mention " vie privée et familiale ". L'instruction de cette demande n'a pas été conduite jusqu'à son terme. Le 10 juillet 2020, M. A a présenté une autre demande de carte de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 24 juin 2021, le préfet des Deux-Sèvres l'a de nouveau obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 22 décembre 2021, le tribunal administratif de Poitiers a annulé l'arrêté du 24 juin 2021 et a enjoint à l'autorité préfectorale de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Disposant de ce titre de séjour à compter du 24 janvier 2022, M. A en a sollicité le renouvellement le 25 janvier 2023 et a bénéficié de récépissés. Par une décision du 11 avril 2024, la préfète des Deux-Sèvres lui a opposé un refus de titre de séjour. M. A demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
4. En l'espèce, la décision litigieuse refuse le renouvellement du titre de séjour dont M. A était titulaire. Si la préfète des Deux-Sèvres fait valoir que l'intéressé n'a sollicité le renouvellement de son titre, arrivé à expiration le 23 janvier 2023, que le 25 janvier, cette circonstance et les autres circonstances invoquées tirées de l'absence de justification de la réalité de l'activité professionnelle exercée ou de l'absence d'obstacle à la poursuite d'une recherche d'emploi et tirés de ce qu'aucune mesure d'éloignement du territoire français n'a été édictée à l'encontre du requérant ne sont pas de nature à faire échec à la présomption d'urgence qui existe en pareil cas. Il s'ensuit que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité doit être regardée comme remplie.
5. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 11 avril 2024 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de renouveler son titre de séjour jusqu'au jugement au fond.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. La présente ordonnance implique que la préfète des Deux-Sèvres réexamine, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, la situation de M. A, ce qui implique, dans le délai prescrit, une prise de position expresse sur le droit au séjour de l'intéressé, notifiée à l'intéressé, et dans cette attente lui délivre un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros, à payer à Me Lelong, avocat de M. A, au titre des frais exposés à raison de la présente instance et non compris dans les dépens, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 11 avril 2024 par laquelle la préfète des Deux-Sèvres a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Deux-Sèvres de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, ce qui implique une prise de position expresse sur le droit à la délivrance d'un titre de séjour notifiée à l'intéressé dans ce délai et dans cette attente de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Lelong la somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de son avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à la préfète des Deux-Sèvres et à Me Lelong.
Fait à Poitiers, le 15 juillet 2024
Le juge des référés,
Signé
P. E
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026