mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401655 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, M. A B, représenté par Me Robiliard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
3°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
4°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'une durée d'un an dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les arrêtés litigieux sont entachés d'incompétence ;
- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il bénéficie de la présomption d'innocence et que son casier judiciaire est vierge ; elle méconnait les dispositions de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-congolaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 31 juillet 1993 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Pipart, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Ago-Simmala, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
M. A B, ressortissant congolais né le 9 décembre 2001 est, selon ses déclarations, entré en France le 3 novembre 2021. La demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 22 mars 2022 puis le 6 avril 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 12 mars 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant bénéficiaire de la protection subsidiaire. Le 25 juin 2024, le requérant a été placé en garde à vue pour des faits de violence intra-familiales. Par deux arrêtés du même jour, le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. B demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code, ainsi que des articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-14 du code de justice administrative : " La présente section est applicable aux recours dirigés contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1, lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence. () ". L'article R. 776-1 ne vise pas les décisions relatives au séjour.
5. M. B ayant fait l'objet, concomitamment aux autres décisions attaquées, d'une assignation à résidence en application des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient au magistrat désigné de statuer dans un délai de quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, outre sur cette décision, sur les décisions par lesquelles le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. En revanche, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale, seule compétente, les conclusions dirigées contre la décision par laquelle le même préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Vienne de réexaminer le dossier et de délivrer un titre de séjour au requérant, qui se rattachent nécessairement aux conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les arrêtés dans leur ensemble :
6. En premier lieu, par un arrêté du 22 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai :
7. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° II existe un risque que l'étranger se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/ ().
8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre () ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
9. M. B soutient que c'est à tort que le préfet de la Vienne a considéré que son comportement constitue une menace à l'ordre public et que la décision litigieuse méconnaît les stipulations précitées. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, dont la présence sur le territoire est inférieure à trois ans, ne justifie pas exercer une activité professionnelle réelle et continue, en dehors d'un contrat à durée déterminée de 17 jours pour un poste d'agent de service dans une société de nettoyage. S'il se prévaut de la présence de sa concubine et de ses deux filles nées en France, il ne verse aux débats aucun élément permettant d'établir une vie commune avec la mère de ses enfants. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il doit bénéficier d'un titre de séjour, dès lors qu'il est parent d'un enfant bénéficiant de la protection subsidiaire et qu'il contribue à son entretien et à son éducation, toutefois, d'une part, il se borne à verser aux débats 10 photographies non datées en compagnie de ses enfants, et notamment un certificat de la protection maternelle infantile en vue d'établir qu'il participe au suivi de l'état de santé de sa fille et, d'autre part, en se bornant à produire 8 factures de nourriture et de couches pour un montant total de 113,73 euros pour la période comprise entre le 14 novembre 2023 et le 30 décembre 2023, il n'établit pas, contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de sa fille. De surcroît, l'intéressé, s'est vu refuser, comme cela a été dit au point 1 du présent jugement, ses demandes d'asile par l'OFPRA et la CNDA et s'est ensuite maintenu irrégulièrement sur le territoire. Dans ces conditions, si le préfet de la Vienne n'était pas fondé, au regard des éléments d'enquête versés aux débats à la date de la décision attaquée, à considérer que le comportement du requérant constitue une menace à l'ordre public au motif que ce dernier avait fait l'objet d'une garde à vue pour violences intrafamiliales, il pouvait prendre la mesure litigieuse sur le seul fondement de l'absence de vie commune et de contribution à l'entretien de sa fille. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. B et n'est pas de nature à permettre de considérer que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition du 25 juin 2024, il a explicitement exprimé son intention de se soustraire à une mesure d'éloignement. Dès lors, le préfet de la Vienne était fondé, pour ce seul motif, à prendre la mesure litigieuse sur le fondement des dispositions citées au point 8 du présent jugement.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
12. En deuxième lieu, en indiquant que le requérant n'établissait être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet de la Vienne a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
14. Si le requérant soutient que le préfet de la Vienne a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'établit pas qu'il serait, en cas de retour dans son pays d'origine, effectivement et personnellement exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants au sens de ces stipulations.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours :
15. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
16. En deuxième lieu, la décision d'assignation à résidence attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment sa situation familiale ainsi que les éléments de fait lui permettant de comprendre les raisons pour lesquels le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence. Elle est donc suffisamment motivée. Il ressort en outre de cette motivation que le préfet de la Vienne s'est livré à un examen particulier de la situation du requérant.
17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 25 juin 2024 du préfet de la Vienne. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions de M. B, dirigées contre la décision du 25 juin 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires correspondantes sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 3 : La requête de M. B est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. PIPARTLa greffière,
Signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026