vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401590 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juin 2024, la SARL Mice, représentée par Me Lelong, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le maire de Châtillon-sur-Thouet a opposé un sursis à statuer d'une durée de deux ans à sa demande de permis de construire portant changement de destination d'une partie de bâtiments artisanaux en cellule commerciale, augmentation du nombre de places de stationnement et modification du traitement des eaux pluviales, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au maire de Châtillon-sur-Thouet de délivrer le permis de construire sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa demande de permis de construire ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Châtillon-sur-Thouet la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le sursis à statuer de deux ans opposé à sa demande de permis de construire est de nature à lui faire perdre la possibilité de louer à la société CM Approvisionnement une partie de son local artisanal, dont le permis de construire sollicité a pour objet de modifier la destination afin d'y installer une activité commerciale ; le projet est avéré et ancien ; la société CM Approvisionnement souhaite s'implanter au plus vite ; l'autorisation initiale et la seconde autorisation sollicitée ne sont pas terminées ; elle a fait des premiers investissements, qu'elle devra refacturer pour certains au futur locataire ; sa pérennité financière est en jeu ; il n'y a pas d'intérêt public à surseoir à statuer ; il n'est nullement porté atteinte à la réalisation du futur plan local d'urbanisme ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué ;
- en effet, les conditions prévues par le code de l'urbanisme pour pouvoir opposer un sursis à statuer ne sont pas remplies, les travaux prévus dans la demande de permis de construire étant peu importants et ayant pour principale vocation de modifier la destination de bâtiments autorisés par un premier permis de construire et qui ont été entièrement construits ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait dès lors que les travaux prévus par la demande de permis de construire, laquelle doit s'analyser comme une demande de permis de construire modificatif, ne sont pas de nature à porter atteinte aux orientations du plan d'aménagement et développement durables du futur plan local d'urbanisme intercommunal, ni à rendre la mise en œuvre de ce plan plus onéreuse ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir et de procédure, le maire de la commune ayant poursuivi un but privé, à savoir la protection des intérêts économiques des membres de sa famille en freinant l'installation d'un commerce concurrent ;
- le projet en cause respecte les dispositions applicables du plan local d'urbanisme en vigueur.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 23 avril 2024 sous le numéro 2401018 par laquelle la SARL MICE demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Le 19 octobre 2021, la SARL Mice a déposé une demande de permis pour la construction de deux bâtiments artisanaux, l'un accueillant des cellules de stockage, l'autre des cellules artisanales, et d'ombrières avec panneaux photovoltaïques servant d'aire de stationnement. Ce permis a fait l'objet d'une décision implicite d'acceptation. Le 20 septembre 2023, la SARL Mice a sollicité un nouveau permis de construire afin de créer une cellule commerciale dans le bâtiment destiné à accueillir des cellules artisanales, des places de stationnement supplémentaires et de modifier le traitement des eaux pluviales. Par un arrêté du 20 février 2024, le maire de Châtillon-sur-Thouet (Deux-Sèvres) a opposé un sursis à statuer d'une durée de deux ans à cette demande de permis de construire. Par la présente requête, la SARL Mice demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.
3. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis (). Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus () aux articles L. 153-11 et L. 311-2 () du présent code. () Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 153-11 du même code : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".
4. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La décision par laquelle l'autorité compétente sursoit à statuer sur une demande de permis de construire, en application des articles L. 153-11 et L. 424-1 du code de l'urbanisme, afin d'éviter que le projet du pétitionnaire ne compromette ou ne rende plus onéreuse l'exécution d'un futur plan local d'urbanisme en cours d'élaboration, ne crée une situation d'urgence que si le requérant justifie, en invoquant des circonstances particulières, que cette décision affecte gravement sa situation.
5. D'autre part, si l'ordonnance par laquelle le juge des référés fait usage de ses pouvoirs de juge de l'urgence est exécutoire et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoire, elle et, compte tenu de son caractère provisoire, dépourvue de l'autorité de chose jugée. Il en résulte que la circonstance que le juge des référés a rejeté une première demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne fait pas obstacle à ce que le même requérant saisisse ce juge d'une nouvelle demande ayant le même objet, notamment en soulevant des moyens ou en faisant valoir des éléments nouveaux, alors même qu'ils auraient pu lui être soumis dès sa première saisine.
6. En l'espèce, le précédent référé par lequel la SARL Mice a demandé la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 février 2024 a été rejeté par une ordonnance du 15 mai 2024. Si, à l'appui de sa nouvelle demande de suspension, la SARL Mice se prévaut d'éléments nouveaux au soutien de la condition d'urgence, notamment relatifs à sa pérennité financière dès lors que l'arrêté en cause lui faire perdre la possibilité de louer à la société CM Approvisionnement une partie de son local artisanal, elle n'établit toutefois pas que l'échec de ce projet serait de nature à mettre en péril sa survie ou porterait une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de l'arrêté en litige soit suspendue, alors au demeurant que le sursis à statuer qui lui a été opposé n'est pas de nature à l'empêcher de commercialiser les deux bâtiments construits en vertu du premier permis de construire, comme le démontre l'attestation du 22 avril 2024 de M. B, locataire d'un espace de stockage de 300 mètres carrés, qu'elle produit, mais également de bénéficier des revenus issus des panneaux photovoltaïques. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions à fins d'injonction et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SARL Mice est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL Mice et à la commune de Châtillon-sur-Thouet.
Fait à Poitiers, le 21 juin 2024.
Le juge des référés,
V. A
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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