mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2024, M. A D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2)° d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel la préfète de la Charente l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il est résident habituel en Italie et attend que sa situation administrative y soit régularisée ; il doit retourner en Tunisie afin d'obtenir un visa de travail pour l'Italie où il occupe un emploi ; l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne ne reflète pas la réalité des échanges qu'il a eu avec l'administration, dès lors qu'il ne parle pas français et qu'il conteste avoir affirmé qu'il ne souhaitait pas quitter le territoire français ; il ne représente pas un danger et souhaite repartir en Italie afin de pouvoir effectuer les démarches en vue de sa régularisation ; les arrêtés litigieux lui posent problème car ils l'empêchent de pouvoir obtenir un visa de travail en Italie ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est entachée d'erreur de droit et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, dès lors que tous ses frères et sœurs habitent en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. Pipart, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Pipart a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant tunisien né le 26 février 1993, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, au cours du mois d'avril 2023. Le 27 juin 2024, il a été interpellé lors d'un contrôle routier sous l'empire d'un état alcoolique et, à cette occasion, n'a pu justifier d'un droit à la circulation ou au séjour en France. Le 6 décembre 2022, il avait déjà été interpellé pour des faits identiques et s'était alors présenté sous l'identité de son frère. Le 9 octobre 2022, il avait également été interpellé pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours, et utilisait alors un alias, B C. Par deux arrêtés du 27 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. D demande l'annulation de ces deux arrêtés.
2. En premier lieu, le requérant soutient, sans apporter aucun élément justificatif hormis un document rédigé en langue italienne, que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il réside en Italie, où il est en attente d'une mesure de régularisation de sa situation administrative, qu'il doit retourner en Tunisie afin d'obtenir un visa de travail pour l'Italie où il occupe un emploi et que son insuffisante connaissance de la langue française a altéré la réalité des échanges qu'il a eu avec l'administration. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. D, qui a déjà été interpellé à trois reprises pour des faits de conduite en état d'ivresse, conduite sans permis et violence, s'est présenté sous trois identités différentes, ne justifie d'aucune intégration professionnelle ou sociale dans la société française, est célibataire, sans enfant et sans ressources. Il n'établit pas avoir tissé des liens intenses, stables et anciens en France et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et où résident encore ses parents et d'autres membres de sa fratrie. De surcroît, alors qu'il soutient n'avoir pas compris les échanges avec les services de police en raison de son absence de maîtrise de la langue française, lors de son audition par les services de gendarmerie le 27 juin 2024, il a bénéficié des services d'un interprète. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". L'article L. 612-10 de ce même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
4. Comme cela a été dit au point 3 du présent jugement, il n'est pas contesté que M. D, qui a fait l'objet de trois interpellations, n'est présent sur le territoire que depuis deux mois et demi, n'établit pas s'être intégré socialement en France, et ne justifie ni d'un logement, ni de ressources propres. S'il soutient que la mesure litigieuse est disproportionnée au regard de ses conséquences sur sa vie privée et familiale, il se borne à soutenir qu'il ne pourra plus voir ses frères et sœurs, sans toutefois mentionner leur identité, et n'établit ni même n'allègue avoir des relations intenses, stables et anciennes avec eux. Dans ces conditions, en prenant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet de la Haute-Vienne n'a commis ni erreur de droit, ni porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la requête de M. D doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la préfète de la Charente et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
R. PIPARTLa greffière,
signé
T.H.L. GILBERT
La République mande et ordonne à la préfète de la Charente, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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